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Qui était-il que pensait-il (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration
    
qui était-il que pensait-il

à quoi occupait-il son temps
alors qu’il le passait à ne rien faire

enfermé dans sa cellule
il ne parlait pas

son temps
il le passait à attendre

attendre que les années
d’hiver le labourent

qu’elles le dépouillent le ravinent
le réduisent à son noyau

comment le rejoindre
là-bas
en ce lointain obscur

comment le délivrer
et me délivrer

sans fin il retire
ce bâillon qui lui est
aussitôt réappliqué

de lui ne me parviennent
que des plaintes
à peine audibles

parce qu’il est muselé
sa rage va croissant

j’appelle l’instant
où il pourra
se libérer
et me libérer

je redoute l’instant
où son cri
trop longtemps retenu
va me traverser
me faire voler en éclats

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.
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La douleur te tient (Guy Cloutier)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


douleur

La douleur te tient
au plus pauvre de toi-même
c’est d’elle que tu reçois les mots
qui vont t’enfanter.

Rejoins-toi
sur ces terres défoncées d’où tu as si mal à revenir.

Ca remonte à la surface ça effleure
cette vie à l’intérieur de la vie
qui n’a rien à redouter.

Ni du temps.

Ni de la mort.

(Guy Cloutier)

Site de l\’Auteur Guy Cloutier

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LA SEMAISON (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



nature  a (6)

 

LA SEMAISON

Notes pour des poèmes

I
Nous voudrions garder la pureté,
le mal eût-il plus de réalité.

Nous voudrions ne pas porter de haine
bien que l’orage étourdisse les graines.

Qui sait combien les graines sont légères
redouterait d’adorer le tonnerre.

II
Je suis la ligne indécise des arbres
où les pigeons de l’air battent des ailes;
toi qu’on caresse où naissent les cheveux
Mais sous les doigts déçus par la distance
le soleil doux se casse comme paille.

III
La terre ici montre la corde. Mais qu’il pleuve
un seul jour, on devine à son humidité
un trouble dont on sait qu’elle reviendra neuve.
La mort, pour un instant, a cet air de fraîcheur
de la fleur perce-neige…

IV
Le jour se carre en moi comme un taureau :
on serait près de croire qu’il est fort…

Si l’on pouvait lasser le torero
et retarder un peu la mise à mort!

V
L’hiver, l’arbre se recueille.

Puis le rire un jour bourdonne
et le murmure des feuilles,
ornement de nos jardins.

Pour qui n’aime plus personne,
la vie
est toujours plus loin.

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Voici la forme féminine (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018




Voici la forme féminine,
Elle exhale de la tête aux pieds un rayonnement divin,
Elle attire d’une ardente, d’une indéniable attirance,
Son haleine m’aspire comme si je n’étais qu’une vapeur sans poids,
tout s’efface excepté moi et elle,
Livres, art, religion, temps, la terre visible et solide,
et ce qu’on attendait du ciel ou redoutait de l’enfer,
tout cela maintenant, s’est consumé,
Des filaments fous, d’irrésistibles jaillissements sortent d’elle
la réponse de même irrésistible,
Chevelure, poitrine, hanches, souplesse des jambes,
mains nonchalantes qui retombent en s’égarant,
les miennes s’égarant trop,
Reflux mordu par le flux et flux mordu par le reflux,
chair d’amour qui se gonfle et délicieusement a mal,
Jets d’amour sans limites, limpides et chauds, énormes,
tremblante gelée d’amour, blanche éclosion, suc en délire,
Nuit du nouveau marié travaillant sûrement et doucement
dans l’aube étale,
Ondulant dans le jour qui consent et cède,
Perdu dans la fente du jour dont l’étreint l’odorante chair.

(Walt Whitman)

Illustration: Théodore Chassériau

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Issue de l’océan qui roule , la foule (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



Issue de l’océan qui roule, la foule, une goutte vers moi
doucement s’avança,
Qui murmurait, je t’aime et sous peu je mourrai,
J’ai fait un long voyage pour seulement te contempler,
te toucher,
Car je redoutais ensuite de te perdre.

A présent que nous nous sommes rencontrés et contemplés,
nous sommes saufs,
Retourne en paix à l’océan mon amour.
Moi aussi, j’appartiens à cet océan, mon amour,
nous ne sommes pas si séparés,
Vois la vaste rondeur, la cohésion de toutes choses,
combien parfaites !

Mais quant à moi, à toi, il nous faut être séparés
par la mer irrésistible,
Comme si une heure divisait nos routes
sans pouvoir éternellement les diviser ;
Ne sois pas impatient – un bref espace –
sache que pour toi que je chéris,
je salue l’air, l’océan et la terre,
Chaque jour au crépuscule, mon amour.

(Walt Whitman)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes’)

 

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Tu m’as dit (Léon Gontran Damas)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

Tu m’as dit d’une voix de regrets faite
Tu m’as dit en me quittant hier
Tu m’as dit ne pas pouvoir me voir
Avant dix à treize jours

Pourquoi treize
Et pas quinze
Et pas vingt
Et pas trente

Pourquoi treize
Et pas douze
Et pas dix
Et pas huit
Et pas six
Et pas quatre
Et pas deux

Pourquoi pas demain
La main dans la main
La main sur le tien
La main sur le mien
La main sur le coeur
De mon coeur qui s’inquiète
Et qui déjà redoute
D’avoir un beau jour
À t’attendre en vain

(Léon Gontran Damas)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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L’AMANT TOUJOURS PROCHE (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



    

L’AMANT TOUJOURS PROCHE

Je pense à toi quand le rayon solaire
Brûle les flots ;
Je pense à toi quand la lueur lunaire
Se peint sur l’eau.

Tu m’apparais quand monte de la route
Un poudroiement
Ou bien la nuit, quand le passant redoute
Le pont tremblant.

J’entends ta voix quand la vague s’éveille,
Meurt et renaît.
Je vais souvent au bois prêter l’oreille,
Quand tout se tait.

Si loin sois-tu, l’espace ne sépare
Jamais nos pas !
Le soir descend, l’étoile se prépare.
Que n’es-tu là !

***

NAHE DES GELIEBTEN

Ich denke dein, wenn mir der Sonne Schimmer
Vom Meere strahlt;
Ich denke dein, wenn sich des Mondes Flimmer
In Quellen malt.

Ich sehe dich, wenn auf dem fernen Wege
Der Staub sich hebt;
In tiefer Nacht, wenn auf dem schmalen Stege
Der Wandrer bebt.

Ich bore dich, wenn dort mit dumpfem Rauschen
Die Welle steigt.
Im stillen Haine geh ich oft zu lauschen,
Wenn alles schweigt.

Ich bin bei dir, du seist auch noch so ferne,
Du bist mir nah !
Die Sonne sinkt, bald leuchten mir die Sterne.
O wärst du da !

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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Je suis semblable à la licorne (Thibaut de Champagne)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Je suis semblable à la licorne
Qui contemple, fascinée,
La vierge que suit son regard.
Heureuse de son tourment,
Elle tombe pâmée en son giron,
Proie offerte au traitre qui la tue.
Ainsi de moi, je suis mis à mort.
Amour et ma dame me tuent.
Ils ont pris mon coeur, je ne peux le reprendre.

Dame, quand je fus pour la première fois
Devant vous, quand je vous vis,
Mon coeur si fort tressaillit
Qu’il est resté auprès de vous quand je partis.
Alors il fut emmené sans rançon
Et enfermé dans la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Les portes, de contemplation,
Et les chaînes, de bon espoir.

Amour a la clef de la prison,
Il la fait garder par trois portiers :
Beau visage a nom le premier,
Beauté exerce ensuite son pouvoir ;
Obstacle est mis devant l’entrée,
un être sale, félon, vulgaire et puant,
Plein de malveillance et de scélératesse.
Ces gardiens rusés et rapides
Ont tôt fait de se saisir d’un homme !

Qui pourrait supporter les brimades
Et les assauts de ces geôliers ?
Jamais Roland ni Olivier
Ne remportèrent de si rudes batailles.
Ils triomphèrent, les armes à la main,
Mais ceux-là, seule Humilité peut les vaincre
Dont Patience est le porte-étendard.
En ce combat dont je vous parle,
Il n’est d’autre recours que la pitié.

Dame, je ne redoute rien tant
Que de manquer à vous aimer.
J’ai tant appris la souffrance
Qu’elle m’est liée tout entier à vous.
Et même, s’il vous déplaisait,
Je ne pourrais renoncer à vous
Sans emporter au moins mes souvenirs.
Mon coeur, lui, restera en prison,
Et peut être moi-même…

(Thibaut de Champagne)

 

 

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Sortilèges (Bernard Dimey)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2018



Licorne_loin

Dans les jardins de ma mémoire,
Sur les eaux calmes d’un étang
Où les licornes viennent boire
J’ai vu tes yeux se reflétant.
J’en redoute les sortilèges
Et ne m’approche qu’en tremblant
Pour mieux me laisser prendre au piège
Que j’ai redouté si longtemps.

Au jardin de la Mandragore
Je m’aventure chaque nuit,
Me promenant jusqu’à l’aurore
Malgré ton ombre qui me suit.
L’oiseau phénix au vol superbe
Peut disparaître et revenir,
Ses cendres répandues dans l’herbe
De toi me font ressouvenir.

Au jardin bleu des espérances
J’ai vu danser les paons de nuit
Sur les arpèges du silence
Où vient se perdre mon ennui.
Mais au premier souffle de brise
Le son de ta voix me revient
Et le songe soudain se brise,
De notre amour ne reste rien.

(Bernard Dimey)

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Elle n’est plus que du silence (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Cécile Mendousse
    
Elle n’est plus que du silence
Tremblant à la pointe d’un cil,
Son être tient dans une larme
Et voudrait que cela suffit.

Comprenez-vous qui je désigne
Et je redoute de nommer?

Je pense à la pauvre Marie
Sans corps maintenant et sans yeux
Réduite à ce point lumineux
Derrière quelles jalousies

De bois peint ni de fer non plus,
Mais de ciel pur, de modestie.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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