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Poésie

Posts Tagged ‘rat’

J’ai tort (Alain Jouffroy)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



J’ai tort

La toundra glisse sur ma main.
J’entends geindre le rien.
La mer craint son malheur
Crie.
La rive perd ses chercheurs,
La mort est chamarrée.
J’accapare le marasme, la foire, le Sahara.
Ma grammaire est un tapage
Mes bagages sont de légers fous rires.
J’ai voulu me tuer,
J’ai visé trop bas
(si j’étais un rat, je serais déjà mort).
J’ai tort.

(Alain Jouffroy)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Adrian Borda

 

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La rose et le réséda (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



La rose et le réséda

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle et lequel guettait en bas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas
Que l’un fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu’elle vive et qui vivra verra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles au coeur du commun combat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Du haut de la citadelle la sentinelle tira
Par deux fois et l’un chancelle l’autre tombe qui mourra

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
Lequel plus que l’autre gèle lequel préfère les rats

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il aima
Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
L’un court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L’alouette et l’hirondelle la rose et le réséda

(Louis Aragon)

Illustration

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Ma vie près de l’eau (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



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ma vie près de l’eau

ma vie
près de l’eau –
Écoute

la première
grenouille
du printemps

ou la planche
sur le sol froid
qui craque

Les rats musqués
rongent
les portes

de la jungle verte
des arts et lettres
Razzia

des lapins
sur mes laitues
Un bateau

deux –
pointés vers
ma grève

sous les envols
gouttes d’ailes
traîne d’algues

de la tendre
et grave –
Eau

***

my life
by water —
Hear

spring’s
first frog
or board

out on the cold
ground
giving

muskrats
gnawing
doors

no wild green
arts and letters
Rabbits

raided
my lettuce
One boat

two —
pointed toward
my shore

thru birdstart
wingdrip
weed-drift

of the soft
and serious —
Water

(Lorine Niedecker)

 

 

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Les matins d’hiver (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016



 

Les matins d’hiver
La bougie montre les traces
Des dents de rats.

***

On winter mornings
The candle shows faint markings
Of the teeth of rats.

(Richard Wright)

 

 

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Jadis , lorsque mon coeur cassa (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2016




Jadis , lorsque mon coeur cassa,
Une femme le ramassa
Pour le donner aux rats.

(Emile Verhaeren)

Illustration: Haska

 

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RENCONTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016




RENCONTRE

(Gentil. S’amuse d’un rien. Modeste,
mais espè‚re monter en grade.)

Je vois un homme qui vient
son chapeau sur la tête.
Quel est donc ce paroissien ?
Qui ça peut-il être?
Par ma foi c’est moi peut-être ?

Oui, c’est moi je le crois bien :
j’avance dans aujourd’hui
mais l’autre sur le chemin
comme un reflet vers moi vient
de demain et d’après-demain.

Demain demain je SERAI
car je ne suis pas encore
Dieu que de choses j’ignore!
Je ne sais rien, rien de rien.

Je ne sais pas pourquoi les mouches
ont six pattes et non pas trois
pourquoi l’hiver il fait froid
pourquoi les dents sont dans la bouche
pourquoi le soleil paraît
pourquoi on meurt pourquoi on naît
pourquoi les chats pourquoi les rats
et caetera et caetera.

Non non je ne sais pas encore
lorsque je saurai je serai
je ne sais pas pourquoi moi
pourquoi moi plutôt que toi
pourquoi aujourd’hui et demain
et finalement quel est
cet homme qui vient vers moi
sur ce drôle de chemin.

(Jean Tardieu)

Illustration: René Magritte

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Rats, fourmis et carabes (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2016



Reste ici parmi eux,
car ils te connaissent.
Rats, fourmis et carabes
tournent autour du corps
dans lequel tu respires.

(Jacques Izoard)

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CARAVANE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2016



CARAVANE
A Olivier Pain.

Oh ! ne savoir jamais les dates,
Boire de l’eau, manger des dattes !

Les déserts ont des chemins longs
Plus gais vraiment que nos salons.

Quel soleil ! Ça manque de femmes :
Ces chameliers sont bien infâmes.

Ils ne nous versent pas de bocks
Et nous vendent des bijoux tocs.

Entre marcheurs on se dénigre :
Rien ! Quel ciel ! Même pas du tigre !

Oh ! le désert ! Assez, assez !
Rien que des chameaux désossés,

Des chacals, des rats et du sable
L’eau rare et le biscuit… passable,

Et l’on traverse tout cela
Loin du boudoir loin du gala

On vit, on va plein d’espérance :
Parce qu’on est des gens de France.

(Charles Cros)

Illustration: Caroline Duvivier
 

 

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La joie pure (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



La joie pure

Lorsque ma vie au continent futur
Abordera – ma longue et douce vie,
J’aurai des rats dans ma cale, des rêves
Devenus vie au fond du bâtiment.
Simple est le vent sur la mer, et simple
Est mon regard offert à l’avenir
Car j’ai la foi de ces êtres qui doutent
Et poésie est ma verte espérance.

Des mots sacrés survolent mon silence
Toute ma vie est un cri retenu.
Pourquoi mourir ? – le temps de la mort même
Est la racine où je porte les dents.
Or moi, de terre et tout de nuit vêtu,
Je peux survivre aux îles, aux naufrages.

Je tends au ciel mes bras comme des rames
Mon bateau glisse et les terres s’entrouvrent
Comme des coeurs où je plonge mon feu.
Les goélands se poseront sur moi,
Un continent naîtra de ma parole.
Simple est mon nom – je suis une caverne,
Une main d’homme où l’homme peut dormir.

(Robert Sabatier)

Illustration: Odilon Redon

 

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Quand j’aurais du vent dans mon crâne (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2016



Quand j’aurais du vent dans mon crâne

Quand j’aurai du vent dans mon crâne
Quand j’aurai du vert sur mes osses
P’tet qu’on croira que je ricane
Mais ça sera une impression fosse
Car il me manquera
Mon élément plastique
Plastique tique tique
Qu’auront bouffé les rats
Ma paire de bidules
Mes mollets mes rotules
Mes cuisses et mon cule
Sur quoi je m’asseyois
Mes cheveux mes fistules
Mes jolis yeux cérules
Mes couvre-mandibules
Dont je vous pourléchois
Mon nez considérable
Mon coeur mon foie mon râble
Tous ces riens admirables
Qui m’ont fait apprécier
Des ducs et des duchesses
Des papes des papesses
Des abbés des ânesses
Et des gens du métier
Et puis je n’aurai plus
Ce phosphore un peu mou
Cerveau qui me servit
A me prévoir sans vie
Les osses tout verts, le crâne venteux
Ah comme j’ai mal de devenir vieux.

(Boris Vian)

 

 

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