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Qui était-il que pensait-il (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration
    
qui était-il que pensait-il

à quoi occupait-il son temps
alors qu’il le passait à ne rien faire

enfermé dans sa cellule
il ne parlait pas

son temps
il le passait à attendre

attendre que les années
d’hiver le labourent

qu’elles le dépouillent le ravinent
le réduisent à son noyau

comment le rejoindre
là-bas
en ce lointain obscur

comment le délivrer
et me délivrer

sans fin il retire
ce bâillon qui lui est
aussitôt réappliqué

de lui ne me parviennent
que des plaintes
à peine audibles

parce qu’il est muselé
sa rage va croissant

j’appelle l’instant
où il pourra
se libérer
et me libérer

je redoute l’instant
où son cri
trop longtemps retenu
va me traverser
me faire voler en éclats

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Je m’assiérai… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Je m’assiérai…

Je m’assiérai au pied d’un chêne
Pour écouter la chute vaine
Des feuilles dans le soir mourant.

Rongeant la mousse et la bourdaine,
J’écouterai, qui les ravine,
L’eau s’écouler en soupirant;

S’éffacer aux combes baignées
D’ombre, le rythme des cognées
Qui trouble le bois endormi;

Sous la hache qui le dépèce
Le hêtre qui penche et s’affaisse
Et son cri lentement gémi,

Comme sorti d’une âme humaine.
J’écouterai craquer les faînes,
Et les glands avec un bruit doux

Tomber en frôlant l’herbe sèche,
Puis tout à coup la pie-grièche
Eclater de rire. Dessous

La mousse, dans son trou humide,
Le mulot rentrer et, fluide,
Aux rameaux pourris déchirant

Ses lambeaux, crépiter la brume.
Las! tout s’éteint et se consume….
O mon coeur, pèlerin errant,

Dépose ton bourdon, ta gourde
Et le manteau. Voici la tourbe
Où le ruisseau s’anéantit,

Dans la paix des choses qui meurent
Entre comme en une demeure,
Mulot sous la terre blotti.

Aux sources que la ronce obstrue
Et s’engourdissant sous la crue
Des feuilles rousses, mire-toi.

Pareil à ce méchant érable,
Toi que lasse l’insaisissable
Rêve, vers l’ombre courbe-toi.

Libéré surtout de toi-même,
Sois cet inconscient poëme:
Au creux des serpolets velus

L’eau de mystère et de silence
Et d’où nul sanglot ne s’élance,
L’eau qui dort et ne souffre plus.

(Marie Dauguet)

 

 

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LE PRINTEMPS DE ROSE (Yves Lisy)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017




LE PRINTEMPS DE ROSE

La grâce d’une fleur et la saveur d’un fruit,
Cupidon modela l’amphore de ses hanches
Et lui peignit des yeux plus bleus que des pervenches.
Achevé son ouvrage, il se sauva sans bruit.

— Le petit dieu malin fit toujours bien les choses.
Depuis mille printemps il en rit, voyez-vous,
Il n’a pas oublié que les hommes sont fous
De se croire artisans de la beauté des roses —

Elle avait la peau blanche et sur son cou nacré,
Un veiné transparent de porcelaine fine.
Le temps qui hait la chair, qu’il griffe et qu’il ravine,
Pour épargner la sienne en fit un lieu sacré.

Ses cheveux déversaient les eaux de leur cascade,
Noyant sa fraîche joue et son joli sein rond.
Une mèche rebelle en travers de son front,
Aux caresses du vent tendait une embuscade.

Voilà comme était Rose au lit de ses amours !
Au gré de son humeur provocante ou pudique,
Nue elle s’étirait sur un tapis antique
Dont ses tendres amants torturaient le velours.

Combien furent séduits par la belle en son antre,
Grisés par ses parfums d’ambre et de patchouli ?
La paupière cernée et le corps amolli,
Tous ont pris du plaisir aux mousses de son ventre.

(Yves Lisy)

Illustration: Elina Brotherus

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Haute plaine (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2016




Haute plaine

Il me faut ouvrir les yeux à me les faire craquer
pour accomplir le tour du ciel.
La ville quittée diminue au fond de la mémoire,
se fane sous des odeurs de paille et de labours.
Parallèlement à la ligne de l’horizon,
une masse d’air s’emporte sous les nuages qu’elle ravine,
couche les longues herbes brûlées et,
de la masse d’un chêne, tire un grand bruit de source.

(Luc Dietrich)

Illustration: Caspar David Friedrich

 

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