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Poésie

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Je songe à tel ou tel (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



mauriac

Je songe à tel ou tel à qui j’apporte une unique brassée;
et la flamme vacillante n’éclaire plus que mon vieux visage
redevenu jeune tout à coup par la grâce du poème que je me récite à mi-voix
et qui ne vivra plus dans aucune mémoire humaine quand je me serai endormi.

(François Mauriac)

 

 

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Il composait dans la forêt (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


 

Jeanie Tomanek evening

Il composait dans la forêt son plus beau poème…
les oiseaux l’accompagnaient… et happaient avec avidité les paroles qui sortaient de sa bouche…
Il aimait les oiseaux, il ne les dispersait pas…
Les oiseaux avaient mangé son poème.
Parfois… ils lui récitaient un vers, parfois groupés,
ils imprimaient dans le ciel tout son poème.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

 

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Poésies des petites classes (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019




    
Poésies des petites classes
Et des quatre saisons
Lisses et sucrées
Qu’on récitait
Avec le coeur
André Theuriet
Albert Samain
Lucie Delarue-Mardrus

C’était le temps des porte-plume
Et des cancres rêveurs

Ne te réveille pas
Prévert

L’oiseau-lyre est en cage
Et ils font toujours
La chasse à l’enfant

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

    

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Quand je lis Paul de Roux (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2018



Illustration: ArbreaPhotos 
    
quand je lis Paul de Roux je m’arrête
j’écoute les échos d’une voix que je connais
au coeur de cette voix j’ai l’impression de me connaître
un peu mais obscurément j’ai le sentiment d’être
un peu plus près de moi sous un soleil voilé

et même lorsque je me récite ce vers
et tout a la tristesse des choses abandonnées
je soupçonne autour de moi cet envers
des choses mortes qui s’obstinent à durer

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Revermont
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
Je t’écris parce que tu ne sais pas lire
que tu récites sans te tromper l’alphabet de la peur
que tu reconnais au toucher l’herbe nourricière
au flair la source en amont du filet d’eau

je t’écris pour te dire mon manque de ta main sur le ventre blanc du bouleau
et de ton désarroi quand pâlissait le maïs

je t’écris sans écrire
les passants piétinent ce que j’écris
mes consonnes ont la peau rêche
mes voyelles sont nues
je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils touchent ton nom.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Gens de l’eau
Traduction:
Editions: Mercure de France

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La petite fille (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



 

Albert Anker 8-2_v1

La petite fille

– Petite fille, as-tu mangé?
– Oui, maman, tout le pain perdu.
– Petite fille, as-tu bien bu ?
– Oui, maman, tout le bol de thé.
– Petite fille, et ton devoir ?
– Je viens de le faire au brouillon.
– Petite fille, et ta leçon ?
– Je la sais depuis hier au soir.
– Petite fille, et ta poupée ?
– Maman, j’ai dû la corriger.
Elle n’a rien voulu manger,
Puis elle n’a rien voulu boire,
Elle n’a pas fait son devoir.
Quant à réciter sa leçon,
Elle est plus muette qu’un poisson.

(Maurice Carême)

Illustration: Albert Anker

 

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Le monde est méchant (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Le monde est méchant

Le monde est méchant, ma petite:
Avec son sourire moqueur
Il dit qu’à ton côté palpite
Une montre en place de coeur.

– Pourtant ton sein ému s’élève
Et s’abaisse comme la mer,
Aux bouillonnements de la sève
Circulant sous ta jeune chair.

Le monde est méchant, ma petite:
Il dit que tes yeux vifs sont morts
Et se meuvent dans leur orbite
A temps égaux et par ressorts.

– Pourtant une larme irisée
Tremble à tes cils, mouvant rideau,
Comme une perle de rosée
Qui n’est pas prise au verre d’eau.

Le monde est méchant, ma petite :
Il dit que tu n’as pas d’esprit,
Et que les vers qu’on te récite
Sont pour toi comme du sanscrit.

– Pourtant, sur ta bouche vermeille,
Fleur s’ouvrant et se refermant,
Le rire, intelligente abeille,
Se pose à chaque trait charmant.

C’est que tu m’aimes, ma petite,
Et que tu hais tous ces gens-là.
Quitte-moi ; – comme ils diront vite:
Quel coeur et quel esprit elle a !

(Théophile Gautier)

Illustration: Charles Dwyer

 

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Et cela suffisait (Tradition Hassidique)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Quand le grand rabbin Israël BaalShem-Tov pensait qu’une menace se profilait contre le peuple juif,
il avait coutume d’aller concentrer son esprit en certain lieu du bois;
là, il allumait un feu, récitait certaine prière et le miracle s’accomplissait : le danger était écarté.

Plus tard, quand son disciple, le célèbre Maguid de Mezeritsch, devait implorer le ciel pour les mêmes raisons,
il accourait au même endroit et disait :
« Maître de l’Univers, écoute-moi. Je ne sais comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. »
Et le miracle s’accomplissait.

Plus tard, le rabbin Mosh-Leib de Sassov allait également au bois pour sauver son peuple, et il disait :
« Je ne sais comment allumer le feu, je ne connais pas la prière,
mais je peux me placer à l’endroit propice et cela devrait suffire. »
Et cela suffisait, et le miracle s’accomplissait.

Ensuite, c’est au rabbin Israël de Rizsin qu’il revint d’éloigner la menace.
Assis dans son fauteuil, la tête entre les mains, il parlait à Dieu en ces termes :
« Je suis incapable d’allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne puis même pas trouver le lieu du bois.
Tout ce que je sais faire, c’est raconter cette histoire. Cela devrait suffire. »
Et cela suffisait.

Dieu a créé l’homme parce qu’il aime les histoires. »

(Tradition Hassidique)

 

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Le grain de blé nourrit (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Le grain de blé nourrit

Le grain de blé nourrit et l’homme et les corbeaux.
L’arbre palladien produit la douce olive,
Et le triste cyprès, debout sur les tombeaux,
Balance vainement une cime plaintive.

Hélas! N’as-tu point vu ta plus chère amitié
Etaler à tes yeux la face du vulgaire ?
Tu ne sais pas languir et souffrir à moitié:
Quand tu reprends ton coeur, c’est qu’il n’en reste guère.

Que ce soit dans la ville ou près des flots amers,
Au fond de la forêt ou sur le mont sinistre,
Va, pars et meurs tout seul en récitant des vers:
Ce sont troupeaux encor les cygnes du Caystre.

(Jean Moréas)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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La Solitude (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




    
La Solitude

Je l’ai trouvée devant ma porte,
Un soir, que je rentrais chez moi.
Partout, elle me fait escorte.
Elle est revenue, elle est là,
La renifleuse des amours mortes.
Elle m’a suivie, pas à pas.
La garce, que le Diable l’emporte !
Elle est revenue, elle est là

Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne,
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des mains blêmes
Et de longues nuits désolées.
La garce ! Elle nous ferait même
L’hiver au plein cœur de l’été.

Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés,
T’as la mine du désespoir,
Tu n’es pas belle à regarder.
Allez, va t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l’ennui.
Je n’ai pas le goût du malheur.
Va t-en voir ailleurs si j’y suis !

Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m’en payer, des nuits blanches,
A cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l’heure blême
Et jusqu’à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t’aime »
Et vouloir mourir d’aimer.

Elle a dit : « Ouvre-moi ta porte.
Je t’avais suivie pas à pas.
Je sais que tes amours sont mortes.
Je suis revenue, me voilà.
Ils t’ont récité leurs poèmes,
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine.
Eh ! bien, c’est fini, maintenant. »

Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s’est pendue à mon cou,
Elle s’est enroulée à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit, pas à pas.
Elle m’attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude, la solitude…

(Barbara)

 

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