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Poésie

Posts Tagged ‘ravi’

ÉCLAIREMENT (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
ÉCLAIREMENT

J’émerge alors de l’angoisse quand le soleil
Perce en se souvenant de sa droite les brumes
A la saison vieillie par les glaives du ciel
Bleu profond qui réchauffe encor les amertumes

Et me souviens : vous êtes amoureusement
Tout amoureusement à toute heure de vie
Si je sais vous aimer dès le souffle aspirant
Seulement vous aimer où votre sein supplie

la plaie! Seulement uniquement aimer
Par souffle et par poil frémissant et par penser
Votre être; et votre éternité claire et ravie.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA COUPE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2018



LA COUPE

Prends ce bloc d’argent, adroit ciseleur.
N’en fais point surtout d’arme belliqueuse,
Mais bien une coupe élargie et creuse
Où le vin ruisselle et semble meilleur.
Ne grave à l’entour Bouvier ni Pléiades,
Mais le choeur joyeux des belles Mainades,
Et l’or des raisins chers à l’oeil ravi,
Et la verte vigne, et la cuve ronde
Où les vendangeurs foulent à l’envi,
De leurs pieds pourprés, la grappe féconde.
Que j’y voie encore Evoé vainqueur,
Aphrodite, Éros et les Hyménées,
Et sous les grands bois les vierges menées
La verveine au front et l’amour au coeur !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

 

 

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Il devrait n’être point de désespoir pour toi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



 

 

Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chère de tes années ne sont-elles pas
Autour de ton cœur à jamais ?

Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le cœur brisé.

***

There should be no despair for you
While nightly stars are burning —
While evening sheds its silent dew
Or sunshine gilds the morning —

There should be no despair — though tears
May flow down like a river —
Are not the best beloved of years
Around your heart forever ?

They weep — you weep — It must be so —
Winds sigh as you are sighing,
And winter pours its grief in snow
Where autumn’s leaves are lying

Yet they revive — and from their fate
Your fate can not be parted
Then man journey onward not elate
But never brokenhearted —

(Emily Brontë)

 

 

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Berceuse (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Lauri Blank -    (18) [1280x768]

Berceuse

Il y a une heure bête
Où il faut dormir.
Il y a aussi la fête
Où il faut jouir.

Mais quand tu penches la tête
Avec un soupir
Sur mon coeur, mon coeur s’arrête
Et je vais mourir…

Non ! ravi de tes mensonges,
O fille des loups,
Je m’endors noyé de songes

Entre tes genoux.
Après mon coeur que tu ronges
Que mangerons-nous ?

(Charles Cros)

Illustration: Lauri Blank

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UNE FUMÉE (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
UNE FUMÉE

La vie se rassemble à chaque instant
comme une fumée sur le toit.
Comme le soleil s’en va des vallées
comme un cheval à larges pas,
la vie s’en va.

Ô mon désastre, mon beau désastre,
ma vie, tu m’as trop épargné.
Il fallait te défaire au matin
comme un peu d’eau ravie au ciel,
comme un souffle d’air est heureux
dans le vol bavard des hirondelles.

(André Frénaud)

 

Recueil: Il n’y a pas de paradis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je vais de rue en rue (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration: Alexis Becard 
    
2
je vais de rue en rue
de maison en maison
je sais bien pourquoi
je vois tout noir

des gens passent
l’air joyeux
belles voitures belles maisons
j’en perds la raison

quand je vois les bleus nuages
par-dessus les toits
et dehors le soleil
voyager

j’en ai les larmes aux yeux
au milieu de la liesse
car ceux qui m’aiment
sont loin de moi

3
ma chanson mes larmes
voyagez
par-dessus les gouffres
vers ma bien-aimée

si vous la trouvez rose et gaie
dites-lui que je languis
si vous la voyez triste jour et nuit
dites-lui que je vais bien

si elle ne m’aime plus
alors il n’y a plus ni joie ni peine
allez et dites à mes amis
que je suis mort

4
je t’ai laissée je suis parti
mon amour mon coeur
et tu vis au milieu de gens
qui te veulent du mal

qui envient
la beauté la fête
périsse l’amour
ils seraient ravis

nos allées vertes
dans la forêt
sont devenues
froides et désertes

des milliers d’étoiles
fixent le ciel
et resplendissent
sur de la neige

mon âme est si triste
les rues désertes
je n’ai que mon luth
Pour ma détresse

je voudrais reposer
les vents à la fenêtre
dors mon amour dors
notre amour veille

5
l’herbe était tendre
et le ciel bleu
nous deux ensemble
le pré radieux

le rossignol
rechante-t-il
et l’alouette
dans l’air tiédi

je les entends
au loin sans toi
c’est le printemps
mais pas pour moi

6
vers les forêts vont les nuages
ils passent sur le toit
je voudrais me suspendre
et voler avec eux

j’erre dans les bois
je m’assieds je pense
j’essaie un air
je me tiens coi

de gaies histoires
me viennent
je les écris
pourtant j’ai tant de peine

des chansons que j’ai écrites
il y a longtemps
mon amour était fidèle
le monde brillait

je me souviens d’elles
ému
ce dont elles parlent
n’est plus

ces nuages passent
les oiseaux s’éveillent
tout est gai luisant
et s’étend au loin

parfois il pleut
mêlé de soleil
ta maison ton jardin brillent
dans l’arc-en-ciel

mais tu n’as plus de peine
tu ne m’attends plus
moi je souffre encore
ces enchantements me tuent

***

2
Ich geh durch die dunklen Gassen
Und wandre von Haus zu Haus,
Ich kann mich noch immer nicht fassen,
Sieht alles so trübe aus.

Da gehen viel Manner und Frauen,
Die aile so lustig sehn,
Die fahren und lachen und bauen,
dal mir die Sinne vergehn.

Oft wenn ich bläuliche Streifen
Seh über die Dacher fliehn,
Sonnenschein draußen schweifen,
Wolken am Himmel ziehn :

Da treten mitten im Scherze
Die Tränen ins Auge mir,
Denn die mich lieben von Herzen
Sind aile so weit von hier.

3
Lied, mit Tränen halb geschrieben,
Dorthin über Berg und Kluft,
Wo die Liebste mein geblieben,
Schwing dich durch die blaue Luft

Ist sie rot und lustig, sage :
Ich sei krank von Herzensgrund ;
Weint sie nachts, sinnt still bei Tage,
Ja, Bann sag : ich sei gesund !

Ist vorbei ihr treues Lieben,
Nun, so end auch Lust und Not,
Und zu allen, die mich lieben,
Flieg und sage : ich sei tot !

4
Ach Liebchen, dich ließ ich zurücke,
Mein liebes, herziges Kind,
Da lauern viel Menschen voll Tücke,
Die sind dir so feindlich gesinnt.

Die möchten so gerne zerstören
Auf Erden das schöne Fest,
Ach, könnte das Lieben aufhören,
So mögen sie nehmen den Rest.

Und aile die grünen Orte,
Wo wir gegangen im Wald,
Die sind nun wohl anders geworden,
Da ists’s nun so still und kalt.

Da sind nun am kalten Himmel
Viel tausend Sterne gestellt,
Es scheint ihr goldnes Gewimmel
Weit libers beschneite Feld.

Mein’ Seele ist so beklommen,
Die Gassen sind leer und tot,
Da hab ich die Laute genommen
Und singe in meiner Not.

Ach, war ich im stillen Hafen !
Kalte Winde am Fenster gehn,
Schlaf ruhig, mein Liebchen, schlafe,
Treu’ Liebe wird ewig bestehn !

5
Grün war die Weide,
Der Himmel blau,
Wir saßen beide
Aufglänzender Au.

Sind’s Nachtigallen
Wieder, was ruft,
Lerchen, die schallen
Aus warmer Luft ?

Ich hör die Lieder,
Fern, ohne dich,
Lenz ist’s wohl wieder,
Doch nichtfür mich.

6

Wolken, wälderwärts gegangen,
Wolken, fliegend fibers Haus,
Könnt ich an euch fist mich hangen,
Mit euch fliegen weit hinaus !

Tag’lang durch die Wilder schweif ich,
Voll Gedanken sitz ich still,
In die Saiten flüchtig greif ich,
Wieder dann auf einmal still.

Schöne, rührende Geschichten
Fallen mir ein, wo ich steh,
Lustig muß ich schreiben, dichten,
1st mir selber gleich so weh.

Manches Lied, das ich geschrieben
Wohl vor manchem langen Jahr,
Da die Welt vom treuen Lieben
Schön mir überglänzet war ;

Find ich’s weder jetzt voll Bangen
Werd ich wunderbar gerührt,
Denn so lang ist das vergangen,
Was mich zu dem Lied verführt.

Diese Wolken ziehen weiter,
Alle Vogel sind erweckt,
Und die Gegend glänzet heiter,
Weit undfröhlich aufgedeckt.

Regen flüchtig abwärts gehen,
Scheint die Sonne zwischendrein,
Und dein Haus, dein Garten stehen
Überm Wald im stillen Schein.

Doch du harrst nicht mehr mit Schmerzen,
Wo so lang dein Liebster sei —
Und mich tötet noch im Herzen
Dieser Schmerzen Zauberei.

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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SOIR D’ÉTÉ (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Illustration: Françoise Rancurel
    
SOIR D’ÉTÉ

C’est le vent qui les appelle

Dehors les enfants ravis
Rattrapent les linges

Grondement sans noirceur
Malgré la porte bousculée

Quand c’est le vent
Et pas la peur

Bien des visages légers
Pourraient se lancer des baisers

Les enfants rentrent en riant car tout était à l’envers
Mais rien perdu
C’est même chaud !

Voluptueuse redressée, la nuit a voulu envahir autrement
Appuyée sur le vent la poussant

Pas d’orage,
L’énorme spectacle de la douceur ensemble.

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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S’IL L’AVAIT SU (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Marceline Desbordes-Valmore
    
S’IL L’AVAIT SU

S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
À tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.

S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.

Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cantique de la Voie I (Xuan Jue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018




    
Cantique de la Voie

Rugissement du lion, parole sans peur
Les animaux en ont le crâne éclaté
Et perd sa majesté l’éléphant en fuite
Seuls les dragons prêtent l’oreille, ravis…

(Xuan Jue)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Je sais que vous veillez (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration: Francine Van Hove
    
Je sais que vous veillez dans cette nuit si blanche
qu’on croirait un verger assailli par le vent
et l’heure des lampes devient douce
si votre ombre descend sur la plage d’un livre
si votre souffle éveille le charbon du poème
à la vie de la flamme.

Peut-être suis-je seul avec ma blessure
et mon sang qui écrit
peut-être suis-je loin de vous
de ce visage dont j’existe
et de ces mains ravies à l’écume des astres
et de ce corps si pur et sans baiser
peut-être

et j’envie votre chambre
qui peut vous voir sans cesse
cette table ces livres et la couleur du mur
et la fenêtre mi le visage du soir écrase sa noirceur
et l’eau qui coule entre vos doigts
sans souvenirs ni pensée.

O je vous aime
ma solitude crie à travers ce papier
comme dans le château
la voix du prince vers la belle endormie.

O je vous aime
ma solitude crie et tend ses mains lointaines
à tâtons vers vos mains
je ne veux plus de ce poème
ni du mensonge de mon rêne
mais le pain de vos lèvres
mais le vin de vos yeux
mais l’air de votre souffle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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