Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘rapace’

Tout est en ordre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Tout est en ordre : le poème
Se tait comme il convient à sa nature.
Mais quand le motif se détache,
Il frappe du poing à la vitre, —
Et l’on entend l’écho lointain
De cet appel, un bruit atroce, —
Un clapotis, un cri de rapace, une plainte,
Et l’on a la vision de mains en croix.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Danielle Decollonge

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

Remedios Varo Uranga_Création de l’artiste suivant les vibrations du violon de son cœur [1280x768]

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE

Voyageur immobile autour de l’écritoire
j’entrevois un sage — silhouette voûtée —
en marche pas à pas vers son aire sacrée
il sait qu’il s’effondrera avant de l’atteindre
portant il continue de pousser son corps
entre appel du gouffre et cognements des artères

Il rêve du compagnonnage d’un disciple
sur l’épaule duquel il pourrait s’appuyer
aux moindres défaillances du coeur ou des muscles
qui saurait lire la graphie des chemins
et décrypter la connivence des étoiles

Mais il va seul vers une improbable rencontre
ses forces s’épuisent sa vue baisse il ne sait
qui il est qui l’attend le surveille invisible
lui adresse des signes qu’il ne voit pas
dans la solitude qui précède la mort

Sur sa dépouille vont s’acharner les rapaces

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Du pic de la cime haute (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Eric Itschert
    
Du pic de la cime haute
Je suis tombé comme un fou
Et me suis rompu le cou.
C’est bien fait, car c’est ma faute.

Je n’avais qu’à rester coi.
Mais j’ai voulu, trop rapace,
Saisir le bonheur qui passe
Et le retenir. Pourquoi?

Dans le ciel, à tire-d’aile,
Comme il planait d’un vol sûr,
Je pouvais bien dans l’azur
Le suivre d’un œil fidèle.

Mais, plein d’un fauve appétit,
Sans calcul, sans frein, sans règle,
J’ai fait comme le grand aigle
Qui veut nourrir son petit.

En voyant s’enfuir ma joie,
J’ai voulu la raccrocher,
Et j’ai contre le rocher
Brisé moi-même et ma proie.

(Jean Richepin)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Paysages (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Don Hong-Oai  005

Paysages

Derrière le visage et le geste
Les êtres taisent leur réponse
Et la parole dite alourdie
De celles qu’on ignore ou qu’on tait
Devient trahison

Je n’ose parler des hommes je sais si
Peu de moi

Mais le Paysage

Livré à mes yeux pour son reflet qui
Est aussi son mensonge glisse dans
Mes mots j’en parle sans remords
Reflet qui est moi-même et le visage
Des hommes mon unique tourment

Je parle de Désert sans quiétude
Sillonné des tourmentes du vent
Soulevé aux entrailles
Aveuglé de ses sables
Laissé aux solitudes sans toit
Jaune comme la mort
Qui parchemine
Face contre le soleil

Je parle
Des pas de l’homme si rares
En son aridité
Mais chéris comme le refrain
Jusqu’à l’autre passage
Du vent jaloux

Et de l’oiseau si rare
Qui de son ombre fuyante
Panse les blessures que donne le soleil

Et de l’arbre et de l’eau
Que l’on nomme Oasis
Du nom d’une femme aimée

Et je parle de la Mer rapace qui reprend
Les coquillages aux grèves
Les vagues aux enfants

Mer sans visage
Au cent visages de noyés
Qu’elle enroule d’algues
Rend glauques et glissants
Comme les bêtes marines

Mer insensée telle une histoire sans fin
Détachée de l’angoisse
Pleine de contes de mort

Et je parle de vallées ouvertes
Aux pas fertiles de l’homme
Au désordre de la fleur
De cimes confinées

De montagnes de clarté
Que dévore la fauve course des sapins

Et des sapins qui savent
L’accueil des lacs
La noirceur des sols
Et les sentiers qui errent

Echos de ces visages
Qui hantent nos matins.

(Andrée Chedid)

Illustration: Don Hong-Oai

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ma renarde (René Char)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018




    
Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux.
Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis.

Bougeoir ou météore,
il n’est plus de coeur gros
ni d’avenir sur terre.

Les marches du crépuscule révèlent ton murmure,
gîte de menthe et de romarin, confidence échangée
entre les rousseurs de l’automne et ta robe légère.

Tu es l’âme de la montagne aux flancs profonds,
aux roches tues derrière des lèvres d’argile.

Que les ailes de ton nez frémissent.
Que ta main ferme le sentier
et rapproche le rideau des arbres.

Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent,
je place en toi toutes les espérances éboulées,
pour un chardon victorieux de la rapace solitude.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Gibier (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Gibier

Ce matin le vent
a laissé dans ses yeux
juste assez
de cette petite sauvagerie
fraîche et décoiffée
qui fait du lapin
fuyant le rapace
un être légèrement
plus libre
que le rapace
à l’affût du gibier

lequel
a vraiment besoin
de l’autre
pour continuer

(Thomas Vinau)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le silence des forêts est fait de murmures (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018




    
— Le silence des forêts est fait de murmures
de plaintes, de sanglots de larmes et de cris
des femmes convoitées qui y trouvaient refuge,
des hommes pourchassés qui défendaient leurs terres,

Le silence des forêts est fait de messages
transmis aux nouveau-nés par les sages inspirés,
qui annonçaient la bienveillance des astres,
où les assauts de forces invisibles, hostiles,

Le silence des forêts est fait de paniques,
des multiples chants des oiseaux innombrables,
de l’envol des rapaces fondant sur leur proie,
du lent écoulement des pluies sur les fougères,

Le silence des forêts est fait de l’écho,
du frôlement des branches, des cris des rongeurs,
de la chute des bogues sur les feuilles mortes,
de la fuite des biches effrayées par le vent ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Temps où les branches cassent (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2017



    
Temps où les branches cassent
blanches d’une neige d’odeur
au vent rapace des abeilles.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Salvador Dalí
    
NE TE SUICIDE PAS, SEIGNEUR

Ne te suicide pas, Seigneur,
voici qu’apparaît une orchidée parmi les ruines ;
ne te suicide pas, Seigneur,
voici que renaît le ruisseaux dans le cratère d’une bombe ;
ne te suicide pas, Seigneur,
le ciel a mis du givre sur sa balafre, l’océan a guéri sa blessure d’un bandage de corail.

Écoute, Seigneur, ton univers qui était enfantin comme le cartilage,
le voilà revenu de sa première fougue, de sa plus grande désobéissance ;
les comètes continuent de voyager, comme des berlines après une halte au carrefour de deux paniques ;
l’azur n’en est que plus profond, d’avoir été un rapace ;
l’aurore n’en est que plus belle, d’avoir failli ne jamais revenir.

Tout n’a pas tellement changé, Seigneur :
regarde ce hameau, combien de cascades pourraient naître dans sa mare,
combien de peupliers dans son ortie !

Tout n’a pas tellement souffert, Seigneur :
déjà l’épi de blé pousse dans l’orbite de ceux qui moururent de faim,
déjà les fillettes sautent à la corde sous les ombres de ceux que l’on décapita.

Tout n’est pas tellement tragique, Seigneur,
puisqu’il y a la route sans fin où même l’exil est oublié,
puisqu’il y a le vent si doux que même les soupirs y sont joyeux,
puisqu’il y a tout ce qui hurle l’immense plaisir d’être vivant.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PASSAGES (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

PASSAGES

I
Océan violet voile de toile
étal où se joue
l’invisible commerce du vent.
*
Pirogue, arbre couché
privé de sève
qui rêve l’immobilité.
*

Ailleurs compliqué d’îles, de songes
où n’aborde jamais
qu’une ombre
l’homme

II
Habille-les, toi
les nervures de la feuille.
La chenille t’aimera
nu dans sa fourrure.
*
Assoiffé ô coeur aveugle
suis l’oiseau rapace
épiant pas à pas
la trace de sel des larmes.
*
Tu seras si lent
à parfaire ton silence.
Même au temps éteint opaque
quand l’os craque dans ta cendre
et trouble un passant.

III
Sable
ni vent ni pierre
Comme le temps
entre hier et peut-être.
*
Sable où tout s’efface
la grâce du feu te fond
dans la transparente idée.
*
Pierre opaque
naissance de l’immobilité
seul te change
un acte de la pensée.

IV
Temple, chambre
songe d’adobe ou refuge
autre corps nu habitable
un temps mesuré.
*
Pur, invisible coupure
le cristal sépare
la soif de l’eau.

(Claude Michel Cluny)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :