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Poésie

Posts Tagged ‘redoubler’

Rencontre (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2018



Illustration: Henri Bruel
    
Rencontre

au printemps j’étais sur les routes
sur l’autre versant cheminait
violons et chants
une noce joyeuse
leurs éclats de voix
fleurissaient le val
joyeux je m’arrête

sur le pré du village
ils dansent la ronde
la fiancée riait
à travers les violons
ce timbre de voix
que m’arrivait-il
elle se retourne

c’est elle
il y a longtemps que je l’aime
elle m’avait promis
elle m’a oublié
les hourras redoublent
j’ai pris à travers champs
depuis ce temps je marche

***

Begegnung

Ich wandert in der Frühlingszeit,
Fern auf den Bergen gingen
Mit Geigenspiel und Singen
Viel lust’ge Hochzeitsleut,
Das war ein Jauchzen und Klingen !
Es blühte rings in Tal und Höhn,
Ich konnt vor Lust nicht weitergehn.

Am Dorfe dann aufgrüner Au
Begannen sie den Reigen,
Und durch den Schall der Geigen
Lacht’ laut die junge Frau,
Ihr Stimmlein klang so eigen,
Ich wußte nicht, wie mir geschehn —
Da wandt sie sich in wildem Drehn.

Es war mein Lieb ! ‘s ist lange her,
Sie blickt’so ohne Scheue,
Verloren ist die Treue,
Sie kannte mich nicht mehr —
Da jauchzt’ und geigt’s aufs neue,
Ich aber wandt mich fort ins Feld,
Nun wandr ich bis ans End der Welt !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Aimez (Le Tasse)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Un oiseau […]

« Aimez, chanta-t-il, que pointe la rose
hors du bouton modeste et virginelle.
Moitié ouverte encore, et moitié close,
moins elle se montre, et plus elle est belle.
Puis son sein nu, déjà, l’audacieuse
déploie. Elle se fane, non plus celle
non plus celle, non, tantôt désirée
par mille amants et par mille donzelles.

Passent ainsi, lorsque trépasse un jour,
le vert, la fleur de la mortelle vie.
Elle, pour qu’avril sur ses pas retourne,
ne se renfleurit, ne se reverdit.
Cueillons la rose au matin adorable
d’aujourd’hui qui bientôt perd sa douceur.
Cueillons d’amour la rose. Aimons alors
qu’il se peut qu’on aime alors qu’on vous aime. »

Il se tut. Le choeur des oiseaux, d’accord,
comme approuvant, reprend la mélodie.
Redoublent les colombes leurs baisers.
Tout animal se conseille l’amour.
Le chêne dur et le chaste laurier
et toute la feuillue, ample famille,
l’air et la terre, il semble qu’ils inspirent
d’amour très doux les sens et les soupirs.

***

Deb mira, egli cantó, spuntar la rosa
Del verde suo modesta e verginella,
Che mezzo aperta ancora, e mezzo ascosa,
Quanto si mostra men, tanto è più bella.
Ecco poi nudo il sen già baldanzosa
Dispiega : ecco poi langue, e non par quella,
Quella non par, che desiata avanti
Fu da mille donzelle e mille amanti.

Così trapassa al trapassar d’un giorno
Della vita mortale il fiore e ‘l verde;
Nè, perchè faccia indietro april ritorno,
Si rinfiora ella mai, nè si rinverde.
Cogliam la rosa in sul mattino adorno
Di questo dì, che tosto il seren perde;
Cogliam d’amor la rosa; amiamo or quando
Esser si puote riamato amando.

Tacque; e concorde degli augelli il coro,
Quasi approvando, il canto indi ripiglia.
Raddoppian le colombe i baci loro;
Ogni animal d’amar si riconsiglia :
Par che la dura quercia, e ‘l casto alloro,
E tutta la frondosa ampia famiglia,
Par che la terra e l’aria e formi e spiri
Dolcissimi d’amor sensi e sospiri.

(Le Tasse)

 

Recueil: Les Flèches d’Armide
Traduction: Jacques Audiberti
Editions: Imprimerie Nationale

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A CORPS PERDU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



A CORPS PERDU

Hurrah! Que notre nuit toujours recommencée
Soit comme une bataille aux aveuglants éclairs
Qui fasse évanouir le jour dans mes yeux clairs!
Et tant mieux si ma mort doit en être avancée !

Redouble de caresse et de rage insensée,
Jusqu’à vider mes os, jusqu’à rompre mes nerfs !
Dans des spasmes pareils au rut fauve des cerfs,
Fais saigner largement mon corps et ma pensée !

Tu peux m’ouvrir le ventre et me casser les reins.
Frappe! Je ne crains pas la mort. Ce que je crains,
C’est que ta soif d’aimer ne soit pas assouvie ;

Et je veux t’enivrer sans fin, jusqu’au moment
Où, les yeux effarés, tu briseras ma vie
Comme un ouvrier soûl brise son instrument,

(Jean Richepin)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Reflétées par la parole-tente (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Reflétées par la parole-tente
de notre année prochaine,
la quarantaine sombre, aux teintes allodiales
les images,
polies dans l’après-lumière
des yeux, les images
égarées t’absolvent : (dunes
qui libres tournoyaient, — mots-éboulis
passés au
tamis du sable, — les autres
heures de sablier, redoublant
dans le souvenir). Et dans
ma main — (comme, après la nuit, — la nuit) —
je tiens ce que tu as pris
pour le donner : cette allée
de cris en échos, et grain
après grain, l’inépuisable
désert, brûlant sur tes lèvres
qui gèlent en violence.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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INVOCATIONS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015




INVOCATIONS

Insiste en ton étreinte,
redouble ta fureur,
crée un espace d’injures
entre moi et le miroir,
crée un chant de lépreuse
entre moi et celle que je me crois.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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LE MIROIR (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2015



LE MIROIR

Ville aveuglée à moins que ne la montre
A soi une rivière
Elle tire partage de l’eau
Et s’assied chez soi sur les berges
Un côté garde l’autre ils s’opposent et se voient
La rive se reflète en l’autre
Et chacune soi-même en le fleuve
Lui la dédouble et ainsi la redouble
Et permet qu’elle se connaisse

(Michel Deguy)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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