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Posts Tagged ‘refroidir’

UN DÉSIR D’ODYSSÉE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021




    
UN DÉSIR D’ODYSSÉE

Relever la parole ancienne
Ranimer les mots refroidis
Fermente aux lèvres un nouveau chant
Embrasements ? non, embrasures
Où sur la fresque de midi
S’éploie un désir d’odyssée

Un désir d’odyssée
Par les routes imprononcées
Par les routes jamais écrites
Par les mers encore inchantées

Par les lagunes innommées
Et les déserts indénombrés
Par les chemins non murmurés
Un désir d’odyssée
Par les vents à réinventer
Les orages inéclatés
Les azurs à revisiter

Par les prodiges improclamés
Les sirènes à réenchanter
Sur le portulan des légendes

Un désir d’odyssée
Par les îles inépelées
Et les embruns imbalbutiés
Des vagues jamais chuchotées

Un désir d’odyssée
Vers le lieu ou l’Improféré
Sibylle des mots à venir
Guette en sa grotte improfanée
Le poète qui, d’un baiser
Sur sa bouche délivrera
Les oracles inapaisés.

(Jacques Lacarrière)

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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MÉTAPHYSIQUE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
MÉTAPHYSIQUE

La tasse de café devant lui, il allume
une cigarette. Ne veut rien savoir de l’inspiration
des vers de hasard, des destinations aussi vagues
que le cours des fleuves. Il est probable
que le temps ne l’effraie pas; que la mort
ne soit, pour lui, pas davantage qu’une
idée sans réalité visible ; que
ses yeux ne laissent rien transparaître
qu’une vie abstraite coïncidant
avec l’âme. Parfois, il pense à répondre
aux questions qui lui sont posées. Mais
il ajourne ces moments. Il préfère maintenir
la silencieuse obstination du présent,
comme s’il durait, et que le café
n’avait pas refroidi dans sa tasse.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Ma Normandie (Frédéric Bérat)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Ma Normandie

Quand tout renaît à l’espérance,
Et que l’hiver fuit loin de nous,
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l’hirondelle est de retour,
J’aime à revoir ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour.

J’ai vu les champs de l’Helvétie
Et ses chalets et ses glaciers,
J’ai vu le ciel de l’Italie,
Et Venise et ses gondoliers.
En saluant chaque patrie,
Je me disais : « Aucun séjour
N’est plus beau que ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour. »

Il est un âge dans la vie,
Où chaque rêve doit finir,
Un âge où l’âme recueillie
A besoin de se souvenir.
Lorsque ma muse refroidie
Aura fini, ses chants d’amour,
J’irai revoir ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour.

(Frédéric Bérat)

 

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SEPTEMBRE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



    

SEPTEMBRE

À la fin de septembre les étoiles refroidissent
et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres
J’aimerais que la mer qui voyage sans cesse
m’écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de
mélancolie
où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages verts
une lettre pour l’automne Nous la lirions sous la lampe
parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges
et que l’océan est loin malgré le vent qui nous en parle

J’ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu
et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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FAIM (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration
    
FAIM

La machine débraye. Une poussière lourde
En sort comme un brouillard d’automne qui s’attarde.
Tous ces hommes courbés dont les nuques se tordent
Ils mangent maintenant. Poisseux, fleurant la merde,
Leur linge refroidit, la sueur l’entrelarde.
Midi. Bâfrez du pain, allons passez la gourde !
Pas de mie et pas de minute qui se perde,
Et pas plutôt mordu, la faim veut qu’on remorde.
On ne sait déjà plus rien du temps qui passe outre,
Chaque morsure n’attend pas et mord sur l’autre,
Mais ils mâchent à fond chaque morceau. Leurs rouges
Poumons de paysans boivent, encore valides,
Les miasmes noirs. Mâchant tout ce charbon malade,
Ils mangent. Ces mangeurs ne parlent pas. Ils mangent.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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CHAMP DE MAÏS (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018




    
CHAMP DE MAÏS

Assis dans le mais… j’attends. Mais quoi ? Serait-ce
Le cri de la corneille et le si bel instant
Où la mésange, par son chant,
Fait en sorte qu’il cesse ?

J’aime le tendre azur du soir au souffle frais.
J’en suis tout entouré. Doucement, il m’assaille.
Je pense à toi. C’est un délice. Et je voudrais…
Ceindre ta souple taille.

A présent, je suis seul. Le soleil vient de fuir.
La terre, sous mes pieds, commence à refroidir.
Survolant la sente muette
Ulule la chouette.

Le soleil vient de fuir et j’attends mais en vain.
Je t’attends. Viendras-tu? Reverrai-je tes charmes?
Je pleure sur mon coeur. Tombent de mon chagrin
Quelques secrètes larmes.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Par les soirs bleus (Sergueï Essénine)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Par les soirs bleus, les soirs de lune,
Autrefois j’étais beau et jeune.

Et sans pouvoir s’arrêter tout est
Passé pour ne jamais revenir…

Yeux délavés, coeur refroidi…
Ce bonheur bleu! Ces nuits de lune!

***

(Sergueï Essénine)

 

Recueil: Poèmes 1910-1925
Traduction:
Editions: La Barque

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LE SATYRE ET LE PASSANT (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE SATYRE ET LE PASSANT

Au fond d’un antre sauvage,
Un Satyre et ses enfants
Allaient manger leur potage
Et prendre l’écuelle aux dents.

On les eût vus sur la mousse
Lui, sa femme, et maint petit ;
Ils n’avaient tapis ni housse,
Mais tous fort bon appétit.

Pour se sauver de la pluie,
Entre un Passant morfondu.
Au brouet on le convie :
Il n’était pas attendu.

Son hôte n’eut pas la peine
De le semondre deux fois ;
D’abord avec son haleine
Il se réchauffe les doigts.

Puis sur le mets qu’on lui donne
Délicat il souffle aussi ;
Le Satyre s’en étonne :
« Notre hôte, à quoi bon ceci ?

– L’un refroidit mon potage,
L’autre réchauffe ma main.
– Vous pouvez, dit le Sauvage,
Reprendre votre chemin.

Ne plaise aux Dieux que je couche
Avec vous sous même toit.
Arrière ceux dont la bouche
Souffle le chaud et le froid ! »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Oh vite, rallume la flamme (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Hommage aux anges
[11]

Oh vite, rallume la flamme
avant que refroidisse la substance,

car soudain nous vîmes ton nom
profané ; gredins et imbéciles

ont abusé de toi avec impiété,
Vénus, car vénérien veut dire impur

et Vénus en tant que désir
est vénérienne, luxurieuse,

tandis que la racine même du mot hurle
telle une mandragore quand les sorcières tirent

sur sa tige à minuit,
et mandragora, si rare, est elle-même,

dit-on, pleine de poison,
aliment pour l’antre des sorcières.

[12]

Vite, rallume la flamme,
Aphrodite, nom sacré,

Astarté, coque, espars
d’épaves après perte de ton étoile,

oubliée la lumière au coucher,
oubliée la prière au lever ;

reviens, ô la plus sacrée,
Vénus dont le nom est lié
à vénérer,
vénérateur.

***

O swiftly, re-light the flame
before the substance cool,

for suddenly we saw your name
desecrated; knaves and fools

have done you impious wrong,
Venus, for venery stands for impurity

and Venus as desire
is venereous, lascivious,

while the very root of the word shrieks
like a mandrake when foul witches pull

its stem at midnight,
and rare mandragora itself

is full, they say, of poison,
food for the witches’ den.

Swiftly re-light the flame,
Aphrodite, holy name,

Astarte, hull and spar
of wrecked ships lost your star,

forgot the light at dusk,
forgot the prayer at dawn;

return, O holiest one,
Venus whose name is kin

to venerate,
venerator.

(Hilda Doolittle)

Illustration: JeanLéon Gérôme

 

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À CE JOUR (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



À CE JOUR

Quels étaient les mots que j’avais dans le temps ?
tels que : merveilleux ! ardent ! véloce ! heureux ! grand !
verbes : frapper ! choir ! revivre ! flotter ! courir !
Quels sont mes épithètes à ce jour ?
harassé, ralenti, tiède, blême, rigide,
verbes : s’allonger, se faire tremper, s’effilocher,
froidir, refroidir.
Mais moi, toujours. J’existe encore au plus profond.
Derrière la grille je relève le front.

(Anna Hajnal)

Illustration

 

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