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Poésie

Posts Tagged ‘ravir’

DÉSIR (Moshe Nadir)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2019



 

Illustration
    
DÉSIR

Cloches, puissances de la nuit,
Cloches comme des chemises
Je suis déjà vieux, je suis
Un aïeul à tête grise.

Boucles comme des oiseaux,
Ô flot des dorures blondes,
Vous êtes venues trop tard
Vous présenter dans la ronde !

Seins pareils à des soleils
Qui sont le souffle des roses –
Mon poème maintenant
Je ne le pense qu’en prose.

Et ni Vénus ni Sapho,
Ni Aphrodite elle-même
Ne peuvent plus enflammer
Le sang qui coule en mes veines.

Mon désir des blondeurs paille,
Du bleu dont l’oeil se colore –
Voilà qu’il s’est transformé
En tentation de mort.

Une souffrance assoiffée,
Un feu plus fort que la faim –
Vers la calme, vers la douce,
Vers la fin de toutes fins.

Plus que le mâle désir
Je ressens en moi, puissant,
Le voeu de ne plus sentir
Mon propre corps à présent.

Tout nu, de me dévêtir
De cette plaie qu’est la vie,
Ne plus rien donner au songe
Et ne plus rien lui ravir.

(Moshe Nadir)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Crépuscule (Vincent Muselli)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Crépuscule

Le jour mourant s’éteint dans les eaux violettes
Des lacs et des bassins,
Et les noirs peupliers dressent leur silhouette
En un sobre dessin.

L’ombre ravit la forme et la couleur des choses,
Et mon œil incertain
Voit se faner les lys et s’éteindre les roses
Au fond de mon jardin.

Et, durant que la nuit qui descend des ardoises
Envahir la maison,
les dernières odeurs des lys et des framboises
Montent vers le balcon.

(Vincent Muselli)

 

 

 

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SEPTEMBRE I (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2019



vanneau

SEPTEMBRE I

A la frontière des mots tirerai-je un dernier songe
Comme un vanneau perdu dans l’arrière-saison ?
Les chemins du coeur restent en suspens
On se couronne de mensonges
Une loque sanglante prend forme à l’horizon
La mémoire des mères caille et clot sa bouche sombre.

Seigneur ont-ils donc le droit
De me ravir à l’amour
Et de disposer de moi
Pour leurs immondes labours ?

(Jean Rousselot)

 Illustration

 

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Reflet (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019


reflet

Une mer bouge autour du monde
L’arbre et son ombre en sont venus
Ravir à des doigts inconnus
La faux qui luit dans l’eau profonde

(Joë Bousquet)

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Le meilleur Miel (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018


moine

Il est un Plaisir aride –
De la Joie aussi différent –
Que de la Rosée le Givre –
C’est le même – élément-

Mais l’un – ravit les Fleurs –
L’autre – les Fleurs l’abhorrent –
Grumeleux – le meilleur Miel –
Pour l’Abeille – ne vaut rien –

(Emily Dickinson)

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Les bijoux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



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Les bijoux

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

(Charles Baudelaire)

Illustration

 

 

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Extase (Théodore Agrippa d’Aubigné)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 

Robert Liberace crucifix-study-close-up-12

Extase

Ainsi l’amour du Ciel ravit en ces hauts lieux
Mon âme sans la mort, et le corps en ce monde
Va soupirant çà bas à liberté seconde
De soupirs poursuivant l’âme jusques aux Cieux.

Vous courtisez le Ciel, faibles et tristes yeux,
Quand votre âme n’est plus en cette terre ronde :
Dévale, corps lassé, dans la fosse profonde,
Vole en ton paradis, esprit victorieux.

Ô la faible espérance, inutile souci,
Aussi loin de raison que du Ciel jusqu’ici,
Sur les ailes de foi délivre tout le reste.

Céleste amour, qui as mon esprit emporté,
Je me vois dans le sein de la Divinité,
Il ne faut que mourir pour être tout céleste.

(Théodore Agrippa d’Aubigné)

Illustration: Robert Liberace

 

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AMOUR DE NOTRE AMOUR (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Konstantin Kacev  (55)

AMOUR DE NOTRE AMOUR

JE n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré,
Corps, triste chair de sang, de muscles et de nerfs,
Insatiable, et ce duel avec une âme,
Ce fantôme qu’on cherche et qui fuit, ce fantôme
Toujours présent, toujours absent…

Je n’ai rien obtenu, ma quarantième année.
Je suis là, tout pareil à celui qui connut,
Naguère, la chance folle de la jeunesse.
Tout pareil, mais avec des cheveux gris aux tempes,
Le coeur désaccordé, les mains plus paresseuses,
Et cet ennui de tout dont on ne guérit pas…

Je n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré.
Bonheurs trop douloureux qu’on invente et qu’on trouve
Et qu’il faut peu à peu détruire à coups de dents.
Bonheurs qu’on ne méritait pas, bonheurs trop sûrs
Pour que le ciel soit toujours clair et l’âme bonne…

Je ne vous laisse point dormir en paix, visages
Des êtres trop aimés façonnés par mes mains.
Je vous vois. Je vous sais fidèles à ma voix.
gais qu’êtes-vous, sinon des visages semblables
A ceux que vous portez, à ceux qui me font mal ?

Je ne puis pas me ressembler. Je suis celui
Qui ne peut pas se ressembler et qui demeure
L’enfant qui souriait devant un grand miroir
Qui souriait, et ne savait s’y reconnaître…

Pardonnez-moi, mes ans perdus, d’avoir été
Celui qui s’est trompé de coeur et d’aventure,
Qui n’a pas su mener ses pas où il fallait.
Où il fallait. Mais qui dira où il fallait ?
C’est là-bas, on ne peut dire où, là-bas, très loin,
Dans quelque exil du coeur et du corps emmêlés,
Au milieu d’un grand cercle sage et calme et triste,
Où tout est résolu d’avance, où il n’est point
D’appels, d’envols, de dieux jaloux de leurs paroles,
De choses qui s’en vont dès qu’on veut les saisir…

Pardonnez-moi, si je ne laisse d’autre trace
Qu’un chemin vague, avec des trous d’incertitude,
Si j’ai tout désiré mais n’ai rien obtenu
Que cet âge, entre les deux frontières de la vie,
Où je me perds encore à dire tous mes manques,
Où le silence en moi me ravit à moi-même…

(Louis Emié)

Illustration: Konstantin Kacev

 

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Le réveil (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

Tranquillo Cremona   rl

Le réveil

Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore ?
Je sens l’air embaumé courir autour de toi ;
Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore :
Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi.
Éveille, éveille-toi !

Mais ce souffle d’amour, ce baiser que j’envie,
Sur tes lèvres encor je n’ose le ravir ;
Accordé par ton coeur, il doublera ma vie.
Ton sommeil se prolonge, et tu me fais mourir :
Je n’ose le ravir.

Viens, sous les bananiers nous trouverons l’ombrage.
Les oiseaux vont chanter en voyant notre amour.
Le soleil est jaloux, il est sous un nuage,
Et c’est dans tes yeux seuls que je cherche le jour :
Viens éclairer l’amour.

Non, non, tu ne dors plus, tu partages ma flamme ;
Tes baisers sont le miel que nous donnent les fleurs.
Ton coeur a soupiré, viens-tu chercher mon âme ?
Elle erre sur ma bouche et veut sécher tes pleurs.
Cache-moi sous des fleurs.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Tranquillo Cremona

 

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La vie (André Breton)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2018



Illustration: Gustav Klimt
    
La vie, l’indésirable vie
passe à ravir.

(André Breton)

 

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