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Poésie

Posts Tagged ‘rassasié’

Madame au fond de vous (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Amedeo Modigliani
    
Madame au fond de vous

Madame au fond de vous j’ai mangé au fruit rose
Et je n’en suis pas encore rassasié
Pour être vrai j’accours à ce nouveau cellier
D’avoir
Madame en vous mangé si claire chose

Madame j’ai tâté de l’enfer je suppose
En m’abandonnant de la langue à ce beau fruit
Depuis j’erre assoiffé affamé jour et nuit
Ne pouvant me passer d’une nouvelle dose

Quel secours appeler?
Je ne sais pas attendre
Ni ne peux plus aller par un autre sentier
Sans que le goût de votre pulpe me poursuive

Vous perdant comme on perd les perles d’un collier
Si de votre déduit ne puis être la grive
Me soûlant à votre raisin tendu et tendre

(Jacques Chessex)

 

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Désir du désir (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019



Illustration
    
Désir du désir jamais rassasié du corps
de l’autre comme d’un horizon qui s’éloigne
à mesure. Ici tout tremble

De volupté, danse qui de toi
te rapproche, rose de chair heureuse

respirée dépliée
sous un plafond d’étoiles
et d’inquiétude.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mon coeur a des dents (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2018



mon coeur a des dents
des dents
il mord qui approche dévore ceux qui m’aiment
j’entends les os craquer les hurlements glacés des assassinés
c’est pas
appétissant
sage mon coeur sage
es-tu rassasié maintenant
cesse s’il te plaît de grincer
des dents
j’habite un ogre en mon sein
moi qui suis végétarien
c’est un peu
embarrassant
je vais l’entourer de fil barbelé planter une pancarte
attention danger
au moins vous serez prévenu
mon coeur minotaure en son labyrinthe
vous attend
à pleines dents

(Bernard Friot)


Illustration: Pablo Picasso

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Satisfaite, insatisfaite, rassasiée ou figée par la faim (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



La floraison du bâton

[5]
Satisfaite, insatisfaite,
rassasiée ou figée par la faim,

c’est
là l’éternel désir,

c’est
là le désespoir, le désir d’équilibrer

la variante éternelle ;
tu comprends cet appel insistant,

cette demande d’un moment donné,
la volonté de jouir, volonté de vivre,

pas seulement la volonté d’endurer,
la volonté du vol, la volonté de réussite,

la volonté du repos après un long vol ;
mais qui connaît le désir désespéré

des tous ces autres — oiseaux réels ou peut-être
maintenant mythiques — cherchant le repos sans le trouver

jusqu’à se laisser choir du plus haut point de la spirale
ou tomber du centre précis du cercle toujours plus étroit ?

car ils se rappellent, se rappellent, en tanguant, en planant
ce qui avait été — ils se rappellent, se rappellent

ils ne dévient pas — ils ont connu la félicité,
le fruit qui satisfait — ils sont revenus —

et si les îles sont perdues ? et si les eaux
couvrent les Hespérides ? ils préféreraient se rappeler —

se rappeler les pommiers d’or ;
ô, ne les plains pas, en les voyant choir l’un après l’autre,

car ils tombent épuisés, engourdis, aveugles
mais avec une extase certaine,

car la faim pour le Paradis
est à eux.

***

Satisfied, unsatisfied,
satiated or numb with hunger,

this is the eternal urge,
this is the despair, the desire to equilibrate

the eternal variant;
you understand that insistent calling,

that demand of a given moment,
the will to enjoy, the will to live,

not merely the will to endure,
the will to flight, the will to achievement,

the will to rest after long flight;
but who knows the desperate urge

of those others—actual or perhaps now
mythical birds—who seek but find no rest

till they drop from the highest point of the spiral
or fall from the innermost centre of the ever narrowing circle?

for they remember, they remember, as they sway and hover,
what once was—they remember, they remember—

they will not swerve—they have known bliss,
the fruit that satisfies—they have come back—

what if the islands are lost? what if the waters
cover the Hesperides? they would rather remember—

remember the golden apple-trees;
O, do not pity them, as you watch them drop one by one,

for they fall exhausted, numb, blind
but in certain eostasy,

for theirs is the hunger
for Paradise.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Le miracle (Charles Bukowski)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Le miracle

Travailler une forme artistique
ne signifie pas
se tortiller comme un ver solitaire
rassasié,
ça ne justifie pas non plus les grands airs
ni la cupidité, ni en aucun cas
le sérieux, mais je crois deviner
que ça occupe les meilleurs moments
des meilleurs d’entre nous,
et lorsque ceux-là meurent
et que quelque chose d’autre ne meurt pas,
nous voyons le miracle de l’immortalité :
des hommes arrivés comme des hommes,
repartis comme des dieux –
des dieux dont nous savions qu’ils étaient ici,
des dieux qui nous laissent maintenant continuer
quand tout nous presse d’arrêter.

***

The miracle

To work with an art form
does not mean to
screw off like a tape-worm
with his belly full,
nor does it justify grandeur
or greed, nor at all times
seriousness, but I would guess
that it calls upon the best men
at their best times,
and when they die
and something else does not,
we have seen the miracle of immortality:
men arrived as men,
departed as gods –
gods we knew were here,
gods that now let us go on
when all else says stop.

(Charles Bukowski)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Ce soir aussi (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Ce soir aussi

Pleinement,
la neige emplit cette mer
où le soleil flotte,
fleurit dans les paniers la glace
que tu portes vers la ville.

Sable,
tu exiges pour cela,
car la dernière rose intérieure
veut aussi ce soir être rassasiée

de l’heure qui s’écoule.

(Paul Celan)

Illustration: Salavador Dali

 

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Retouche beauceronne (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



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retouche beauceronne

croque au ciel

du four de midi champ de blé
ta galette m’a rassasié
jusqu’au déclin du jour

(Daniel Boulanger)

 Illustration

Désolé je n’ai pas trouvé « croque au ciel » de la Beauce quelqu’un connaît et peut me donner un lien photo ?

 

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La torche (Marie Nizet)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2016



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La torche

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d’extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite.

Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
Le souple enlacement des languides tendresses.
Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où
Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.

Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin
Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée
Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin,
Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée.

Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…

Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars
– Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-même as soif d’être perdue.

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l’inutile autel déserté par l’idole ;
Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,
Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…

Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.

(Marie Nizet)

 

 

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