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Posts Tagged ‘reconstruire’

CASA DE LA MENTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Tom Fruin
    
« CASA DE LA MENTE »
À A. G.

la maison mentale
reconstruite lettre à lettre
mot à mot
dans ma double figure de papier

traverse la mer d’encre
pour donner une nouvelle forme
à un nouveau sentiment

il ouvre la bouche
vert de sans racines
le mot sans son corps

un nouvel ordre musical
de couleurs de corps d’excédents
de formes petites
qui bougent crient disent jamais
la nuit dit jamais
la nuit me prononce
dans un poème

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Les yeux parlent (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



Alejandra Pizarnik

 
    
les yeux
parlent ou juste
des yeux qui s’ouvrent
évacuent le surplus
des yeux
non des mots
des yeux
non des promesses
je travaille avec mes yeux
à construire
à réparer
à reconstruire
une chose semblable à un regard humain
à un poème d’homme
à un chant lointain dans le bois

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Victoire éclair (René Char)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Victoire éclair

L’oiseau bêche la terre,
Le serpent sème,
La mort améliorée
Applaudit la récolte.

Pluton dans le ciel!

L’explosion en nous.

Là seulement dans moi.

Fol et sourd, comment pourrais-je l’être davantage?

Plus de second soi-même, de visage changeant, plus de saison pour la flamme et de saison pour l’ombre!

Avec la lente neige descendent les lépreux.

Soudain l’amour, l’égal de la terreur,
D’une main jamais vue arrête l’incendie, redresse le soleil, reconstruit l’Amie.

Rien n’annonçait une existence si forte.

(René Char)

 

Recueil: Commune présence
Traduction:
Editions: Gallimard

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Absence (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017




    
Absence

Il me faudra soulever la vaste vie
qui est encore ton miroir:
il me faudra le reconstruire chaque matin.
Depuis que tu es partie
combien d’endroits sont-ils devenus vains
et dénués de sens, pareils
à des lumières dans le jour.
Soirs qui furent abri pour ton image,
musiques où toujours tu m’attendais,
paroles de ces temps-là,
il me faudra les briser avec mes mains.
Dans quel creux cacherai-je mon âme
pour ne pas voir ton absence
qui, comme un soleil terrible, sans couchant,
brille définitive et impitoyable?
Ton absence m’entoure
comme la corde autour de la gorge.
La mer où elle se noie.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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AVÈNEMENT NOCTURNE (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



Illustration
    
AVÈNEMENT NOCTURNE

TERRE

Je reconstruis de roses ton passé
car sur les déserts, amèrement,
le soleil à présent fouille les buissons,
les colonnes, et les mouettes sur la mer
verte gonflée de vents et de méduses aspirent
à la chaleur que répandent tes peuples !
Et une mère sur les rochers soucieuse
abandonne son flanc aux profondes
comètes, ô astres, les chèvres humainement
s’arrêtent au bord des torrents
d’autrefois, le nuage sur les temples
se défait, se souvient de l’encens.
Telle est ma mémoire. Mais au couchant
descend une jeunesse qui brille d’événements,
je regarde : humide le vaisseau laboure
l’avenir, parfait au-dessus des rocs
pèse le faucon et dans les sentiers les jacinthes
vivent d’une charité que j’ignore.

***

AVVENTO NOTTURNO

TERRA

Ricompongo di rose il tuo passato
io perché sui deserti amaramente
fruga il sole i cespugli e le colonne
ora, e il cabre effuso dai tupi popoli
ricercano i gabbiani sopra il verde
mare gonfio di venti e di meduse !
E una madre sui sassi pensierosa
abbandona il suo franco aile profonde
comete, astri, si fermano le capre
umanamente al ciglio dei torrenti
d’un tempo, la nuvola sui templi
si disanima memore d’incenso.
Tale la mia memoria. Ma a ponente
cala la gioventù lustra di eventi,
io guardo : umido solea nel futuro
il vascello, perfetto sui macigni
pende il falto e nei viottoli i giacinti
vivono d’una carita ch’io ignoro.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Ayant connu le souffle fade (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



Ayant connu le souffle fade et rare de la terre
dans le vol inversé des branches appauvries
que jamais n’a hanté mésange ni lumière

et le poids du silence aux granges de poussière
où tous les blés du monde sont battus,

ayant ressuscité le septième jour,
rejoint mon corps béant comme une maison vide
où chaque hiver brise un linteau, fend une porte
pour les fêtes de mai au lierre et des ciguës,

j’ai pavoisé de linges les fenêtres,
armé le feu, puisé la force des citernes.

J’ai tiré de la nuit mon coeur, mes mains, ma bouche,
habité ces châteaux que traverse la foudre
et que je reconstruis aux pentes difficiles

et que je reconstruis,
ne sachant plus ce qui est mort en moi et ce qui vit.

(Jean Joubert)

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COMMENCEMENT PERPÉTUEL (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017




COMMENCEMENT PERPÉTUEL

Un homme d’un certain âge
Plutôt jeune et plutôt vieux
Portant des yeux préoccupés
Et des lunettes sans couleur
Est assis au pied d’un mur
Au pied d’un mur en face d’un mur
Il dit je vais compter
de un à cent
A cent ça sera fini
Une bonne fois une fois pour toutes
Je commence un deux et le reste
Mais à soixante-treize il ne sait plus bien
C’est comme quand on croyait compter les coups de minuit
et qu’on arrive à onze
Il fait noir comment savoir
On essaye de reconstruire avec les espaces le rythme
Mais quand est-ce que ça a commencé
Et l’on attend la prochaine heure
Il dit allons il faut en finir
Recommençons une bonne fois
Une fois pour toutes
De un à cent
Un…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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LA MAISON INCENDIÉE (Thou-fou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2017



The window of a house is partially covered in ash spewed out of Mount Sinabung after it erupted at Bekerah village in Karo district

LA MAISON INCENDIÉE

J’avais voulu revoir la maison de mon enfance.
Je n’ai trouvé qu’un tas de cendres à l’endroit où elle s’élevait.

Las de pleurer, j’ai sauté dans une barque.
Je croyais que je pourrais oublier ma peine sur la vaste mer.

Sur la vaste mer, dans une nuit de saphir,
j’ai pris ma flûte, et j’ai joué, à la lune d’été,
une mélodie où sanglotait toute ma détresse.
Mais, la lune a voilé d’un nuage son visage de vieille femme !

Je suis revenu dans ma forêt.
Les arbres, cette fois, ne m’ont pas répondu.

Et j’ai compris que mon bonheur était à jamais enseveli
sous les cendres de la maison de mon enfance.

Je suis revenu au bord de la mer.
J’étais sur le point de me précipiter dans les flots,
lorsque passa une barque blanche, conduite par une jeune fille.

Ô toi qui m’as souri quand je souffrais,
ô toi qui m’as sauvé, je reconstruirai dans ton coeur
la maison de mon enfance

(Thou-fou)

 Illustration

 

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Chaque pas (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2016



 

Jacek Yerka 142-d [1280x768]

Chaque pas visible
Est un monde perdu,
Un arbre brûlé.
Chaque pas aveugle
Reconstruit la ville,
A travers nos larmes,
Dans l’air déchiré.

(Jacques Dupin)

Illustration: Jacek Yerka

 

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Matériel mémoire II (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2015




Matériel mémoire II

Un torse de femme nu dans le miroir
comme fragment d’un amour inconnu.

Et maintenant qui pourrait
déchiffrer ce signe,
reconstruire ce qui jamais ensuite ne fut vécu,
réanimer, inanimé, l’adieu.

***

Material memoria, II

Un torso de mujer desnudo en el espejo
como fragmento de un desconocido amor.

Y ahora quién podría
descifrar este signo,
reconstruir lo nunca ya después vivido,
reanimar, exánime, el adiós.

(José Ángel Valente)

Illustration: Michael Bridges

 

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