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Posts Tagged ‘réaliser’

Quand je suis un peu pressée (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022



Illustration: Géraldine Alibeu
    
Quand je suis un peu pressée

Un type est venu chez moi
pour me dire que la fin du monde, c’est pour demain.
J’ai claqué la porte.
Pour demain ? Alors, désolée, j’ai plein de choses à faire :
repeindre en bleu le calendrier,
écrire un poème,
réaliser un rêve avec une petite caméra,
voir la mer et lui dire qu’elle est éternelle,
le dire presque à Maman aussi,
choisir un caillou qui soit mon étoile,
rire au moins trois fois sans savoir pourquoi,
embrasser une fraise,
lâcher enfin un gros mot à mes voisins,
puis aller sonner chez ce garçon,
être à l’aise et sans peur
pour lui dire qu’il est beau
comme un coeur
et qu’une fille peut dire ça aussi.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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Maria… (West Side Story)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2021




    
MARIA – WEST SIDE STORY

Maria…

Le nom le plus doux que j’ai jamais entendu :
Maria, Maria, Maria, Maria…
Toutes les mélodies du monde réunies en un seul mot…

Maria, Maria, Maria, Maria…
Maria !
Je viens de rencontrer une fille qui s’appelle Maria,
Et soudain, ce nom
Ne sera plus jamais le même
Pour moi.
Maria !
Je viens d’embrasser une fille qui s’appelle Maria,
Et soudain je réalise
À quel point un nom
Peut être beau
Maria !
Crie-le, et cela devient une musique
Murmure-le, c’est presque une prière.

Maria,

Je ne peux pas m’empêcher de répéter son nom !

Le plus beau nom que j’ai jamais entendu.

Maria.

***

Maria …

The most beautiful sound I ever heard:
Maria, Maria, Maria, Maria …
All the beautiful sounds of the world in a single word . .

Maria, Maria, Maria, Maria …
Maria!
I’ve just met a girl named Maria,
And suddenly that name
Will never be the same
To me.
Maria!
I’ve just kissed a girl named Maria,
And suddenly I’ve found
How wonderful a sound
Can be!
Maria!
Say it loud and there’s music playing,
Say it soft and it’s almost like praying.

Maria,
I’ll never stop saying Maria!

The most beautiful sound I ever heard.
Maria.

(West Side Story)

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Je suis riche de soirs et d’aurores (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2019



 

Antoine Calbet (3)

Je suis riche de soirs et d’aurores,
De chants, de parfums, de clarté ;
Quel fruit cueillerais-je encore
Au verger de ta beauté ?

Je suis ivre d’étés et d’automnes,
De fleurs, de fruits et de vins ;
Tu m’as fait de toi-même aumône :
Qu’aurais-je imploré demain ?

Mon rêve est réalisé
(L’avais-je rêvé si beau ?)
Et pourtant mon cœur est brisé,
Et je songe qu’on rêve au tombeau.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Antoine Calbet

 

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MANTRA DE TCHENRÉZIGS (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2019



 

    

MANTRA DE TCHENRÉZIGS

OM
Appelle le souffle,
le silence éclatant,
le rythme né au-delà des origines,
appelle le souffle.

MANI
Cherche la voie,
l’élixir, le diamant,
l’esprit de la matière,
cherche la voie.

PADMÉ
Contemple la vision,
le réel qui s’éveille,
l’espace du coeur,
contemple la vision.

HÛM
Découvre l’unité,
le mouvement du même
en tous ses corps dilapidé,
découvre l’unité.

HRÎH
Réalise l’échappée,
dans le royaume vide
où l’âme est lumière,
réalise l’échappée.

(André Velter)

 

Recueil: Le Haut-Pays suivi de La traversée du Tsangpo
Traduction:
Editions: Gallimard

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Abandonnés (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Abandonnés comme
des vœux non réalisés
cailloux dans le fleuve.

***

Achtergelaten
als onvervulde wensen
keien in de stroom

***

Abandonados
como incumplidos deseos
guijarros en el río

***

Forgotten behind
like unfulfilled desires
pebbles in the stream

***

Lasciàti indietro
come voglie insaziate
sassi del fiume

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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Nous naissons d’un tableau, D’un poème (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Josephine Wall 
    
Nous naissons d’un tableau,
D’un poème, d’un souffle,
D’un rêve étonné
Posé sur les paupières du jour.

Une parole au bord du silence
Est notre vraie nature.

Nous allons sans pourquoi
Vers le Chant qui nous possède.

Nous quittons l’apparence
Pour le secret.

Nous réalisons alors ce rien que nous sommes,
Saisis soudain sans y penser
Par le mystère et par l’Amour.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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L’OUVRAGE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2018




    
L’OUVRAGE

L’heure tant attendue est venue : terminé, l’ouvrage de tant d’années.
D’où vient alors cette étrange tristesse qui me tenaille en secret ?
Ou, l’exploit réalisé, serais-je comme l’ouvrier inutile
étranger à toute entreprise une fois le salaire reçu ?
Vais-je regretter ce travail, compagnon silencieux des nuits,
ami de l’Aurore aux doigts d’or et de pénates sacrées ?

***

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: L’heure de la nuit Poèmes
Traduction: Christiane Pighetti
Editions: De la Différence

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Voici les heures où je me trouve (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



    
Voici les heures où je me trouve.
Vagues obscures, les prés voguent au vent,
l’écorce des bouleaux chatoie.
le soir bientôt les enveloppe.

Et je grandis en son silence et je voudrais
m’épanouir en de multiples branches
pour m’intégrer à toutes
en l’harmonie réalisée…

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Un jour, on réalise (Éric Pessan)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018




    
Un jour, on réalise
que l’on n’a plus connu de fou rire
depuis des années

(Éric Pessan)

 

Recueil: Le syndrome Shéhérazade
Traduction:
Editions: L’Attente

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A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

madeleine

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?

Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.

Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.

Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(Marcel Proust)

 

 

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