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A celle qui est voilée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2020



    

A celle qui est voilée

Tu me parles du fond d’un rêve
Comme une âme parle aux vivants.
Comme l’écume de la grève,
Ta robe flotte dans les vents.

Je suis l’algue des flots sans nombre,
Le captif du destin vainqueur ;
Je suis celui que toute l’ombre
Couvre sans éteindre son coeur.

Mon esprit ressemble à cette île,
Et mon sort à cet océan ;
Et je suis l’habitant tranquille
De la foudre et de l’ouragan.

Je suis le proscrit qui se voile,
Qui songe, et chante, loin du bruit,
Avec la chouette et l’étoile,
La sombre chanson de la nuit.

Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
Flambeau dans ce monde âpre et vil,
Ame, c’est-à-dire problème,
Et femme, c’est-à-dire exil ?

Sors du nuage, ombre charmante.
O fantôme, laisse-toi voir !
Sois un phare dans ma tourmente,
Sois un regard dans mon ciel noir !

Cherche-moi parmi les mouettes !
Dresse un rayon sur mon récif,
Et, dans mes profondeurs muettes,
La blancheur de l’ange pensif !

Sois l’aile qui passe et se mêle
Aux grandes vagues en courroux.
Oh, viens ! tu dois être bien belle,
Car ton chant lointain est bien doux ;

Car la nuit engendre l’aurore ;
C’est peut-être une loi des cieux
Que mon noir destin fasse éclore
Ton sourire mystérieux !

Dans ce ténébreux monde où j’erre,
Nous devons nous apercevoir,
Toi, toute faite de lumière,
Moi, tout composé de devoir !

Tu me dis de loin que tu m’aimes,
Et que, la nuit, à l’horizon,
Tu viens voir sur les grèves blêmes
Le spectre blanc de ma maison.

Là, méditant sous le grand dôme,
Près du flot sans trêve agité,
Surprise de trouver l’atome
Ressemblant à l’immensité,

Tu compares, sans me connaître,
L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
Ma lampe étoilant ma fenêtre
A l’astre étoilant l’infini !

Parfois, comme au fond d’une tombe,
Je te sens sur mon front fatal,
Bouche de l’Inconnu d’où tombe
Le pur baiser de l’Idéal.

A ton souffle, vers Dieu poussées,
Je sens en moi, douce frayeur,
Frissonner toutes mes pensées,
Feuilles de l’arbre intérieur.

Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
Tu viens et tu fuis tour à tour ;
Tu ne veux pas te nommer joie,
Ayant dit : Je m’appelle amour.

Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
Si nul devoir ne le défend ;
Viens voir mon âme dans son antre,
L’esprit lion, le coeur enfant ;

Viens voir le désert où j’habite
Seul sous mon plafond effrayant ;
Sois l’ange chez le cénobite,
Sois la clarté chez le voyant.

Change en perles dans mes décombres
Toutes mes gouttes de sueur !
Viens poser sur mes oeuvres sombres
Ton doigt d’où sort une lueur !

Du bord des sinistres ravines
Du rêve et de la vision,
J’entrevois les choses divines… –
Complète l’apparition !

Viens voir le songeur qui s’enflamme
A mesure qu’il se détruit,
Et, de jour en jour, dans son âme
A plus de mort et moins de nuit !

Viens ! viens dans ma brume hagarde,
Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
Où confusément je regarde
Les formes obscures du sort.

Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
Dieu, pour le penseur attristé,
Ouvre toujours dans les ténèbres
De brusques gouffres de clarté.

Avant d’être sur cette terre,
Je sens que jadis j’ai plané ;
J’étais l’archange solitaire,
Et mon malheur, c’est d’être né.

Sur mon âme, qui fut colombe,
Viens, toi qui des cieux as le sceau.
Quelquefois une plume tombe
Sur le cadavre d’un oiseau.

Oui, mon malheur irréparable,
C’est de pendre aux deux éléments,
C’est d’avoir en moi, misérable,
De la fange et des firmaments !

Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
C’est de songer que j’étais beau,
D’ignorer comment je me nomme,
D’être un ciel et d’être un tombeau !

C’est d’être un forçat qui promène
Son vil labeur sous le ciel bleu ;
C’est de porter la hotte humaine
Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

C’est de traîner de la matière ;
C’est d’être plein, moi, fils du jour,
De la terre du cimetière,
Même quand je m’écrie : Amour !

(Victor Hugo)

 

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Noir dans le noir (Clara Janès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2020



Illustration: Hugues Crépin
    
Noir dans le noir
et dans le noir, du noir
que sillonne l’éclair.
La mer s’ouvre
et le blanc bondit
jusqu’au récif
d’où les rêves brûlent de
se fracasser.

Traduction en Français: Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

Negro en el negro
y en el negro, negro
cruzado por el rayo.
Y se abre el mar
y salta la blancura
hasta el cantil
desde el que los sueños
querían despeñarse.

Espagnol (original) Clara Janès

***

Zwart in het zwart
en in het zwart, zwart
door de bliksem doorkruist.
De zee opent zich
en het wit springt
tot aan de klip
van waar de dromen
zich te pletter willen storten.

Traduction en Néerlandais: Germain Droogenbroodt

***

Schwarz in Schwarz
und im Schwarzen, schwarz
vom Blitz durchkreuzt.
Und das Meer öffnet sich
und das Weiß springt
bis zur Klippe
von der sich die Träume
stürzen wollen

Traduction en Allemand: Wolfgang Klinck

***


Traduction en Persan: Sepideh Zamani

***

Μαύρο μες στο μαύρο
και στο μαύρο το μαύρο
που φώτισε η αστραπή
κι η θάλασσα αφήνοντας τη λευκότη
απλώνεται
μέχρι πάνω στο λόφο
απ’ όπου όνειρα
θέλουν να ξαπεταχτούν
από μόνα τους.

Traduction en Grec: Manolis Aligizakis

***


Traduction en Indi: Jyotirmaya Thakur

***

Nero su nero
e nel nero, nero
attraversato dai fulmini.
E il mare si apre
getta il bianco
sugli scogli
dai quali i sogni
vogliono cadere in pezzi.

Traduction en Italien: Luca Benassi

***


Traduction en Japonais: Naoshi Koriyama

***

Niuru ntô niuru
E lu niuru , niuru
Spacctu d’un raggiu
E si apri lu mari
Sauta la biancura
Finu a li scogghi
finu a quannu li sonnura
si tuffanu a la lavanca.

Traduction en Sicilien: Gaetano Cipolla

***

O escuro no escuro
no escuro, escuro
atravessado pelo raio.
E o mar se abre
até o penhasco
desde que os sonhos
queiram precipitar-se.

Traduction en Portugais: José Eduardo Degrazia

***


Traduction en Russe: Rahim Karim

***

Negru din negru
și-n negru, alt negru
despicat de fulger.
Se desface marea
izbind spuma albă
de coasta falezei
de care visurile
ar vrea să se desprindă.

Traduction en Roumain: Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

Black in the black
and in the black, black
crossed by lightning.
And the sea opens up
and skips the whiteness
up to the cliff
from which dreams
want to throw hurl themselves.

Traduction en Anglais: Stanley Barkan

***

Siyahın içinde siyah
Ve siyahın içinde, siyah
Yıldırım çarpılmış
Ve deniz açılır
Ve beyazı atar
Resiflere kadar
Hangi rüyalardan
Kendilerini parçalamak isterler

Traduction en Turc: Serpil Devrim

***


Traduction en Arabe: Sarah Silt

***

黑色中的黑色
而黑色之中,黑色
被闪电划过。
而大海敞开
接着把白色抛起
甩给礁石
梦想要在这
礁石上撞开自己。

Traduction en Chinois: William Zhou

***

Czarno w czerni
i w czerni czerń
przecięta przez nagły rozbłysk.
I rozpościera się morze
i rozrzuca biel
aż po urwisko
z którego marzenia
usiłowały się roztrzaskać.

Traduction en Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka /

***

(Clara Janès)

Recueil: ITHACA 633Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Salut (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Salut

Rien, cette écume, vierge vers
A ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
A n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Victor-Louis Mottez

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Contre les récifs (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2019




    
Contre les récifs
se déchirant sans arrêt
la mer houleuse.

***

De donder hamert
op het aambeeld van de zee
die de vonken dooft

***

Martillea el trueno
contra el yunque del mar
que extingue las chispas

***

The thunder hammers
on the anvil of the sea
extinguishing sparks

***

Il tuono martella
sull’incudine del mare
che placa scintille

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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Tout au bout de la peur (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018



Tout au bout de la peur
Au large de ce récif noir,
Régions de vents et de mers tourmentées;
Jusques à quand cette mortelle terreur
Va-t-elle me retenir, m’emprisonner?

***

At the end of fear
Out over that black skerry,
Regions of wind and moiling sea:
How long will mortal terror
Withhold, imprison me?

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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L’Ondine (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018



Illustration: Max Klinger
   
Le vent baise
Le miroir de la mer
Où se mire l’ondine
Cheveux de vagues
Sourire voyageur

Sur ses lèvres humides
Se pose le baiser
De l’écume et le flux
Et le reflux sont
Un rythme d’amour

La tempête cambre
Ses seins tendus
Et ses seins îles ou
Récifs fendent les flots

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

 

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L’Imagination (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


sinking

L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

(Baudelaire)

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L’AGE DU CAPITAINE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2018



L’AGE DU CAPITAINE

il avait cent ans évidemment, le capitaine,
et avec une longue barbe blanche.
J’en avais dix-huit et j’étais orpheline.
Le capitaine trop fougueux brisa le bateau sur des récifs.
Nous touchâmes une île exquise.
Sa barbe tombée, le capitaine retrouva ses vingt ans ;
nous eûmes beaucoup d’enfants.

Et voilà les histoires que j’aime.

(Norge)

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Tes mains (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




Tes mains

Lorsque tes mains s’envolent,
mon amour, vers les miennes,
que m’apporte leur vol ?
Pourquoi s’être arrêtées
brusquement sur ma bouche,
se faisant familières
comme si lors, avant,
je les avais touchées,
comme si avant d’être
elles avaient couru
sur mon front, sur ma taille ?

Leur douceur s’avançait
en volant sur le temps,
sur la mer, la fumée,
sur le printemps aussi,
et quand tu as posé
tes mains sur ma poitrine,
j’ai reconnu ces ailes
de colombe dorée
reconnu cette argile,
cette couleur de blé.

J’ai passé mes années
à marcher, les quêtant.
J’ai franchi les récifs,
gravi les escaliers,
les trains m’ont emmené,
les eaux m’ont ramené,
dans la peau du raisin
je croyais te palper.
Le bois m’a apporté
un beau jour ton contact,
l’amande m’annonçait
ta secrète douceur,
lorsque sur ma poitrine
tes mains se sont fermées
et là comme deux ailes
ont fini leur voyage.

(Pablo Neruda)

Illustration: Partarrieu

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J’ai débouché le flacon de l’incertitude (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    

J’ai débouché le flacon de l’incertitude
Les dessins tracés sur le sable
sont effacés par le vent

La houle arrive mes habitudes
se heurtent au récif de l’instable
nouvelle d’un autrement

L’éventail des possibles élude
mes décrets cartes sur table
et se déploie lentement

comme un nouveau jeu prélude
à l’amour véritable
seule ancre dans le tourment

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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