Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘rapide’

L’HEURE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



 

L’HEURE

Rapide, aiguë et furtive,
L’aiguille sur le cadran
Perce l’heure où elle arrive
De son dard indifférent.

La rose, de ses pétales,
Compte l’instant qui se suit
En minutes inégales
Qui s’effeuillent sans un bruit.

Le temps pour toi se divise
Selon que tu l’as pensé!
Qu’il s’abrège ou s’éternise
Il deviendra ton passé.

Et, lorsqu’un jour de ta cendre
Les roses refleuriront,
Tu ne pourras plus entendre
Les aiguilles qui feront,

Sur le cadran à demeure,
Leur travail minutieux
De percer encore l’heure
Que ne verront plus tes yeux.

(Henri De Régnier)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ô quelle grande solitude (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



 

Ô quelle grande solitude tu as fait dans ma maison,
Ma petite Ursule bien-aimée, par ton rapide départ;
Nous sommes nombreux, et pourtant, notre maison est déserte;
L’absence d’une petite âme a fait chez nous un grand vide.
Tu babillais tout le temps, et tu chantais pour tous,
Ta personne remplissait tous les coins de notre demeure.
Du front de ta mère tu chassais la chagrine tristesse,
De la tête de ton père tu chassais les noirs soucis,
Prenant un tel par le bras, et étreignant un autre,
Déridant toute la maisonnée par ton rire joyeux.
Maintenant tout se tait : la maison est un désert :
Pas un jeu; personne n’a envie d’éclater de rire.
Et dans chaque coin le regret saisit l’homme par le coeur;
C’est en vain que l’on cherche la moindre trace de bonheur.

(Adam Mickiewicz)

Illustration: Henry Raeburn

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2019



    

RONDEAU DE L’HOMME LAS DE PENSER

Combien de temps, tête sempiternelle,
Te faudra-t-il penser et repenser,
Tel l’aiguilleur reclus dans sa tourelle,
Guetteur raidi du train qui va passer ?
Au roulement des rapides idées
Ouvrant ou non les disques lumineux,
Combien de temps, leviers vertigineux,
Dois-je mouvoir vos tiges recoudées?
Combien de temps?

Combien de temps, radoteuse cervelle,
Dois-je sentir ta roue en moi tourner,
Virer au vent et voleter ton aile,
Et sous ta meule un grain dur s’enfourner?
Combien de temps, machine tyrannique,
De ton tiquant, de ton taquant moulin,
Où toujours entre et d’où sort un sac plein,
Me faudra-t-il servir la mécanique?
Combien de temps?

Combien de temps,
Dans la guérite où je
Me faudra-t-il garder
Tenace Esprit qui ne
nocturne sentinelle,
dois m’enfermer,
ta citadelle,
veux désarmer?
Le poing toujours sur le pommeau du glaive,
Prêt à jeter l’anxieux Qui va là,
Combien de temps, dans le trou que voilà,
Me faudra-t-il attendre la relève?
Combien de temps?

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

VŒUX POUR MON PROPRE ANNIVERSAIRE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019



Giuseppe Ungaretti
    
VŒUX POUR MON PROPRE ANNIVERSAIRE

Le soleil s’en va doucement.
De la journée un ciel trop clair
Se détache.
Il ramifie la solitude

Comme du fond de la distance
Une inflexion de voix.
Offensée si pourtant flatteuse
Cette heure est d’un art étrange

N’est-ce pas le premier signe
D’automne déjà libéré?
Avec aucun autre mystère

Il court en effet se dorer
Le beau temps qui retire
Le don de folie.

Et pourtant, pourtant je crierai :
Jeunesse rapide des sens
Qui me tiens obscur à moi-même
A l’Éternel consentant les images,

Ne me laisse pas encore, reste, souffrance!

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LAURA (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019




Illustration: Agost Benkhard
    
LAURA

Heureusement, elle est partie. Maintenant elle sera
tout à fait et encore plus qu’elle ne le pense
mienne. Maintenant elle se tiendra de nouveau
nue, épanouie et sans vergogne,
devant mes yeux fermés.

Et, lourd de ses parfums, je refais passer
rapidement son sourire et me focalise
sur ses cuisses généreuses, sa peau
neige doucement sur mon grand écran,
déjà, elle prend de la voix, elle cajole,
elle jure, et puis, dernière image,
j’empoigne ses hanches et l’enneige à nouveau.

Heureusement, elle est partie. Mais moi,
je suis son chien, j’agite la queue quand
elle vient. Encore plus qu’elle ne le pense.

***

LAURA

Gelukkig, ze is weg. Nu zal ze
helemaal en meer nog dan ze denkt
de mijne zijn. Nu zal ze nogmaals,
naakt en vol en onbeschaamd,
voor mijn gesloten ogen staan.

En zwanger van haar geuren speel ik
snel haar glimlach af en spits
me op haar gulle dijen, haar huid
sneeuwt zachtjes op mijn witte doek,
ze krijgt al stem, ze fleemt,
ze vloekt, en dan, de laatste still,
yang ik haar schoot en sneeuw haar uit.

Gelukkig, ze is weg. Maar ik,
ik ben haar bond, ik kwispel als
zij komt. Meer nog dan ze denkt.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Si nous avions une vision (George Eliot)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019


 


OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

Si nous avions une vision et un sentiment aigus de toute la vie humaine ordinaire,
cela équivaudrait à entendre l’herbe pousser
et le coeur de l’écureuil battre,
et alors, nous mourrions de cette clameur
située de l’autre côté du silence.
Les choses étant ce qu’elle sont,
les plus rapides d’entre nous circulent bien emmitouflés
dans une épaisse couche de stupidité.

(George Eliot)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

RECHERCHE (Verónica Aranda)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2019



Illustration: Elena Kotliarker
    
RECHERCHE

J’ai cherché dans ton corps les guirlandes de la soif

le sentier de grenadiers repeuplé
avec les écureuils gris du silence,
un coucher de soleil violet
ou cette décision rapide

qui disparaît à nouveau sur les chemins de la méditation.

***

IN CERCA

Ho cercato nel tuo corpo le ghirlande della sete,
il sentiero delle melagrane
ripopolato con gli scoiattoli grigi del silenzio,
un qualche tramonto color malva,
o quella decisione rapida
che va scomparendo nei sentieri del meditare.

***

BÚSQUEDA

Yo buscaba en tu cuerpo las guirnaldas de sed,
la senda de granados repoblada
con las ardillas grises del silencio,
algún poniente malva
o aquella decisión a corto plazo
que se va meditando en los caminos.

***

CĂUTARE

Eu căutam în trupul tău ghirlande, din sete,
cărarea pomilor de rodii, revizitați
de veverițe cenușii, de prin tăceri
un apus oarecare, vioriu
și-acea decizie pe termen scurt
care pornește, meditând, la drum.

***

SUCHE

In deinem Körper suchte ich die Girlanden des Durstes,
den Pfad der Granatapfelbäume,
wiederbelebt mit den grauen Eichhörnchen der Stille,
einen malvenfarbenen Sonnenuntergang
oder jene schnelle Entscheidung
die auf den Wegen der Meditation wieder verschwindet.

***

ZOEKEN

Ik zocht in jouw lichaam de guirlandes van de dorst
het pad van granaatappelbomen herbevolkt
met de grijze eekhoorns van stilte,
een paarse zonsondergang
of die snelle beslissing
die op de wegen van de meditatie weer verdwijnt.

***

SEARCH

I searched in your body for the garlands of thirst,
for the path of pomegranates
revived by the grey squirrels of silence,
for a mauve sunset,
or that rapid decision
that fades away in the alleys of meditation.

***

ΕΡΕΥΝΑ

ψαξα στο κορμί σου για τη γιρλάντα της δίψας
για το μονοπάτι του ρογδιού
που αναγέννησαν τα γκρίζα σκιουράκια της σιωπής
για το μενεξελί ηλιοβασίλεμα
ή τη βιαστική απόφαση
που σβύνεται στο δρομάκι του διαλογισμού

***

寻 找

我在你身上寻找渴望的花环,
因为石榴之路
被沉默的灰松鼠唤醒,
因为淡紫色的日落,
或者快速的决定
逐渐消失在冥想的小巷里。

***

PENCARIAN

Aku mencari kalungan dahaga dalam tubuhmu,
demi laluan buah delima
dihidupkan kembali dek tupai-tupai kelabu yang sepi,
demi senja merah senduduk,
atau keputusan pantas
yang lenyap dalam lorong meditasi.

***

LA RICERCA

Circaiu ntô to corpu ghirlandi di siti,
na vanedda di granati ripopulata
di li grigi scuiattuli dû silenziu,
quacchi cuddata di suli malva
o dda decisioni ca dura picca
ca si va miditannu ntra lu caminu.

***

POSZUKIWANIA

Szukałam w twoim ciele girland pragnienia
ścieżki wśród granatowców, na nowo zarośniętej
szarych wiewiórek milczenia
pewnego liliowego zachodu słońca
tamtej chwilowej decyzji
by rozważać drogi rozstania

(Verónica Aranda)

 

Recueil: Cortes de luz
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Italien Wolfgang Klinck – Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Wolfgang Klinck / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Malaisien Dr. Raja Rajeswari Seetha Raman / Sicilien Gaetano Cipolla / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka
Editions: Rialp

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FRÊLE PASSAGER (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2019




    
FRÊLE PASSAGER

Fleurs, nuages, reflets de la lune,
Bourgeons engourdis dans les forêts d’avril,
Chant du coucou, aile fuyante de l’hirondelle
Me font changer.

Les visions légères et passagères du monde,
L’impermanence des jours, la danse rapide des êtres
Des papillons indécis, des pèlerins au carrefour des routes
Bougent dans ma vie.

Je bouge pour une immense, étonnante vie.
Je parle, je bouge aussi pour la mort.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




    
REFUGE D’OISEAUX NOCTURNES

Là-haut il est un pin tordu;
aux aguets écoutant l’abîme
le tronc tendu comme un ressort.

Refuge d’oiseaux nocturnes
aux petites heures il retentit
d’un battement d’ailes rapides.

Il a aussi son nid, mon coeur,
suspendu dans le noir, une voix;
lui aussi est à l’écoute, la nuit.

***

RIFUGIO D’UCELLI NOTTURNI

In alto c’è un pino distorto;
sta intente ed ascolta l’abisso
col fusto piegato a balestra.

Rifugio a ucelli notturni,
nell’ora più alta risuona
d’un battere d’ali veloce.

Ha pure un suo nido il mie cuore
sospeso nel buio, una voce;
sta pure in ascolto , la netto.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FEU D’HIVER (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
FEU D’HIVER

La nature est présente dans ma chambre, l’hiver,
Rideaux tirés devant les nuages et les étoiles,
Les lacs, les collines, les douces prairies lointaines;
Présente par le feu, plus vieux et plus sauvage.

Le feu leur survivra, le feu les prendra tous :
Dans le feu doivent tomber les bois d’automne.
L’éveil du printemps, c’est la lente combustion de l’arbre,
Le feu phénix qui brûle l’oiseau, la bête, la fleur.

Jadis Troie et le bûcher de Didon à Carthage,
Le navire de Baldur et l’incendie légendaire de Londres,
Les robes, les murs de bois, les palais de cristal
Dans leur apothéose furent pareilles flammes :

Flammes plus fluides que l’eau d’un torrent,
Flammes plus délicates et rapides que l’air,
Flammes plus infranchissables que des murs de pierre,
Destructrices, irrévocables comme le temps.

Le feu essentiel est l’esprit que rien n’entrave,
Qui, né sur les lèvres de la prophétie,
Libère les éléments étincelants de l’âme;

Sa brûlure apprend à l’amour la façon de mourir
Et aux êtres à subir leur destruction ultime
Sur ces remparts en flammes du monde qui s’élèvent
Entre notre existence et le jardin perdu.

***

WINTER FIRE

The presence of nature in my winter room
With curtains drawn across the clouds and stars,
Lakes, fells, and green sweet meadows far aime
Is fire, older and more wild than they.

Fire will outlast them all and take them ail
For into fire the autumn Woods must fan.
Spring blossoming is the slow combustion of the tree,
The phoenix fire that burns bird beast and flower away.

Once Troy and Dido’s Carthaginian pire
And Baldur’s skip, and fabulons London burning,
Robes, wooden walls and crystal palaces
In their apotheosis moere such flames as these

Flames more fluent than water of a mountain Stream,
Flames more delicate and swift than air,
Flames more impassable than walls of stone,
Destructive and irrevocable as time.

Essential fire is the unhindered spirit
That, laid upon the lips of prophecy
Frees ail the shining elements of the soul;

Whose burning teaches love the nie to die
And selves to undergo their ultimate destruction
Upon those flaming ramparts of the world
That rire between our face, and the lost garden.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :