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Rien n’avait résisté… (Marilyse Leroux)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020




    
Rien n’avait résisté…

Rien n’avait résisté ni le fer ni l’acier
Dieu est une arme plus cruelle
que la houe du jardinier
j’aurais voulu me coucher dans la terre une
jarre d’eau fraîche à portée de main mais
où étaient mes mains?

J’ai recollé ma tête et mes pieds
pour épargner le sable

mais rien ne tenait on avait broyé mes os
Alors j’ai suivi la route des fourmis
mon souffle dans leurs pattes
La colonne avançait en bénissant les nuages
pour trois gouttes d’eau
aucun dieu ne nous a aidés.

Nos pieds allaient vers la mer
loin des arbres à histoires
Nous marchions vers un monde
que nous ne connaissions pas
nos sandales ne comprenaient plus le sable.

La marche m’a forcée
à habiter mon corps
le désert à l’oublier
La mer fut un miracle
je l’ai remerciée de nous porter
plus encore de nous laisser.

Ce que j’ai vu
aucune eau ne pourra l’effacer
aucune source aucune pluie la
mer elle-même a renoncé.

Aujourd’hui je suis là de l’autre côté
avec ma peau d’hier et d’avant-hier
je suis là et je vous regarde grande comme je peux
avec ce poids au bout de mes bras
Des ondes me traversent que je ne comprends pas
ni la force qui me porte
ni le courage qu’elles me donnent
Si je le savais mon coeur s’en irait avec elles.

(Marilyse Leroux)

 

Recueil: Courage Dix variations sur le courage et un chant de résistance
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Passez devant (Suzanne François)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2020




    
Passez devant

Allez messieurs si vous êtes pressés
Passez devant, passez devant

Un peu plus loin vous attend le fossé
Passez devant, passez devant

En trois morceaux vous vous retrouverez
Passez devant, passez devant

Quatre pompiers viendront vous ramasser
Passez devant, passez devant

A l’hôpital vous serez transportés
Passez devant, passez devant

Tant bien que mal vous serez recollés
Passez devant, passez devant

Toute la vie resterez estropiés
Passez devant, passez devant

(Suzanne François)

 

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Comme… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2015



 

Euan Macleod x [1280x768]

Comme…

comme sur le ciel de nuit, les nuages glissent au dessus de la forêt
comme sur le cou du vagabond, un foulard battu par le vent
comme tendus vers là-haut vos bras étoilés
et ici sont les nôtres, et ici sont les nôtres

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comme coupable-non-coupable remords de conscience
qu’on vit et les morts sont si nombreux, nombreux

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comment soigner les blessures faites avec précision
comment recoller le coeur écrasé en poussière

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

la pierre énorme, la pierre énorme
je vais monter sur elle, elle va monter sur moi
elle va monter sur moi, je vais me lever de dessous d’elle

comme les sanglots sans larmes dans la nuit pluvieuse

comme une sphère en or au dessus des eaux
comme l’aube en dessous des yeux gonflés
comme les belles aurores, les prés merveilleux
comme la poitrine de Soleil
comme porter sa bosse
comme ce chant de lamentation
pour vous mes soeurs nébuleuses

comme courir jusqu’à la fin, tu te reposeras plus tard
les détours merveilleux, les détours merveilleux

(Edward Stachura)

Illustration: Euan Macleod

 

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Je ne possède plus rien (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2015



flandrin_hippolyte_1805-1864_-_jeune_homme_nu_assis_1855_-_louvre

 

– Je ne possède plus rien
qu’une moitié de moi-même.
Qui recollera
l’autre moitié de mon parcours
encore dans le noir?

– Le noir, travaille-le
à l’empêtre à la pâte,
tisonne-le dans l’être,
chauffe-le à blanc,
qu’il te dénude,
asséché peut-être,
il te rendra la vue.

– Parfois je m’esquive
par les failles du feu qui me brûle
et j’emporte mes cendres.

(Charles Dobzynski)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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