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LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ

chaque être humain
est une erreur chancelante
coincée entre des cris désespérés
et le silence

chaque être humain
est le champ de bataille
d’une manifestation permanente
contre la prison de son propre corps

la tête est une usine délabrée
dans laquelle des cohortes de rats
ne rêvent qu’à s’échapper

l’impression d’exister
n’est que l’émergence éphémère
d’un flocon de neige

ayant perdu le goût de l’authenticité
nous nous ruons constamment
vers la fausseté

mais nous ne pouvons
même plus te connaître
le faux de l’imitation du faux

chaque être humain
est une photocopie
de la convulsive maladie d’être

***

THE DELIGHT OF FALSENESS

every human being is
a staggering error
squeezed between
desperate cries and silence

every human being is
the battlefield
of a permanent protest
against the prison of being

every human being is
a photocopy
of the convulsive
sickness of being

so say certain human beings
do not believe them
it’s not that bad

(Raymond Federman)

Illustration

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LE RAT ET L’ELÉPHANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RAT ET L’ELÉPHANT

Se croire un personnage est fort commun en France.
On y fait l’homme d’importance,
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois :
C’est proprement le mal François.
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d’une autre manière.
Leur orgueil me semble en un mot
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre
Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un Rat des plus petits voyait un Eléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l’animal à triple étage
Une Sultane de renom,
Son Chien, son Chat et sa Guenon,
Son Perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S’en allait en pèlerinage.
Le Rat s’étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
Comme si d’occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants.
Mais qu’admirez-vous tant en lui vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D’un grain moins que les Eléphants.
Il en aurait dit davantage ;
Mais le Chat sortant de sa cage,
Lui fit voir en moins d’un instant
Qu’un Rat n’est pas un Eléphant.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un Chat-Huant :
Je ne l’eusse pas ramassée ;
Mais un Bramin le fit ; je le crois aisément :
Chaque pays a sa pensée.
La Souris était fort froissée :
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu : mais le peuple bramin
Le traite en frère ; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d’un Roi,
Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête
Qu’il plaît au Sort. C’est là l’un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement le Bramin crut bien faire
De prier un Sorcier qu’il logeât la Souris
Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l’âge de quinze ans, et telle, et si gentille,
Que le fils de Priam pour elle aurait tenté
Plus encor qu’il ne fit pour la grecque beauté.
Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle.
Il dit à cet objet si doux :
« Vous n’avez qu’à choisir ; car chacun est jaloux
De l’honneur d’être votre époux.
– En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
– Soleil, s’écria lors le Bramin à genoux,
C’est toi qui seras notre gendre.
– Non, dit-il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits ;
Je vous conseille de le prendre.
– Et bien, dit le Bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille ? – Hélas non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;
Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée. »
Le Bramin fâché s’écria :
« Ô vent donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle! »
Il accourait : un mont en chemin l’arrêta.
L’éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : « J’aurais une querelle
Avec le Rat ; et l’offenser
Ce serait être fou, lui qui peut me percer. »
Au mot de Rat, la Damoiselle
Ouvrit l’oreille ; il fut l’époux.
Un Rat ! un Rat ; c’est de ces coups
Qu’Amour fait, témoin telle et telle :
Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette Fable
Prouve assez bien ce point : mais à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n’est point au Soleil préférable
En s’y prenant ainsi ? Dirai-je qu’un géant
Est moins fort qu’une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté.
Revenons, s’il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le Bramin même :
Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
Mais agissant diversement
Selon l’organe seulement
L’une s’élève, et l’autre rampe.
D’où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s’unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse ?
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,
C’est-à-dire, à la loi par le Ciel établie.
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LE HÉRON (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE HÉRON

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,
Le Héron au long bec emmanché d’un long cou.
Il côtoyait une rivière.
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le Héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit.
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
S’approchant du bord vit sur l’eau
Des Tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
Moi des Tanches ? dit-il, moi Héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ?
La Tanche rebutée il trouva du goujon.
Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un Héron !
J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise !
Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner ;
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris ; ce n’est pas aux Hérons
Que je parle ; écoutez, humains, un autre conte ;
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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LA BETE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



LA BETE

J’ai vu hier une bête
dans les immondices de la cour
qui recherchait de la nourriture parmi les détritus.

Quand elle trouvait quelque chose,
elle ne l’examinait pas, ne la reniflait pas :
elle l’avalait avec voracité.

La bête n’était pas un chien,
n’était pas un chat,
n’était pas un rat.

La bête, mon Dieu, c’était un homme.

***

O BICHO

Vi ontem um bicho
na imundície do pátio
catando comida entre os detritos.

Quando achava alguma coisa,
não examinava nem cheirava :
engolia com voracidade.

O bicho não era um cão,
não era um gato,
não era um rato.

O bicho, meu Deus,
era um homem.

(Manuel Bandeira)

 

 

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LA BETE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



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LA BETE
Rio, 25 février 1947

J’ai vu hier une bête
Cherchant dans les ordures de la cour
Sa nourriture parmi les détritus.

Quand elle trouvait quelque chose,
Elle n’examinait ni ne flairait :
Elle avalait avec voracité.

La bête n’était pas un chien,
Elle n’était pas un chat,
Elle n’était pas un rat,

La bête, oh! mon Dieu, était un homme.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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Souris grise et souriceau (Jean-Pierre Vallotton)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Souris grise et souriceau

Une souris grise
repasse ses chemises

Un jeune souriceau
recoud son chapeau

Un rat d’opéra
reprise ses bas

Une souricette
lave ses chaussettes

Un petit rat d’hôtel
fixe ses bretelles

Une souris des champs
astique ses gants

Un joli raton
met son pantalon

Une souris blanche
retrousse ses manches

Un beau rat musqué
lace ses souliers

Une jeune rate
renoue sa cravate

Mais un vieux rat d’égout
ne fait rien du tout

(Jean-Pierre Vallotton)

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Hiver (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017



Hiver ; bruit d’un rat
Qui grignote dans le mur
D’une chambre louée.

***

The sound of a rat
Gnawing in the winter wall
Of a rented room.

(Richard Wright)

 

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La dernière pomme qui la cueillera ? (Marcel Saint-Martin)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



La dernière pomme
qui la cueillera ?
la dernière pomme
qui la mangera ?
à l’heure noire des dernières mouches
quand la terre se couvrira d’ombre
sous la cendre des dernières colères
la dernière pomme
qui la mangera ?….
qui de nous sera
le dernier Adam
et la dernière Ève
la dernière dent
la dernière fève…
qui de nous sera
le dernier serpent
ou le dernier rat…
la dernière pomme
qui la mangera ?
la dernière pomme…
qui la cueillera ?
d’une main tremblante et froide
quand la mer reprendra sa place
ne laissant de terre aucune trace
la dernière pomme
qui la croquera ?
– non, ce n’est pas vous…
– non, ce n’est pas moi…

(Marcel Saint-Martin)

Illustration: Pierre Marcel

 

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Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017




Y AVAIT UNE LAMPE DE CUIVRE

Y avait une lampe de cuivre
Qui brûlait depuis des années
Y avait un miroir enchanté
Et l’on y voyait le visage
Le visage que l’on aurait
Sur le lit doré de la mort
Y avait un livre de cuir bleu
Où tenaient le ciel et la terre
L’eau, le feu, les treize mystères
Un sablier filait le temps
Sur son aiguille de poussière
Y avait une lourde serrure
Qui crochait sa dure morsure
A la porte de chêne épais
Fermant la tour à tout jamais
Sur la chambre ronde, la table
La voûte de chaux, la fenêtre
Aux verres enchâssés de plomb
Et les rats grimpaient dans le lierre
Tout autour de la tour de pierre
Où le soleil ne venait plus

C’était vraiment horriblement romantique.

(Boris Vian)

Illustration: Paul Delvaux

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