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Ballade des dames du temps jadis (François Villon)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018




Ballade des dames du temps jadis

Dites-moi où, n’en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiadès ni Thaïs
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine…
Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïs
Pour qui châtré fut et puis moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au plat pied, Biétrix, Alix,
Aremburgis qui tint le Maine
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ?
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, n’enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu’à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?

***

Dictes moy où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Heloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?
Pour son amour eut cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jetté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ;
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan !

Prince, n’enquerrez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’anten ?

(François Villon)

 

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Refrains mélancoliques (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2018



 

Alexander Akilov 859120_n

Refrains mélancoliques

A STÉPHANE MALLARMÉ

I

O l’ineffable horreur des étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s’alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d’émeraude glissent !

Car les vieilles amours s’éveillent sous les fleurs,
Et les vieux souvenirs, sous le vent qui circule,
Soulèvent leurs soupirs, échos vagues des pleurs
De la mer qui murmure en le lent crépuscule.

II

O l’indicible effroi des somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s’en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves.

Car les vieilles amours s’engouffrent sous leurs flots
Et les vieux souvenirs râlant sous la rafale
Dans la nuit qui s’emplit de sonores sanglots
Se laissent étrangler par la Mort triomphale.

III

J’ai demandé la mort aux étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s’alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d’émeraude glissent.

Mais oh ! les revoici, les mêmes avenirs !
Les étés ont relui sur la terre ravie,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, pleins d’horreur, sont venus à la vie.

IV

J’ai demandé la vie aux somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s’en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves !

Mais j’ai vu revenir les mêmes avenirs.
Les hivers ont neigé sur le sein de la terre,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, fous d’effroi, sont morts dans le mystère.

V

Toujours vivre et mourir, revivre et remourir.
N’est-il pas de Néant très pur qui nous délivre !
Mourir et vivre, ô Temps, remourir et revivre :
Jusqu’aux soleils éteints nous faudra-t-il souffrir !

(Stuart Merrill)

Illustration: Alexander Akilov

 

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POUR FAIRE UN HOMME (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2018



 

Agim Sulaj 30

POUR FAIRE UN HOMME

Le nom, le prénom, la naissance,
les yeux, la taille, les cheveux,
— avec la blessure d’enfance —
fais-en un homme, si tu veux.

Une mesure d’existence,
de la douleur tassée au creux
de sa poitrine, un coup de chance,
le refrain qu’il chante le mieux.

Et je doute que le mot frère
le fasse un instant s’arrêter
si dans la main gauche il ne serre,

morceau de rouge fait pour mordre
loin de la patente et de l’ordre,
un témoin de sa liberté.

(Axel Toursky)

Illustration: Agim Sula

 

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Ça fait rir’ les oiseaux (La Compagnie Créole)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



passion

Ça fait rir’ les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil.
Ça fait rir’ les oiseaux
Et danser les écureuils.
Ça rajoute des couleurs
Aux couleurs de l’arc-en-ciel.
Ça fait rir’ les oiseaux,
Oh, oh, oh, rir’ les oiseaux
Ça fait rir’ les oiseaux,
Oh, oh, oh, rir’ les oiseaux.

Une chanson d’amour,
C’est comme un looping en avion :
Ça fait battre le cœur
Des filles et des garçons.
Une chanson d’amour,
C’est l’oxygèn’ dans la maison.
Tes pieds n’touch’nt plus par terre.

T’es en lévitation.
Si y a d’ la pluie dans ta vie,
Le soir te fait peur.
La musique est là pour ça.
Y a toujours une mélodie
Pour des jours meilleurs.
Allez, tape dans tes mains :
Ça porte bonheur.
C’est magique, un refrain
Qu’on reprend tous en chœur.

Ça fait rir’ les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil.
Ça fait rir’ les oiseaux
Et danser les écureuils.
Ça rajoute des couleurs
Aux couleurs de l’arc-en-ciel.
Ça fait rir’ les oiseaux,
Oh, oh, oh, rir’ les oiseaux.

T’es revenu chez toi
La tête pleine de souvenirs :
Des soirs au clair de lune,
Des moments de plaisir.
T’es revenu chez toi
Et tu veux déjà repartir
Pour trouver l’aventure
Qui n’arrête pas de finir.
Si y a du gris dans ta nuit,
Des larmes dans ton cœur.
La musique est là pour ça.
Y a toujours une mélodie
Pour des jours meilleurs.
Allez, tape dans tes mains :
Ça porte bonheur.
C’est magique, un refrain
Qu’on reprend tous en chœur

Ça fait rir’ les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil.
Ça fait rir’ les oiseaux
Et danser les écureuils.
Ça rajoute des couleurs
Aux couleurs de l’arc-en-ciel.
Ça fait rir’ les oiseaux,
Oh, oh, oh, rir’ les oiseaux

Ça fait rir’ les oiseaux.
Ça fait chanter les abeilles.
Ça chasse les nuages
Et fait briller le soleil.
Ça fait rir’ les oiseaux
Et danser les écureuils.
Ça rajoute des couleurs
Aux couleurs de l’arc-en-ciel.
Ça fait rir’ les oiseaux,
Oh, oh, oh, rir’ les oiseaux

(La Compagnie Créole)

 

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La jeune châtelaine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Alexandr Sulimov -    (3)

La jeune châtelaine

« Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.  »
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur.  »
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux. »
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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VILLONELLE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



VILLONELLE

Dis-moi quelle fut la chanson
Que chantaient les belles sirènes
Pour faire pencher des trirèmes
Les Grecs qui lâchaient l’aviron

Achille qui prit Troie, dit-on,
Dans un cheval bourré de son
Achille fut grand capitaine
Or, il fut pris par des chansons
Que chantaient des vierges hellènes
Dis-moi, Vénus, je t’en supplie
Ce qu’était cette mélodie.

Un prisonnier dans sa prison
En fit une en Tripolitaine
Et si belle que sans rançon
On le rendit à sa marraine
Qui pleurait contre la cloison.

Nausicaa à la fontaine
Pénélope en tissant la laine
Zeuxis peignant sur les maisons
Ont chanté la faridondaine !…
Et les chansons des échansons?

Échos d’échos des longues plaines
Et les chansons des émigrants !
Où sont les refrains d’autres temps
Que l’on a chantés tant et tant?
Où sont les filles aux belles dents
Qui l’amour par les chants retiennent?
Et mes chansons? qu’il m’en souvienne !

(Max Jacob)

Illustration: Victor Mottez

 

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LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT… (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Marc Chagall

    

LES P’TITS OISEAUX CHANTAIENT TROP FORT…

Voilà : ce matin je voulais
Honorer d’un brin de romance
L’éveil des nids pleins d’oiselets
Et le doux printemps qui commence
J’ai débouché mon encrier,
Pris une plume et du papier

Refrain
J’ai voulu faire une chanson
Mais tireli tirelirette
Dans mon champ rempli de moisson
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantaient trop fort (bis)

Au bout des vers de ma chanson
Tombèrent d’un vol unanime
Fauvette, bouvreuil et pinson
Dont le bec pilla chaque rime
Et leur refrain assourdissant
Étouffa le mien en passant.

Ainsi ce soir auprès de vous
Froissant nerveusement des roses
Je cherche les mots les plus doux
Pour vous dire certaines choses
J’en trouve trop… qui sont très bien
J’ouvre la bouche et ne dis rien.

Refrain final
Je voudrais vous causer d’amour
Mais tireli tirelirette
Dans mon coeur qu’enfête le jour
Mais tireli tirelirette
Les p’tits oiseaux chantent si fort (bis).

(Gaston Couté)

 

 

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Tendre regret (anonyme eskimo)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018


repro_vallee_d_1000_soleils

J’ai brûlant regret de tous les soleils
Soleils des matins où rit ton sommeil
Soleils des adieux où luit le chagrin
Soleils de nos nuits aux tendres refrains
Mille vies
Mille envies
Soleil de ma vie

(anonyme eskimo)

Illustration

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Paysages (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Don Hong-Oai  005

Paysages

Derrière le visage et le geste
Les êtres taisent leur réponse
Et la parole dite alourdie
De celles qu’on ignore ou qu’on tait
Devient trahison

Je n’ose parler des hommes je sais si
Peu de moi

Mais le Paysage

Livré à mes yeux pour son reflet qui
Est aussi son mensonge glisse dans
Mes mots j’en parle sans remords
Reflet qui est moi-même et le visage
Des hommes mon unique tourment

Je parle de Désert sans quiétude
Sillonné des tourmentes du vent
Soulevé aux entrailles
Aveuglé de ses sables
Laissé aux solitudes sans toit
Jaune comme la mort
Qui parchemine
Face contre le soleil

Je parle
Des pas de l’homme si rares
En son aridité
Mais chéris comme le refrain
Jusqu’à l’autre passage
Du vent jaloux

Et de l’oiseau si rare
Qui de son ombre fuyante
Panse les blessures que donne le soleil

Et de l’arbre et de l’eau
Que l’on nomme Oasis
Du nom d’une femme aimée

Et je parle de la Mer rapace qui reprend
Les coquillages aux grèves
Les vagues aux enfants

Mer sans visage
Au cent visages de noyés
Qu’elle enroule d’algues
Rend glauques et glissants
Comme les bêtes marines

Mer insensée telle une histoire sans fin
Détachée de l’angoisse
Pleine de contes de mort

Et je parle de vallées ouvertes
Aux pas fertiles de l’homme
Au désordre de la fleur
De cimes confinées

De montagnes de clarté
Que dévore la fauve course des sapins

Et des sapins qui savent
L’accueil des lacs
La noirceur des sols
Et les sentiers qui errent

Echos de ces visages
Qui hantent nos matins.

(Andrée Chedid)

Illustration: Don Hong-Oai

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Je sais un lieu où l’Été lutte (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018



Je sais un lieu où l’Été lutte
Contre un Gel si expert —
Que — tous les ans — ramenant ses Pâquerettes —
Elle note en bref — «Perdues» –

Mais quand le Vent du Sud éveille les Étangs
Et se démène sur les chemins —
Son Cœur La trahit, touchant Son Serment —
Et dans le giron Adamantin

Elle verse de doux Refrains —
Des épices — et la Rosée —
Qui sans bruit se fige en Quartz —
Sur son Chausson Ambré —

***

I know a place where Summer strives
With such a practised Frost —
She — each year — leads her Daisies hack —
Recording briefly — « Lost » —

But when the South Wind stirs the Pools
And struggles in the lanes —
Her Heart misgives Her, for Her Vow —
And she pours soft Refrains

Into the lap of Adamant —
And spices — and the Dew —
That stiffens quietly to Quartz —
Opon her Amber Shoe —

(Emily Dickinson)


Illustration

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