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Poésie

Posts Tagged ‘rassurant’

Nous les fleurs (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Avec douleur, nous les fleurs nous nous éveillons à notre vie
de dessus terre.
En souffrance, nous quittons les noires profondeurs
où tout était si rassurant.
Il est si rassurant de ne pas vivre.
Avec peine nous nous ouvrons au soleil dispensateur de vie
et des êtres que nous ne connaissons pas marchent
parmi nous louant notre beauté.
Mais nous ne comprenons rien. Nous sommes aveugles
comme la terre d’où nous venons.
Il ne voulut pas nous donner la faculté de voir notre beauté.

Belles ? En nous-mêmes nous ne sommes pas belles.
Peut-être le sommes-nous quand le soleil étincelle sur nous.
Mais en nous règne une obscurité constante.

***

Med smärta vaknar vi blommor till vårt liv på marken.
Smärtsamt lämnar vi den mörka jorden, där allting var
så tryggt.
Det är så tryggt att inte leva.
Smärtsamt öppnar vi oss för den livgivande solen
och varelser som vi inte alls känner går kring bland oss
och talar om vår skönhet.
Men vi förstår ingenting. Vi är blinda som jorden, som vi
har kommit ifrån.
Han ville inte ge oss förmågan att själva se vår härlighet.

Sköna ? Inne i oss själva är vi inte sköna.
Det är vi kanske när solen strålar över oss. Men inne i
oss själva råder det ständigt mörker.

(Pär Lagerkvist)

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Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



ce n’est pas ce que j’ai voulu dire

toujours les mots échappent à ma pensée
ils tombent
déséquilibrés
exactement
à côté

ce n’est pas ce que j’ai voulu dire

le silence pourtant
n’est pas plus rassurant
il flotte il hésite
trahit
en se taisant

ce n’est pas ce que j’ai voulu dire

(Bernard Friot)


Illustration

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Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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Tes gestes (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



 

Francois Martin-Kavel_  _1

Tes gestes

Plus tendres qu´un aveu
Tes gestes me désarment
Ta main dans tes cheveux
Ou qui sèche une larme
Tu mêles savamment
L´innocence et le charme
Ta jupe de quinze ans
Et tes jambes de femme

Tes bras encore si frêles
Deviennent rassurants
Quand tu donnes à l´enfant
Ta douceur maternelle
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Plus belle qu´une ondine
Quand tu sors du bain
Tu caches ta poitrine
Dans la paume des mains
Les hanches insolentes
A chaque mouvement
Une bouche gourmande
Et des yeux innocents

Le soleil apprivoise
Ton corps à contre-jour
Et trouble les contours
De ton ombre chinoise
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Comme une adolescente
A son premier désir
Experte et maladroite
Offerte à ton plaisir
Tu es en même temps
Princesse, courtisane
Une fille, une femme
Et la mère, et l´enfant

Je te regarde vivre
Tu me redonnes vie
Tes gestes me délivrent
De tout ce que je suis

(Georges Moustaki)

Illustration: Francois Martin-Kavel

 

 

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L’attente toujours (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2016



L’attente toujours

Découvrirons-nous au soir d’une longue patience
La source d’où cheminent nos rêves les plus obstinés ?
Remonterons-nous les longs chemins de la mémoire ?
Lorsque nous aurons atteint l’autre versant du temps
De grands faisceaux de brume emprisonneront les oiseaux de passage
Comme autant de liens invisibles reliés au cœur du monde
Nous irons alors par les fins réseaux du sang
Dans cette odeur âcre de fleurs pourrissantes
Avec sur les lèvres, comme la brûlure d’une paix rassurante,
La saveur du sel de la nuit.

(Bernard Mazo)

 

 

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Jette-toi dans les bras de l’air (Paul Chamberland)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2016



Jette-toi dans les bras de l’air.

Non ?
Trop lyrique ?

À ras de terre
mâchouille les gravats de chantiers,
obsède-toi de la laideur des êtres,
ne lésine pas, gobe jusqu’au fiel.

Ton regard a bien fait le deuil de cette sucrerie,
un pan de ciel ?

Le nirvana n’est pas d’abord un aller simple pour l’extase
mais un tourniquet de gifles.

Es-tu prêt à flairer la poche de hontes rassurantes
que tout un chacun traîne avec soi, furtif, dans la cohue ?

La bande du trottoir est un Jugement dernier en marche.

(Paul Chamberland)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Le monde du silence (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2016



Le monde du silence est si beau et menaçant à la fois.
Rassurant et peuplé d’ombres.
Protecteur mais incertain.
Une raie, un requin.
Un coup de mâchoire.
Sans bruit.
Le sang attire d’autres prédateurs.

(Valérie Canat de Chizy)

Illustration

 

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Il y a ce matin (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015



Il y a ce matin sur les arbres, les murs et dans le ciel,
une lumière si tendre qu’elle semble s’adresser aux morts plus qu’à nous
– à moins que ce ne soient les morts qui nous l’envoient,
comme on écrit une lettre rassurante à des parents un peu inquiets.

(Christian Bobin)

Illustration

 

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LA FEMME INTÉRIEURE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2015



Chen Yan Ning  (27) [1280x768] 

LA FEMME INTÉRIEURE

belle
comme la foudre s’arrêtant à mi-ciel
pour choisir son arbre

inconnue
proche à faire peur
rassurante pourtant
comme une halte en pays tempéré

feu de position
qui détient en sa pupille
la direction de la nuit

friable
comme une poignée de main
entre deux êtres sans avenir

dure
comme le commencement du monde

visage clos
visible une fois par vie
en appuyant sur la gâchette.

(Georges Henein)

Illustration: Chen Yan Ning

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