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Poésie

Posts Tagged ‘reconduire’

La chanson des nénuphars (Wang Changling)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Illustration: Toyohara Chikanobu
    
La chanson des nénuphars

Les feuilles des nénuphars et les jupes de gaze légère sont teintes de la même couleur ;
Sur les fleurs des nénuphars et sur de riants visages, c’est le même rose qui s’épanouit.
Les feuilles et la gaze, les fleurs et les visages s’entremêlent au milieu du lac ; l’œil ne saurait les distinguer.
Tout à coup l’on entend chanter ; alors seulement on reconnaît qu’il se trouve là des jeunes filles.
Jadis les charmantes filles de Ou, et les beautés de Youe, et les favorites du roi de Thsou
Se jouèrent ainsi parmi les nénuphars, cueillant des fleurs et mouillant gaiement leurs gracieux vêtements.
Quand les jeunes filles arrivent à l’entrée du lac, les fleurs lèvent la tête, comme pour recevoir des compagnes,
Et quand elles s’en retournent, en suivant le cours du fleuve, la blanche lune les reconduit.

(Wang Changling)

 

 

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La lune aux yeux bleus (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



 

La lune aux yeux bleus

La nuit, les chevelures des femmes et les branches
des saules se confondent. Je marchais au bord de l’eau.
Tout à coup, j’entendis chanter : alors seulement
je reconnus qu’il y avait là des jeunes filles.

Je leur dis : «Que chantez-vous ?» Elles répondirent :
«Ceux qui reviennent». L’une attendait son père
et l’autre son frère ; mais celle qui attendait son fiancé
était la plus impatiente.

Elles avaient tressé pour eux des couronnes
et des guirlandes, coupé des palmes aux palmiers
et tiré des lotus de l’eau. Elles se tenaient par le cou
et chantaient l’une après l’autre.

Je m’en allai le long du fleuve, tristement, et toute seule,
mais en regardant autour de moi, je vis que derrière
les grands arbres la lune aux yeux bleus me reconduisait.

(Pierre Louÿs)

Illustration

 

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LA LUNE AUX YEUX BLEUS (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 18 juillet 2018



Illustration
    
LA LUNE AUX YEUX BLEUS

La nuit, les chevelures des femmes et les branches des saules se confondent.
Je marchais au bord de l’eau.
Tout à coup, j’entendis chanter :
alors seulement je reconnus qu’il y avait là des jeunes filles.

Je leur dis : « Que chantez-vous ? »
Elles répondirent : « Ceux qui reviennent. »
L’une attendait son père et l’autre son frère;
mais celle qui attendait son fiancé était la plus impatiente.

Elles avaient tressé pour eux des couronnes et des guirlandes,
coupé des palmes aux palmiers et tiré des lotus de l’eau.
Elles se tenaient par le cou et chantaient l’une après l’autre.

Je m’en allai le long du fleuve, tristement, et toute seule,
mais en regardant autour de moi,
je vis que derrière les grands arbres la lune aux yeux bleus me reconduisait.

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE DÉPART D’UN AMI (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018




    
LE DÉPART D’UN AMI
Li-Taï-Pé

Par la verte montagne, aux rudes chemins,
je vous reconduis jusqu’à l’enceinte du Nord.

L’eau écumante roule autour des murs, et se perd vers l’orient.
C’est à cet endroit que nous nous séparons…

Je m’en retourne, solitaire, et je marche péniblement.
Il me semble, maintenant, que j’ai plus de dix mille lis à parcourir.

Les nuages légers flânent, paresseusement, comme mes pensées.
Bientôt le soleil se couche,
et je sens plus vivement encore, la tristesse de la séparation.

Par-dessus les broussailles une dernière fois,
j’agite la main, au moment où vous allez disparaître.

D’un long hennissement, mon cheval cherche à rappeler le vôtre…
Mais c’est un chant d’oiseau qui lui répond !…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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Le retour dans la montagne (Gao Shi)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018




    
Le retour dans la montagne

On respire un air vif et pur,
et voilà que le soleil disparaît
dans les froides profondeurs de ces rochers immenses.

Je veux vous reconduire jusqu’à votre montagne ;
ami, je connais maintenant votre cœur.

Quand l’âge mûr succède à l’active jeunesse,
le temps est venu de cesser la lutte
et de s’appartenir à soi-même ;

Vous avez su, je le vois, comprendre la vie,
et régler la vôtre comme il faut.
Qu’il vous plaise de marcher ou de vous reposer,
rien ne vous poursuit ni ne vous arrête ;

Sans entendre d’autre murmure que celui des sources,
d’autres bruits que ceux du vent ou de la pluie,
Vous foulez un sol toujours jonché
des fruits du song ou des fleurs du cannelier.

Les simples que vous vendez vous procurent largement
de quoi subvenir à vos faibles dépenses ;
Vous recueillez enfin ces herbes précieuses,
dont les sucs puissants donnent la longévité.

Les nuages blancs sont de gracieux compagnons
qui vous exhortent à boire ;

En quelque endroit que vous vous retiriez pour dormir,
la lune brillante n’est-elle point près de vous ?

J’emporte, moi, de cette journée,
des souvenirs que ne peut effacer le sommeil ;
Nous allons donc nous revoir en songe,
car mon esprit, cherchant le vôtre,
saura bien revenir ici.

(Gao Shi)

 

 

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Dialogue divague (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018




    
Dialogue divague

— Votre langue divague
Dès que vous écrivez

—C’est que toujours je cherche
Le point parlant de votre corps.

— Vous vivez dans un mythe
Moi je suis sans limite

— Pourquoi dans l’invisible
Glissez-vous votre tête ?

—C’est que je cherche un mur
Qu’aucun mot ne franchit.

—À vous aimer je joue
Aux dés noirs du néant.

— Aimer n’est pas tenter
D’être ma vie seconde.

—Seule votre semblance
Me reconduit au monde.

— Mais je reste au-delà
De votre longueur d’onde.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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Double invention (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Double invention

Lorsque la rose qui nous émeut
chiffre les termes du voyage
lorsque dans le temps du paysage
s’efface le mot qui dit neige,

un amour nous reconduira
jusqu’à la barque du passage,
et dans ces lèvres sans message,
ton signe ténu s’éveillera.

Je suis en vie car je t’invente,
alchimie d’aigle dans le vent
au ras du sable et la pénombre,

toi dans cette veillée tu animes
l’ombre avec laquelle tu m’éclaires
et le murmure qui m’imagine.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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FÊTE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Illustration: Guy Leroy
    

FÊTE

il est tard la fumée des feux d’herbe
sait mieux que nous le tourbillon des gestes
ce vin nous grise que le vent verse

je dessine avec de feints mystères
l’horoscope des pierres qui sont là
elles se font planètes nous tournons

au son soudain de ses aigres guitares
la pluie si nue que j’ai peine à la voir
saura-t-elle reconduire les lieux

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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LA PAROLE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Chantal Dufour
    
LA PAROLE

Voleuse
O perle noire enrichie d’étincelles
Ecuyère des mots
Trapéziste du sang
Lancée sur le circuit vertigineux du temps
Convoi de mon amour
Echarpe lumineuse
Je te perds
Je te prends
Je te mets en veilleuse

A nous deux
Dans la nuit sans hâte des cachots
Sur les marches du ciel
Sur les premiers tréteaux
Dans l’ascenseur doré de la lampe
Tressant la flamme avec les barreaux de la cage

Tu passes sur mes dents comme un givre léger
Tu n’as pas le dédain des souffles étrangers
Tu n’es que l’horizon des âmes
L’aventure
Le vent qui va plus loin achève ton murmure
L’arbre mêle ses bonds à ton élan sans bord
Et l’oiseau qui revient te reconduit au port.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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