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Poésie

Posts Tagged ‘redouter’

La peur de la mort (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



 

Illustration: Fred Einaudi
    
La peur de la mort

La Mort à son gré se promène dans nos vies, douce Mort
qui s’affaire à chaque souffle.
Pourquoi la redouter ? Voyez comme elle rit,
son visage est la rose de lumière d’une grâce enjouée !
Une aimante et charmante vierge cueillant des fleurs
dans un jardin embaumé, frais des ondées printanières,
telle est la chose que vous craignez, une jeune et radieuse tourière
qui ouvre à nos âmes les mondes de lumière.
Est-ce parce que la branche tordue doit souffrir
quand les plus tendres mains lui dérobent sa gloire ?
Est-ce parce que la tige sans fleur retombe, ternie
et blême, qui naguère fut si belle ?
Ou est-ce le grincement affreux quand s’ouvre le portail
qui vous ébranle, faibles âmes sans courage ?
La mort n’est que le changement de nos robes pour attendre
en habits de noce à la porte de l’Éternel.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Que m’est odieuse la lumière des monotones étoiles (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Que m’est odieuse la lumière
Des monotones étoiles !
Salut, mon ancien délire,
Du clocher l’essor ogival !

O change-toi, pierre, en dentelle,
Et deviens toile d’araignée !
Que le torse vide du ciel
S’ouvre à ton aiguille aiguisée !

Mon tour aussi viendra de m’élancer.
Je sens déjà l’essor d’une aile.
Mais vers quel but, de la vive pensée,
La flèche s’envolera-t-elle ?

Ou bien je serai de retour,
Ayant mon temps et ma route épuisé.
Ici je redoute l’amour,
Là-bas je n’ai pas pu aimer…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vincent Van Gogh

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Ce n’est pas le manque de richesses qui est à redouter (Guanzi)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2019



Illustration:Paul Baringou
    
Ce n’est pas le manque
de richesses qui est
à redouter sous le ciel,
C’est l’absence de partage.

(Guanzi)

 

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Amour (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Amour

Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts;
et comme mon coeur idéaliste te pleure.
Mes calices attendent tous ouverts
tes hosties d’automne et tes vins d’aurore.

Amour, croix divine, abreuve mes déserts
de ton sang d’astres qui rêve et qui pleure.
Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts
qui redoutent et désirent tes larmes d’aurore!

Amour, je ne t’aime pas quand tu es distant
balançant entre tes fards de joyeuse bacchante,
et tes traits fragiles et fades de femme.

Amour, viens sans chair, d’un ichor qui étonnera;
et que moi, comme un Dieu, je sois l’homme
qui aime et engendre sans plaisir sensuel!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les taches brunes (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Les taches brunes,
sur les mains, on
les nomme fleurs

de cimetière — ne
les redoute pas. Ces
ombres chaque jour

plus présentes, vois-les
comme des petites
feuilles que les
automnes, tendrement,

posent peu à peu sur
ta peau, rappelle-toi
la femme paisible

qui laissait filer
sa laine, entre ses doigts
piqués des mêmes
taches brunes.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le Silence (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


silence

Le Silence est tout ce que nous redoutons.
Il y a de la Rançon dans une Voix –
Mais le Silence est l’Infini.
Pas même ne possède un visage.

***

Silence is all we dread.
There’s Ransom in a Voice –
Nut Silence is Infinity.
Himself have not a face.

(Emily Dickinson)

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Don aveugle, don stérile (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



 Alexandre Pouchkine   
    
Don aveugle, don stérile,
Vie, pourquoi m’es-tu donnée,
Toi qu’une puissance hostile
Au supplice a condamnée?

Quel dessein que je redoute
M’a fait naître du néant,
M’a rongé l’esprit de doute,
Brûlé de passion le sang?

J’erre ainsi sans but au monde,
Sans pensée et sans amour,
Dans l’ennui poignant où gronde
L’uniforme bruit des jours.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Qui était-il que pensait-il (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration
    
qui était-il que pensait-il

à quoi occupait-il son temps
alors qu’il le passait à ne rien faire

enfermé dans sa cellule
il ne parlait pas

son temps
il le passait à attendre

attendre que les années
d’hiver le labourent

qu’elles le dépouillent le ravinent
le réduisent à son noyau

comment le rejoindre
là-bas
en ce lointain obscur

comment le délivrer
et me délivrer

sans fin il retire
ce bâillon qui lui est
aussitôt réappliqué

de lui ne me parviennent
que des plaintes
à peine audibles

parce qu’il est muselé
sa rage va croissant

j’appelle l’instant
où il pourra
se libérer
et me libérer

je redoute l’instant
où son cri
trop longtemps retenu
va me traverser
me faire voler en éclats

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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La douleur te tient (Guy Cloutier)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018


douleur

La douleur te tient
au plus pauvre de toi-même
c’est d’elle que tu reçois les mots
qui vont t’enfanter.

Rejoins-toi
sur ces terres défoncées d’où tu as si mal à revenir.

Ca remonte à la surface ça effleure
cette vie à l’intérieur de la vie
qui n’a rien à redouter.

Ni du temps.

Ni de la mort.

(Guy Cloutier)

Site de l\’Auteur Guy Cloutier

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