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Entrer sans frapper (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



Entrer sans frapper

Si j’apprends à t’aimer, chez moi tu pourras entrer sans frapper,
mais réfléchis bien: ce sera pour t’étendre
sur ma paillasse, et soupirer à l’unisson de la paille
crachant poussière.

Je t’apporterai une cruche d’eau fraîche
et j’essuierai tes souliers quand tu t’en iras;
personne ici ne nous dérange:
tu pourras donc, dos courbé, rapiécer nos nippes.

Grand est ici le silence: je te parlerai;
si tu es fatigué, je te ferai asseoir sur l’unique chaise;
s’il fait chaud, tu pourras ôter col et cravate;
si tu as faim, tu auras pour seule assiette une feuille de papier,
mais propre,
et n’oublie pas de m’en laisser un peu – moi aussi j’ai grand faim.

Si j’apprends à t’aimer, chez moi tu pourras entrer sans frapper,
mais réfléchis bien:
tu me ferais peine si d’ici longtemps tu te dispensais
de venir chez moi.

(Attila Jozsef)

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L’ordre logique s’effondra (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



 

L’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignée
Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air
Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Hans Thoma

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