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Poésie

Posts Tagged ‘ranger’

Pays simple (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2020



Pays simple

Le jour: soleil. La nuit: étoiles.
Parfois entre eux et moi, nuages!

Chaque jour: laver, ranger, mille
petits riens. Le temps passe…

Souvent la nuit, à repenser aux
choses qui restent à faire, au peu
d’argent, mais bah!

Sommeil, plein de nuages au-dessus
de la mer!

La nuit, mon âme: loin!
Le jour, plus loin encore. Bientôt
entre elle et moi, plus rien!

(Werner Lambersy)

Illustration

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L’APPARITION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
(Recueil Accents)
L’APPARITION

L’homme avançait à petits pas,
Puis il tourna la poignée de la porte,
(Le cuivre du bouton ne brillait pas
Car la lumière était éteinte ou morte),

Entra sans heurt, s’approcha de mon lit
Et, d’une voix que je connais, me dit :
« Que fais-tu donc ? Dors-tu ? Es-tu parti,
J’entends avec un rêve, loin d’ici ?
J’arrive à temps pour empêcher ta fuite.
Refuse encor ces images sans suite,
Crains leur désordre et leurs fausses clartés ;
Moi je te dis de ne pas t’en aller.

Pense d’abord à ta chambre, à la forme
De la maison, à tes rideaux tirés,
À tant de gens autour de toi qui dorment
Comment, comment pourrais-tu t’évader ?

Rappelle-toi que tu as travaillé
Tout aujourd’hui. Pourquoi ? Pour te loger,
Pour acheter de quoi boire et manger.
Tu es ici gisant dans ta journée.

As-tu bien mis de l’ordre en tout cela ?
As-tu compris tout ce qui se passa,
Ce qui fut dit, ce qui te menaça ?
As-tu compté les heures et l’argent ?

As-tu rangé ton étroit logement ?
(Il te faudra, dans cet encombrement,
Atteindre, après la table, la fenêtre
Et te mouvoir, quand le jour va paraître !)

Allons ! Tu peux dormir jusqu’au matin.
Je te permets d’évoquer la fumée,
L’espace ouvert entre les cheminées
Ou le soleil vu à travers les mains.
—Je reviendrai t’accompagner demain. »

Moi qui feignais de dormir, j’entendis
Qu’il soupirait. Puis, pour lui-même, il ajouta :
« Demain, nous parlerons d’autres soucis ! »
Enfin, hochant la tête, il s’éloigna.

Il est là chaque soir, et sa voix
N’en dit pas plus sur le monde et sur moi.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Villanelle (Philippe Desportes)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Villanelle

Rosette, pour un peu d’absence,
Votre cœur vous avez changé,
Et moi, sachant cette inconstance,
Le mien autre part j’ai rangé :
Jamais plus, beauté si légère
Sur moi tant de pouvoir n’aura :
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Tandis qu’en pleurs je me consume,
Maudissant cet éloignement,
Vous qui n’aimez que par coutume,
Caressiez un nouvel amant.
Jamais légère girouette
Au vent si tôt ne se vira :
Nous verrons, bergère
Rosette,
Qui premier s’en repentira.

Où sont tant de promesses saintes,
Tant de pleurs versés en partant?
Est-il vrai que ces tristes plaintes
Sortissent d’un cœur inconstant?
Dieux! que vous êtes mensongère!
Maudit soit qui plus vous croira !
Nous verrons, volage bergère,
Qui premier s’en repentira.

Celui qui a gagné ma place
Ne vous peut aimer tant que moi;
Et celle que j’aime vous passe
De beauté, d’amour et de foi.
Gardez bien votre amitié neuve,
La mienne plus ne variera,
Et puis, nous verrons à l’épreuve
Qui premier s’en repentira.

(Philippe Desportes)

 

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Le boulanger (Jean Aicard)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



Illustration: Alfred Desplanques
    
Le boulanger

— Que fais-tu là, boulanger ?
— Je fais du pain, pour manger.
Tu vois je pétris la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Mais tu gémis, boulanger
— Je gémis… sans m’affliger :
Je geins, en brassant la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Qu’as-tu fait là, boulanger ?
— J’ai, pour faire un pain léger,
Mis du levain dans la pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— Que dis-tu donc, boulanger ?
— J’ai mes pelles à charger,
Quand J’aurai coupé ma pâte
Le monde à faim ; je me hâte

— Et puis après, boulanger ?
— Dans mon four, je vais ranger
Tous mes pains de bonne pâte.
Le monde à faim ; je me hâte.

— N’as-tu pas chaud, boulanger ?
— Si ; mais pour m’encourager,
La chaleur dore ma pâte
Que je retire en grand-hâte.

— Merci, brave boulanger
Le monde pourra manger !

(Jean Aicard)

 

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Nuit blanche (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019



Illustration: Laurent S
    
Nuit blanche

Les bouteilles vidées, les couples désenlacés, on a secoué les nappes, les calèches s’en vont, baisers, la musique s’est tue, les fleurs ont détaché leurs pétales, échos, on a rangé les instruments, les arbres ont perdu leurs feuilles, lueurs, replié partitions et pupitres, les oiseaux se sont dissous dans le froid, pause, la Lune s’est répandue en neige, les flots se sont calmés, sommeil, un trait léger signale encore quelques balustres, les graviers et les vents se sont enrobés de silence, respiration, les marches deviennent transparentes, le mur, le sol, glissement, et même cette feuille de papier va disparaître.

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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Je savais (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Je savais comment les meubles seraient rangés dans les chambres…
je savais quelles assiettes à ramages bleus j’allais poser sur la table…
je savais quelle porte s’ouvrirait tout à l’heure et qui entrerait…
je savais dans quelle ombre de la chambre je préparerais le berceau…

J’attendis. Les ans passèrent…
Et je m’en irai d’ici sans savoir ce qu’était une demeure humaine.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les points cardinaux (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Les points cardinaux

je finis ton thé
range ton oreiller
y plonge le nez
je nettoie mon brouillard
de ta serviette humide
qui sent la chlorophylle
et la crème d’amande
j’écoute le souvenir
de ta lumière
en remontant
la piste aux trésors

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Peintre qui va à Port-Cros pour peindre (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2019



Pierre Mori 3 [800x600]

Peintre qui va à Port-Cros pour peindre.
Et tout est si beau qu’il achète une maison,
range ses tableaux et n’y touche plus.

(Albert Camus)

Illustration: Pierre Mori

 

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Minuit Automne (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




    
Minuit Automne
à Florence Delay

Des pattes fines sur le toit la nuit sans lune
Le bruit mat d’une pomme qui tombe dans l’herbe
Les pattes qui tricotent doux sûrement un loir
On entend très haut dans le ciel un très fin cri d’oiseau
Que font les grives mauvis à voler à cette heure?
Et moi qu’est-ce que je fais à ne pas encore dormir?

J’aimerais avoir des mains légères de lingère
Je plierais ma tristesse comme du linge frais
qui sent encore la bonne chaleur du fer à repasser
Je la rangerais dans le tiroir de la commode
et je serais tranquille simplement l’ami des loirs
qui ont des pattes si fines et le bout du museau rose
l’ami des grives qui ont le jabot piqueté de confettis noirs
Je serais sage comme une grosse pomme tombée dans l’herbe
Je dormirais comme la pomme J’aurais des rêves légers
où les jeunes filles d’autrefois la plupart maintenant mortes
me diraient gravement des choses sans gravité
et me regarderaient avec de grands yeux clairs

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Où est caché ce qui n’est plus (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



Illustration: Patricia Blondel 
    
Où est caché ce qui n’est plus
et ne sera peut-être jamais plus ni pour
moi ni pour personne? Le temps passé
où range-t-il le temps perdu l’oubli du temps?

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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