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Poésie

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A Nos Actes Manqués (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




A Nos Actes Manqués

A tous mes loupés, mes ratés, mes vrais soleils
Tous les chemins qui me sont passés à côté
A tous mes bateaux manqués, mes mauvais sommeils
A tous ceux que je n’ai pas été

Aux malentendus, aux mensonges, à nos silences
A tous ces moments que j’avais cru partager
Aux phrases qu’on dit trop vite et sans qu’on les pense
A celles que je n’ai pas osées
A nos actes manqués

Aux années perdues à tenter de ressembler
A tous les murs que je n’aurais pas su briser
A tout c’que j’ai pas vu tout près, juste à côté
Tout c’que j’aurais mieux fait d’ignorer

Au monde, à ses douleurs qui ne me touchent plus
Aux notes, aux solos que je n’ai pas inventés
Tous ces mots que d’autres ont fait rimer et qui me tuent
Comme autant d’enfants jamais portés
A nos actes manqués

Aux amours échouées de s’être trop aimé
Visages et dentelles croisés justes frôlés
Aux trahisons que j’ai pas vraiment regrettées
Aux vivants qu’il aurait fallu tuer

A tout ce qui nous arrive enfin, mais trop tard
A tous les masques qu’il aura fallu porter
A nos faiblesses, à nos oublis, nos désespoirs
Aux peurs impossibles à échanger

A nos actes manqués
(Jean-Jacques Goldman)

 

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L’eau du sommeil a les splendeurs du lait (Maurice Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



L’eau du sommeil a les splendeurs du lait. L’eau
glisse sur mes yeux ouverts. Je suis un galet bien lisse
au fond de la rivière, au fond de la rivière de la nuit.
Ce matin-là, je marchais dans la fraîcheur d’un
monde à découvrir, d’un monde sans mystère que
j’aurais aimé, à en mourir! La richesse était là:
l’homme nouveau dans la nouvelle étoile. Je suis un
raté, mais je vous emmerde. J’ai la couronne et le
manteau de pourpre. Je bois l’eau qui éternellement se
renouvelle, j’ai la liberté.

(Maurice Blanchard)

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Le merisier et le poirier (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration
    
Le merisier et le poirier m’ont pris pour cible,
Sans un raté leur force friable me crible.

Les étoiles et grappes, les grappes et étoiles :
Double pouvoir ? La vérité, dans quels pétales ?

Cet éclat, cette ardeur, est-ce l’air qui se venge
De l’air, succombant sous les coups de plommées blanches ?

Et la double senteur, ô douceur invivable,
Qui est joute et attrait — mélangée, séparable…

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Doucement avec l’ange (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Doucement avec l’ange
Pense à tes grimaces de fou entre tes murs
à ta passion d’enfant puni pour le rien faire
à la honte de ton nom la honte de parler
à tes hurlements de rage en direction du monde
à tes longs pets les soirs de contrariété
au désespoir de jamais réussir à être toi
à tous ces ratés queue en main bel étonné
aux hommes évalués d’un sale oeil tout rancune
à ton envie quelquefois de mordre en pleine chair
à tes sursauts de peur au moindre bruit dans le silence
à tes adieux de lâche aux femmes abandonnées
à tes injures en secret vers les contradicteurs
aux bestioles massacrées à tes coups de pied au chien
à tes stations devant la glace en murmurant pauvre con
alors doucement avec l’ange hein doucement

(Ludovic Janvier)


Illustration

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Vous voici au seuil de ma mort (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration
    
Vous voici au seuil de ma mort
plus blanche que le rêve d’un rêve
l’odeur de l’unique rose rouge de votre corsage
pose sa griffe sur mon coeur.

On dirait qu’il vient au lac
tout-à-coup une vague de cygnes.

J’avais oublié que vos yeux
étaient comme l’essence des plus beaux yeux
pressés au moulin le plus pur
éclatant l’alambic des créations ratées.

J’avais oublié que tout n’était
qu’une feuille déjà mâchée par l’automne
au prix de l’arbre immense et clair tonnant d’avril
de votre visage.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Tronqué d’étoiles en épaves (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



chateau-hante

Tronqué d’étoiles en épaves spectralement irradiées mortes
dans les tremblements d’une peur insoutenable calcinée
le vide absence d’intervalles et de repères assurés
s’ouvre mâchoire clapet claquant orifice
où s’engouffrer à travers herses folles hallucinantes tours
venelles crénelées sur l’alignement des remparts
les villes désertées chancellent des tocsins
passent les processions à la cadence des ruptures
lapidaires effondrements décadences immatérielles
il reste l’écheveau des pistes confondues
le vague croisillon des évasions ratées
le cri incarcéré dans la gorge nouée
l’insulte refluant hors des égouts du temps
montent surmontent rampent à l’inouï silence tu
aux soleils engloutis dans les mémoires forestières
dès longtemps foudroyées

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Cas rédhibitoire (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Cas rédhibitoire
(Mariage)

Ah! mon âme a sept facultés!
Plus autant qu’il est de chefs-d’oeuvre,
Plus mille microbes ratés
Qui m’ont pris pour champ de manoeuvre.

Oh! le suffrage universel
Qui se bouscule et se chicane,
À chaque instant, au moindre appel,
Dans mes mille occultes organes!….

J’aurais voulu vivre à grands traits,
Le long d’un classique programme
Et m’associant en un congrès
Avec quelque classique femme.

Mais peut-il être question
D’aller tirer des exemplaires
De son individu si on
N’en a pas une idée plus claire?….

(Jules Laforgue)

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Le garçon a lancé le journal (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



la-distribution-de-journal-15548670

Le garçon a lancé le journal
raté
On l’a trouvé
sur le buisson

***

The boy tossed the news
and missed
They found it
on the bush

(Lorine Niedecker)

 

 

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Equation (Walter Helmut Fritz)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2016



Equation

Equation incertaine entre ce qui aurait été
possible et ce que nous avons raté ;
entre ce que nous avons rêvé et ce que
nous avons vu ; entre ce qui vit et ce que
la vie simule ; entre les choses
qui disparaissent et la résonance que
crée leur absence ; entre le mot et
son sens opposé ; entre ce que nous faisons
et ce dont nous nous détournons.

***

Gleichung

Ungewisse Gleichung zwischen dem, was möglich
gewesen wäre, und dem, was wir versäumten;
zwischen dem, was wir träumten, und dem, was
wir sahen; zwischen dem, was lebt, und dem,
was Leben simuliert; zwischen den Dingen,
die entschwinden, und der Resonanz, die ihre
Abwesenheit schafft; zwischen dem Wort und
seinem Gegensinn; zwischen dem, was wir tun,
und dem, wovon wir absehen.

(Walter Helmut Fritz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Max Mitenkov

 

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ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE (Joseph Brodski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE

Dire qu’il fut malheureux serait trop dire,
ou trop peu : fonction de l’auditoire.
Pourtant l’odeur qu’il dégageait était légèrement offensante
et son galop, bien difficile à suivre à hauteur.
Il disait, On avait prévu une statue, mais quelque chose avait raté :
le moule ? la fabrication ? la gestion ?
Ou la guerre n’avait pas eu lieu, on avait pactisé avec l’ennemi,
et lui, on l’avait laissé là, sans doute avec mission d’incarner
l’Intransigeance, l’Incompatibilité, ces choses qui ne prouvent pas tant
la singularité d’un être, sa valeur, mais un simple probable.
Des années durant, tel un nuage, il avait erré dans les champs d’oliviers,
admirant que l’unijambisme engendrât l’immobilité.
Il apprit à se mentir à lui-même et en fit un art,
faute de meilleure compagnie, et pour vérifier sa santé mentale.
Et il mourut assez jeune, parce qu’il trouva que
sa part animale était moins durable que son humanité.

(Joseph Brodski)

Illustration: Gustave Moreau

 

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