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Posts Tagged ‘(Raymond Queneau)’

LE CITADIN AUX CHAMPS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE CITADIN AUX CHAMPS

Abuser du temps qui passe
soustraire l’air d’une souris
piocher dans le beurre en motte
atteindre l’eau d’un coup de scie
piétiner l’or de la crotte
étreindre le blé sans épis
insulter mouche qui trotte
sermonner les pous des brebis
abuser du temps qui passe
voilà tout ce qu’à la campagne
fait le monsieur de Paris

(Raymond Queneau)

 

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L’ESPÈCE HUMAINE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    

L’ESPÈCE HUMAINE

L’espèce humaine m’a donné
le droit d’être mortel
le devoir d’être civilisé
la conscience humaine
deux yeux qui d’ailleurs ne fonctionnent pas très bien
le nez au milieu du visage
deux pieds deux mains
le langage
l’espèce humaine m’a donné
mon père et ma mère
peut-être des frères on ne sait
des cousins à pelletées
et des arrière-grands-pères
l’espèce humaine m’a donné
ses trois facultés
le sentiment l’intelligence et la volonté
chaque chose de façon modérée
l’espèce humaine m’a donné
trente-deux dents un coeur un foie
d’autres viscères et dix doigts
l’espèce humaine m’a donné
de quoi se dire satisfait

(Raymond Queneau)

 

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TANT DE SUEUR HUMAINE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 Illustration: Jules Desbois
    

TANT DE SUEUR HUMAINE

Tant de sueur humaine
tant de sang gâté
tant de mains usées
tant de chaînes
tant de dents brisées
tant de haines
tant d’yeux éberlués
tant de faridondaines
tant de faridondés
tant de turlutaines
tant de curés
tant-de guerres et tant de paix
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de rois et tant de reines
tant d’as et tant de valets
tant de pleurs tant de regrets
tant de malheurs et tant de peines
tant de vies à perdre haleine
tant de roues et tant de gibets
tant de supplices délectés
tant de roues tant de gibets
tant de vies à perdre haleine
tant de malheurs et tant de peines
tant de pleurs tant de regrets
tant d’as et tant de valets
tant de rois et tant de reines
tant de diplomates et tant de capitaines
tant de guerres et tant de paix
tant de curés
tant de turlutaines
tant de faridondés
tant de faridondaines
tant d’yeux éberlués
tant de haines
tant de dents brisées
tant de chaînes
tant de mains usées
tant de sang gâté
tant de sueur humaine

(Raymond Queneau)

 

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LES MURS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    LES MURS

Les murs de l’allégresse
Sont tissés de sainfoin
Les murs de la tristesse
Sont tissés de tintouin
Le toit de l’allégresse
Est tissé de safran
Le toit de la tristesse
Est tissé de tatran
Le sol de l’allégresse
Est tissé de toutance
Le sol de la tristesse
Est tissé de souffrance

(Raymond Queneau)

 

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Le soleil (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Illustration: Joseph Galante
    
L’herbe : sur l’herbe je n’ai rien à dire
mais encore quels sont ces bruits
ces bruits du jour et de la nuit
Le vent : sur le vent je n’ai rien à dire

Le chêne : sur le chêne je n’ai rien à dire
mais qui donc chantonne à minuit
qui donc grignote un pied du lit
Le rat : sur le rat je n’ai rien à dire

Le sable : sur le sable je n’ai rien à dire
mais qu’est-ce qui grince ? c’est l’huis
qui donc halète ? sinon lui
Le roc : sur le roc je n’ai rien à dire

L’étoile : sur l’étoile je n’ai rien à dire
c’est un son aigre comme un fruit
c’est un murmure qu’on poursuit
La lune : sur la lune je n’ai rien à dire

Le chien : sur le chien je n’ai rien à dire
c’est un soupir et c’est un cri
c’est un spasme un charivari
La ville : sur la ville je n’ai rien à dire

Le coeur : sur le coeur je n’ai rien à dire
du silence à jamais détruit
le sourd balaye les débris
Le soleil : ô monstre, ô Gorgone, ô Méduse
ô soleil.

(Raymond Queneau)

 

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LES MOUCHES (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LES MOUCHES

Les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois
elles sont moins gaies
plus lourdes, plus majestueuses, plus graves
plus conscientes de leur rareté
elles se savent menacées de génocide
Dans mon enfance elles allaient se coller joyeusement
par centaines, par milliers peut-être
sur du papier fait pour les tuer
elles allaient s’enfermer
par centaines, par milliers peut-être
dans des bouteilles de forme spéciale
elles patinaient, piétinaient, trépassaient
par centaines, par milliers peut-être
elles foisonnaient
elles vivaient
Maintenant elles surveillent leur démarche

les mouches d’aujourd’hui
ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois

(Raymond Queneau)

 

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LE DRAGON DOUX (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE DRAGON DOUX

Un serpent de mer arrive à bon port
il rencontre des journalistes
il leur explique quel est son sort
et pourquoi il se sent si triste
et d’où vient le fait qu’il existe

Au bout de peu de temps on se familiarise
on l’appelle par son petit nom
les femmes veulent lui faire des bises
un chasseur prépare du petit plomb

Quand il parle maintenant on ricane
plus question de lui à la télévision
on lui reproche d’obstruer la porte océane
ce qui amène de nombreuses protestations

Alors il retourne vers sa solitude marine
avant qu’on ne lui fasse un mauvais sort
s’il avait soufflé un peu de feu par les narines
peut-être aurait-il trouvé un plus accueillant port

(Raymond Queneau)

 

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UNE HISTOIRE FABULEUSE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



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UNE HISTOIRE FABULEUSE

La moissonneuse-batteuse-lieuse
s’en va par monts et par vaux
elle n’est point paresseuse
c’est une bonne travailleuse

et vaut bien le prix qu’elle vaut
le taureau roulant ses gros yeux
se dit : oh la belle bête
Pasiphaë pesait bien peu
à côté de cette conquête

il la séduit aussitôt
elle en tombe amoureuse
il me fera un petit veau
songe-t-elle toute rêveuse

elle devint mère effectivement
d’une égraineuse-écosseuse-dénoyauteuse
et le taureau fut bien content
car il approuvait les mutants
et les histoires fabuleuses

(Raymond Queneau)

 

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LA FOURMI ET LA CIGALE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    

LA FOURMI ET LA CIGALE

Une fourmi fait l’ascension
d’une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise

elle s’obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c’est un Everest
pour elle c’est un Mont Blanc

ce qui devait arriver arrive
elle choit pafatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment

eh dit-elle point n’est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j’espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche

(Raymond Queneau)

 

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LA LIMACE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LA LIMACE

Limace pure et sans tache
dont la bave trace dans le dédale des bourraches
son espace tout en surface
limace vorace dont la fringale
ravage la salade automnale
limace âme sagace
semblable aux sargasses humaines
limace brave qui perpétue ta race
vivace malgré la haine du campagnard
limace trisyllabe limace méconnue
il faut te donner un peu d’affection
pour que tu continues paisiblement ton chemin
et que sur ta face s’efface la trace de ton angoisse
et celle de ta bave aussi
sur les soucis

(Raymond Queneau)

 

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