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Le nom ne sert qu’a nommer (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019


 


 

Pierre Marcel

Le nom ne sert qu’a nommer.
Dé-nommer les choses
les rejoindre en deçà du nom.
Dans le nom même qui les biffe,
les rature, les gomme,
le nom blesse la chose.
La chose blessée s’ouvre déjà
dans le nom, qui, dès lors, ne l’enclôt plus.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Pierre Marcel

 

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Taches (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017




    
Taches
taches pour obnubiler
pour rejeter
pour désabriter
pour instabiliser
pour renaître
pour raturer
pour clouer le bec à la mémoire
pour repartir

Bâton fou
boomerang qui sans cesse revient
revient torrentiellement
à travers d’autres
reprendre son vol

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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DEUX LIARDS DE SAGESSE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



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DEUX LIARDS DE SAGESSE

C’est vrai, j’étais un insensé!
J’appelais notre amour le nôtre,
Le nôtre à nous; j’avais pensé
Qu’il n’était pas fait comme un autre.

Nous avons beau voir et savoir;
Pauvres orgueilleux que nous sommes.
Nous nous imaginons pouvoir
Ce que n’ont jamais pu les hommes.

Nous sourions lorsque l’aïeul
Dit : « J’ai cueilli ce que tu cueilles. »
Chacun de nous pense être seul
Maître du trèfle à quatre feuilles.

Tout le monde est ainsi construit.
Chaque flot de la mer profonde
Croit que le ciel n’est que pour lui…
Et j’ai fait comme tout le monde.

J’ai craque notre court printemps
Serait une immortelle chose,
Et qu’on pouvait rester cent ans
A respirer la même rose.

J’ai pris mon sou pour un trésor.
Ainsi la fillette ravie,
A qui l’on donne un louis d’or,
Pense qu’elle en a pour la vie.

J’ai cru que des autres humains
L’amour était une veilleuse,
Et que moi, dans mes fortes mains.
J’avais la lampe merveilleuse.

J’ai cru que je pouvais chercher
L’éternité dans l’heure brève,
Et que je saurais dénicher
Le merle blanc qui siffle en rêve.

J’ai cru que dans mon petit nid
Loin du Temps, cet oiseau de proie,
Je ferais couver l’Infini
Par les deux ailes de ma joie.

J’ai cru… Mais que n’ai-je point cru?
J’ai pris pour le jour la nuit brune.
Ma piquette pour un grand crû,
Et mon fromage pour la lune.

Hélas ! je connais aujourd’hui
Que l’homme est un fétu de paille
Parla valse du vent conduit.
Où le vent souffle, il faut qu’on aille.

On ne fait pas ce que l’on veut :
On fait ce que veut la Nature.
Quand nous écrivons notre vœu,
La main du hasard le rature.

Et je souffre, et je suis navré,
Et toujours, d’une âme aussi folle,
Dans l’azur lointain je suivrai
Mon espérance qui s’envole.

Je suis puni, je suis fouetté
Par cette mère méconnue,
L’implacable Réalité,
Qui m’a rattrapé dans la nue.

Je suis puni, je suis en deuil,
Pour avoir voulu l’impossible,
Car les flèches de mon orgueil
Prenaient une étoile pour cible.

(Jean Richepin)

Illustration: Jimmy Lawlor

 

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LE BALLON (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



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LE BALLON

Tu rythmais par le ballon l’exultation des bras
et ton vol raturait tout lien entre l’ombre et toi,
tu dansais à la pointe du saut comme une feuille _
encore rattachée à la respiration de l’arbre,
petite fille aux pensées tressées l’une sur l’autre
comme l’innocence mise en ordre par le jeu.

Tu n’entendais pas la chevauchée des ombres
passer sous l’écorce sourde de tes bonds sonores,
et le dos au galop des coursiers du couchant,
tu prenais du ballon un essor déjà ligoté…

(Rina Lasnier)

Illustration: Félix Vallotton

 

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TIC-TAC la pendule… (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



 

TIC-TAC la pendule…
Tu tournes le bouton
Et la lampe s’allume.

Tic-tac sur les livres,
Les feuillets noircis,
L’encrier, les plumes.

Tic-tac sur la tête,
Sur le front penché,
Les doigts qui raturent.

Tic-tac sur les mains,
Les mains qui se rident
Et les dents qui s’usent.

Tic-tac sur le dos,
Le dos qui se voûte
Et sur les scrupules.

Sur les tempes moites.
Les cheveux collés,
Les lèvres qui brûlent.

Sur les pieds glacés,
Le nez qui se pince
L’esprit qui refuse

Sur les volets clos,
Les glaces qu’on voile…
Sur la créature.

Sur la chambre pleine,
Les mots que l’on tait,
Les mots qu’on murmure.

Et sur les pas lourds…

Tic-tac la pendule,

Tic

Tac.

(André Spire)

 

 

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Lit blanc (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2016



 

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Où le plaisir
Le repos l’agonie
S’imprime et de cela
Rature.

(Jean Tortel)

Illustration: Toulouse Lautrec

 

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Tout le dedans est à exclure, de l’ordre du dehors (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015


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– Si tu passes la main hors lisière
tu risques de la perdre,
agrippée par les ébauches
des gestes inassouvis.

– Si tu glisses tes yeux hors lisière
tu risques qu’ils soient piégés
par une nuit cadenassée
la nuit de tout cela
que tu n’auras pas vu
ni voulu voir.

– Faut-il s’enliser in situ
pour habiter du vivant?

– Tu pourrais camper
dans les andains de la géographie,
t’extirper des plaies
par la grille des déchiffrements.

– Mais que sont tes mots,
sinon confusion
ou contusions de la langue?

– Tout le dedans est à exclure,
de l’ordre du dehors
pour rendre le temps réversible.

– Tu es raturé par ce que tu n’es pas
qui veut corriger ce que tu crois être.

– Parfois à l’aube, tu te couvres
du givre,
de ce qui reste informulable.

(Charles Dobzynski)

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LA RUMEUR (Gaston Puel)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2015



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LA RUMEUR

La terre émerge des brumes, les épis craquent comme du pain frais, une grappe d’abeilles se pend à un prunier.
L’âme s’évase pour accueillir fa joie des hommes qui s’enracine dans le vent.
Mais le vent rebrousse la laine du bonheur ;
une ignoble cicatrice témoigne : des hommes raturés par les hommes, leur rumeur d’essaim jusqu’à l’horrible du cri et de la salve.
Sur leurs bouches ouvertes s’effondrent les murailles du ghetto de Varsovie.

(Gaston Puel)

Illustration

 

 

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