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Poésie

Posts Tagged ‘recommencement’

Tu m’accables (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Tu m’accables, femme au grand dos
contre moi dans ce lit,
je me demande, les yeux clos,
pourquoi je suis ici.

J’aimais bien les vagabondages,
la poudre des chemins,
la pauvreté, les paysages,
le goût du lendemain.

Même une chambre dans Paris
fut parfois la nacelle
où j’embarquais dans le jour gris
ou dans la nuit si belle.

Ô mes chambres, j’ai descendu
tant d’escaliers béants
vers le désert des jours confus,
les recommencements!

Et maintenant je dors avec
la femme, unique chair,
vaincu peut-être, ou bien cœur sec
où va briller l’éclair?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS NOS RECOMMENCEMENTS (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



 

Erik Johansson  a0_orig [1280x768]

DANS NOS RECOMMENCEMENTS

Ceux qui parlent ont un pays ils ont
la gorge heureuse dans leur langage
ils ne voient pas leurs traces
tant ils s’y confondent
ils portent leurs frontières dans leur bouche
même si leur histoire danse sur des épines
ils sont un livre qui n’a pas besoin de livres
leurs rires reconstruisent des murs
toutes les larmes y conduisent.

Je n’ai pas notre histoire à la main
on se connaît comme on met son pied dans son chapeau
pour dire où la cruche est cassée
parce que l’enfance tire
on rit dans ses chaussures
on baisse avec le ciel on monte avec la terre
plus on a vu plus on se tait
on fait son lit dans ses yeux
on ne finit pas ses contes.

(Henri Meschonnic)

Illustration: Erik Johansson

 

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Vie et marée (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Vie et marée

Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet d’une vague
et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l’Océan qui se rapprochait.
La nuit de la villa était entourée de mer.
Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano n’était plus qu’une ombre sonore.
Alors toi, calme, dans ta vareuse rouge, tu me touchas l’épaule du bout de ton archet,
comme l’émotion du Déluge m’arrêtait.
« Reprenons! » dis-tu. O vie ! ô douleur ! ô souffrances d’éternels recommencements !
que de fois lorsque l’Océan des nécessités m’assiégeait !
que de fois ai-je dit, dominant des chagrins trop réels !
hélas ! « Reprenons! » et ma volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là.
Les nuits n’ont pour moi que des marées d’équinoxe.

(Max Jacob)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Le chauffeur du car (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018




    
Le chauffeur du car veille
à saluer l’entrée
de chacun des personnages
qui jour après jour
avec d’infimes variations
qui font le charme du recommencement
reprennent leur place et leur rôle
dans la saynète sans parole
de son petit théâtre ambulant

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Rien n’efface le vent (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Rien n’efface le vent disait la fugitive
et sa voix le renvoie sur ses routes de fable
Il marchait vers la ville
la même ville engloutie dans l’histoire
derrière le rempart des recommencements
Tu tournes en rond dans ce tourment
Rien à voir avec ces cavaliers d’orage
qui traversent novembre ivres de feuilles
sinon ce grésil obsédant dans le sang
Il marche dans la plaine des disparitions
où l’énigme dresse ses pierres
Et parfois pour peupler ce silence de steppe
il plaque son oreille aux poteaux de passage

(Jacqueline Saint-Jean)

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Ce recommencement (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



ce recommencement

je voulais te l’avouer
à travers des mots sans larmes

tandis que sous

je t’aime

une rose de l’horizon

depuis que je te connais

je porte un renoncement je porte
joues d’enfant de l’inconnu

le nom du poème

(Martine Broda)

Illustration: Salvador Dali

 

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Comme un trait brûlant (Martine Broda)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



 

ce recommencement

comme un trait brûlant
la peau et suppliant
l’énigme désirer

ce recommencement tant

quand lasse
incline

un regard un retrait une

(Martine Broda)

Illustration: Odile Wysocki-Grec

 

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La douceur de la danse est passée (Jean-Pierre Luminet)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2016




La douceur de la danse est passée.

Danse silencieuse
Ivresse du mouvement circulaire, légèrement embarrassée par les irrégularités célestes.
Le moins chaud tourne autour du plus chaud, à juste distance.

L’apanage des êtres vivants est le mouvement volontaire Et l’irruption est un bris de clôture.

L’espace est plein comme une petite chambre.
Aussi loin qu’il porte, nous trouvons des soleils
et toute sensation excitée, les membres de nos corps animaux
se mouvant le long des filaments solides de nos nerfs…

Ces rapprochements sans heurts, ces noeuds dénoués, cette confusion aussitôt démêlée…
d’autres glissements se produisent
et nos nuits rayonnent d’une splendeur inconnue

Ce qui semble noir, muet, se comble de son et de clarté.
La lumière forme avec tes mèches des rets infinis, qui lient toutes
les parties de mon univers et les désirs en sont les noeuds.

Riche en corps noirs invisibles, feutrée de nébuleuses obscures qui
absorbent l’excès de mes rayons
ta ténèbre est féconde
Son eau noire, du sépulcre dissous
vagues lourdes et suffocantes
corps plus pâle que tous les ors imaginables

Le vide est un creux psychologique

Unité indéfiniment rompue par une dispersion nouvelle.
Était- ce un soleil de feu ? Non, un globe obscur, terraqué
mais environné d’un éther raffiné

Le corps est donc obscur.
Pour une raison logique les petits corps obscurs tournent autour des étoiles.
Voilà ce qui détermine les courbes et les formes

L’attraction n’est pas une loi d’amour: c’est une chaîne.
Rotation, perpétuel recommencement

La lumière visible elle aussi est un trou
une faille
une diminution de quelque chose d’autre.

Et moi si joyeusement accueilli par ces gemmes de lumière vivante
qui forment couronne autour de toi

demeure un étranger dans ton espace.

(Jean-Pierre Luminet)

Interview de Jean-Pierre Luminet Astrophysicien et Poète

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Ce frisson d’amour (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



Il dit à la mer
retire-toi
et aux île et aux vents

et toutes ces choses
se retirèrent

il dit au vide: va-t’en!

et il sut qu’il aurait
à regarder cela sans fin

alors il laissa entrer
en lui

le recommencement
dont il ne saurait rien

sauf
ce frisson d’amour
dont la lumière semble
toujours trembler devant

(Werner Lambersy)


Illustration

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L’AMOUR (Melih Cevdet Anday)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2016




L’AMOUR

La forêt commençait quand tu me prenais la main.
Elle s’ouvrait par le milieu comme une figue
Nous courions vers le haut, courbés en deux, hors d’haleine.
Avec les truites, à grand-peine, les aiguilles de pin
Brisaient notre allure. Ne Laisse Pas Ma Main,
Ne Laisse Pas Ma Main…
Après, nous glissions tout en bas.
Et le silence descendait comme un arbre
Il poussait des racines en toi et en moi, cherchant
L’eau de la terre qui attendait son tour.
Tournesols, tes seins tendent vers la lumière.
Je marchais à tes deux côtés comme l’arcade d’un monument.
Après, nous recommencions à courir,
En haut, plus haut, vers les eaux qui se creusent
Dans les cieux. Je t’embrassais, tu tremblais, l’amour qui réunit
Les instants éclatés ne fait pas de rêve : ô forêt,
Ô sort du cheval pourchassé, ô tourterelle affamée
Du recommencement ! Pour nous il n’y a pas de sort.

Nous l’avons brûlé, comme une tache dans l’oeil
Des oiseaux migrateurs, une graine unique dans leur bec,
Tandis que le jour se lève une fois de plus. Pour nous il n’y a pas de sort.

(Melih Cevdet Anday)

Illustration

 

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