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Poésie

Posts Tagged ‘récolte’

Brusque bouquet d’écume (Bernard Manciet)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2020



brusque bouquet d’écume à poignées
navire étreint de la double astrée
tu portes encor des roches bleues
sur l’épaule quelque brume ou plume

sa tête entre les bras que l’étrave
s’endorme néanmoins de récolte
lourde selon le charme de houle
ta cuisse se comble heureuse plainte

(Bernard Manciet)


Illustration: Danièle Cottereau

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LA MOISSON (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2020



Illustration: Joseph Matar
    
LA MOISSON

Des coquelicots, fleurs du sommeil,
Envahirent les blés.
L’éclat de la faucille, un sifflement dans les champs de blé mûr,
Une rumeur dans l’air que le feu torture.

O la joie folle dans l’ivresse de la mort,
Mais la tristesse plus encore.
Roi de l’étendue, l’épouvantail balance
Sa tête de chiffons, ses bras de bâtons.

Qui vient pour allaiter les sanglots de l’enfant
Oublié là, dans la terre à sillons ?
Donnez-moi la cruche avec l’eau tiède,
Faites encore des liens pour les gerbes.

Dans la plaine il y a, sur le ciel embrasé, le mirage
Un mensonge aux couleurs criardes.
A l’abri du soleil le boyard
Veille sur sa belle récolte.

Vent, où donc iras-tu pour calmer la douleur
Des plaies, le feu des fronts ridés ?
Roi de l’étendue, l’épouvantail regarde.
En chiffons la tête, en bâtons les bras.

(Mihai Beniuc)

 

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LE RETOUR À LA CAMPAGNE (Tao Yuan Ming)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2020




    
LE RETOUR À LA CAMPAGNE

Jeune je n’aimais pas la vie agitée.
J’ai grandi dans l’amitié des montagnes
C’était une erreur d’entrer dans le monde.
J’ai perdu treize ans de ma seule vie.
L’oiseau en cage songe aux forêts d’antan,
le poisson du bassin à l’ancienne rivière.
Ainsi je suis retourné vivre dans le midi.
Je bêche mon jardin, je cultive mes champs.
J’ai peu de terre, dix mous à peine.
Ma maison est petite. Un orme et un saule
me font de l’ombre. J’ai des pêchers et des
abricotiers en face de la maison. Au loin
il y a les maisons des paysans. Je vois fumer
leurs cheminées dans le ciel calme. Un chien
aboie. Perché sur un mûrier, un coq chante.
Le silence habite chez moi. J’ai de l’espace.
J’ai du temps. Si longtemps j’ai vécu
en cage. Me voilà rendu à moi-même.

Il n’arrive pas grand-chose chez nous.
Il passe peu de voitures sur le chemin.
Pendant le jour les portes restent closes.
Dans la maison calme les désirs se calment.
Quelquefois je rencontre un voisin sur la route.
On parle peu. La récolte de chanvre sera bonne.
Il y aura cette année beaucoup de mûriers.
La moisson sera belle. La terre s’enrichit.
Pourvu qu’il ne gèle pas, que le gel ne tue pas
tout, laissant seulement broussaille morte.

Je me lève tôt pour aller bêcher,
Quand je reviens avec ma bêche, je porte aussi le clair de lune
sur mon épaule.
Le sentier est étroit, hautes les fleurs sauvages et l’herbe.
Mes habits sont trempés de rosée. Ça m’est égal,
si rien ne vient troubler ma paix.
Sur le versant sud j’ai planté des haricots.
Il y a beaucoup de mauvaises herbes. Les semis sont maigres.

(Tao Yuan Ming)

 

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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Cette mystérieuse circonstance (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2018



 

Dimo Kolibarov (3)

Cette mystérieuse circonstance qui fait que les choses de notre passé continuent d’exister
y compris lorsqu’elles sortent de notre vie, et s’épanouissent,
même, en donnant chaque saison de nouveaux fruits, pour une récolte dont nous ne saurons plus rien.

La persistance illogique de la vie.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Dimo Kolibarov

 

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L’IMPOSSIBLE PRISE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



L’IMPOSSIBLE PRISE

L’étang cligna ses yeux d’alevins — présage d’une récolte
écailleuse. D’où venait alors ce poisson en forme de lampe ?
Échappé de quelle baie chaude, comment ne pas songer à sa capture ?

Il me faut associer ruse et audace, brouiller la surface pour atteindre les fonds.

Jusqu’où pourrais-je le suivre ?
Je dis vrai quand je parle d’un holacanthe à l’oeil bleu.

Est-il pour moi, pour personne ?

L’eau mouchetée d’invraisemblables reflets garde sa proie.

Aux marges d’un midi percé à vif, je reste ce pêcheur mystifié.

(Jules Tordjman)

Illustration

 

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FEMME EN FLEURS (Marcelle Delpastre)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Abbott Handerson Thayer_A_Virgin_1892-3

FEMME EN FLEURS

Femme en fleurs comme un grand châtaignier qui répand ses senteurs puissantes
Tu te dresses sur la campagne, tu flambes de bonnes odeurs,
tu prends le soleil et la pluie à tes rameaux chargés de fruits,
Tu es debout sur la colline, le bleu de l’espace et le vent ruissellent sur toi de la bouche aux talons,
les moissons croissent sur tes bras ; la ronde blondeur de tes seins gonfle le temps des récoltes mûres,
et dans ton sein déjà la nuit profonde se fermente ; déjà la grande mer roule sur toi la courbe de ses vagues.

(Marcelle Delpastre)

Illustration: Abbott Handerson Thayer

 

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Statue de femme aux mains liées (Kikí Dimoulà)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



    

Statue de femme aux mains liées

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi aussitôt je te donne le nom de femme.

Tu décores un jardin public.
De loin tu nous trompes.
On te croirait légèrement redressée
pour te souvenir d’un beau rêve,
et prenant ton élan pour le vivre.
De près le rêve se précise :
tes mains sont liées dans le dos
par une corde de marbre
et ta posture, c’est ta volonté
de trouver quelque chose qui t’aide
à fuir l’angoisse du prisonnier.
On t’a commandée ainsi au sculpteur :
prisonnière.
Tu ne peux
peser dans ta main ni la pluie
ni la moindre marguerite.
Tes mains sont liées.

Ce n’est pas seulement le marbre qui te garde
comme Argus. Si quelque chose allait changer
dans le parcours des marbres,
si les statues entraient en lutte
pour conquérir la liberté, l’égalité,
comme les esclaves,
les morts
et notre sentiment,
toi tu marcherais
dans cette cosmogonie des marbres
les mains toujours liées, prisonnière.

Tout le monde t’appelle aussitôt statue
et moi tout de suite je t’appelle femme.
Non pas du fait que le sculpteur
a confié une femme au marbre
et que tes hanches promettent
une fertilité de statue,
une belle récolte d’immobilité.
À cause de tes mains liées, que tu as
depuis que je te connais, tous ces siècles,
je t’appelle femme.

Je t’appelle femme
car tu es prisonnière.

(Kikí Dimoulà)

 

 

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Révolte (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018



Révolte

Le site est d’une beauté surprenante
et j’en exalte à la fois l’aspect sauvage et l’abord délicat
Je contemple des barques
dans tous les ports de la côte
et je vois l’île se détacher
pour disparaître à l’horizon
sur une mer
qui répudie le rivage

Captif je brise les chaînes
et sur les murailles je griffonne ton nom
et je tague les pierres
pour y inscrire mes révoltes

Sur la pointe extrême qui vacille
je revois
tout proche
l’horizon sur la ligne des ténèbres
Sur une terre s’épanouit la récolte
qu’élabore
la circulation de la sève
et sur un ciel de lavande
j’émascule le soleil
et châtre tous les astres
pour qu’ils ne se reproduisent

Je tends les bras pour me guider dans le vide
Je n’effacerai rien
et lancerai un cri dans le silence

Mon corps palpite
et mon cœur bourdonne
tandis que l’eau s’agite
pour franchir la torpeur des villages
où la kermesse bat son plein

Avec la saison qui déborde d’allégresse
et la période qui s’achève
il est grand temps
que je dévore à pleine dents
la portion de nourriture
qui m’est concédée
par la sollicitude des instances
qui se penchent sur ma sénilité future

(Jean-Baptiste Besnard)

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CHANSON DE LA BELLE RÉCOLTE (Negro Spirituals)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
CHANSON DE LA BELLE RÉCOLTE

Oh, venez peler l’ maïs,
J’ suis content!
Le plus beau du pays,
J’ suis content!

Jamais on n’avait vu,
J’ suis content!
De maïs plus velu,
J’ suis content!

Jamais, depuis qu’ j’ suis né,
J’ suis content!
Des grains si bien formés,
J’ suis content!

Travaillez vite et mieux,
J’ suis content!
Pour plaire à not’ Monsieur,
J’ suis content!

Ses esclaves sont bien gras,
J’ suis content!
Et luisants comme des rats,
J’ suis content!

Ceux d’ Monsieur Jones sont maigres,
J’ suis content!
Il affame ses pauv’ nègres,
J’ suis content!

Mais nous sommes bien nourris,
J’ suis content!
De beaux épis d’ mais,
J’ suis content!

(Negro Spirituals)

 

Recueil: Fleuve profond, sombre rivière
Traduction: Marguerite Yourcenar
Editions: Gallimard

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