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Poésie

Posts Tagged ‘refuge’

Mourir d’aimer (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2018




    

Mourir d’aimer

Les parois de ma vie sont lisses
Je m’y accroche mais je glisse
Lentement vers ma destinée
Mourir d’aimer

Tandis que le monde me juge
Je ne vois pour moi qu’un refuge
Toute issue m’étant condamnée
Mourir d’aimer

Mourir d’aimer
De plein gré s’enfoncer dans la nuit
Payer l’amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l’esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d’aimer

Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d’aimer

Partir en redressant la tête
Sortir vainqueur d’une défaite
Renverser toutes les données
Mourir d’aimer

Mourir d’aimer
Comme on le peut de n’importe quoi
Abandonner tout derrière soi
Pour n’emporter que ce qui fut nous, qui fut toi

Tu es le printemps, moi l’automne
Ton cœur se prend, le mien se donne
Et ma route est déjà tracée
Mourir d’aimer
Mourir d’aimer
Mourir d’aimer

(Charles Aznavour)

 

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Refuge (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

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Refuge

Il est du moins au-dessus de la terre
Un champ d’asile où monte la douleur ;
J’y vais puiser un peu d’eau salutaire
Qui du passé rafraîchit la couleur.
Là seulement ma mère encor vivante
Sans me gronder me console et m’endort ;
O douce nuit, je suis votre servante :
Dans votre empire on aime donc encor !

Non, tout n’est pas orage dans l’orage ;
Entre ses coups, pour desserrer le coeur,
Souffle une brise, invisible courage,
Parfum errant de l’éternelle fleur !
Puis c’est de l’âme une halte fervente,
Un chant qui passe, un enfant qui s’endort.
Orage, allez ! je suis votre servante :
Sous vos éclairs Dieu me regarde encor !

Béni soit Dieu ! puisqu’après la tourmente,
Réalisant nos rêves éperdus,
Vient des humains l’infatigable amante
Pour démêler les fuseaux confondus.
Fidèle mort ! si simple, si savante !
Si favorable au souffrant qui s’endort !
Me cherchez-vous ? je suis votre servante :
Dans vos bras nus l’âme est plus libre encor

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Gleb Nazarov

 

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JAMAIS (Jules Romains)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

JAMAIS

Jamais ne fut pareille solitude
Depuis que l’homme est sorti de ses bois.
Ilot cerné par une mer sans voiles
L’esprit connaît que l’horizon s’est tu.

Chacun là-bas, blotti dans son refuge,
Respire à peine et tremble de penser.
Le monde est fait de lèvres qui se figent
Et de regards peureusement baissés.

C’est chaque nuit qu’avant la prime aurore
Le compagnon est renié trois fois.
Les amitiés, les serments et les fois
Croulent, et le chaos crève de rire.

(Jules Romains)

 

 

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Ma vivante statue (Bruno Mabille)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Illustration
    
Ma vivante statue
plus vivante que moi

parce qu’un peu de vous
a trouvé dans la pierre
son refuge
mes mains se plaisent
à la caresse

et je m’éprends de votre froideur

jusqu’à entendre de vos lèvres
le chant de celle qui s’abandonne.

(Bruno Mabille)

 

Recueil: A celle qui s’avance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que suis-je venue faire en ce monde (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Illustration: Adèle Vergé

    

Que suis-je venue faire
en ce monde
dont j’ignore
l’origine et le sens

Quelle réalité se dissimule
derrière les apparences

Personne ne trouve refuge
en l’autre

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je vous écris d’un pays pesant (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



Aussi belle que la main de l’aimée
sur la mer.
Aussi seule.

J’écris pour vous.
La douleur est un coquillage.
On y écoute perler le cœur.

J’écris pour vous,
au seuil de l’idylle,
pour la plante aux feuilles d’eau,
aux épines de flammes,
pour la rose d’amour.
J’écris pour rien,
pour les mots luisants
que trace ma mort,
pour l’instant de vie
éternellement dû.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le signe.
Aussi seule.

J’écris pour tous.
Je vous écris d’un pays pesant
comme les pas du forçat,
d’une ville pareille aux autres
où les cris camouflés
se tordent dans les vitrines;
d’une chambre où les cils ont détruit,
petit à petit, le silence.
Vous êtes, destinatrice prédestinée,
ma raison d’écrire;
l’inspiratrice joyeuse du jour et de la nuit.

Vous êtes le col du cygne assoiffé d’azur.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur les yeux.
Aussi douce.

Je vous écris avec la chair des mots accourus,
haletants et rouge.
C’est bien vous qu’ils entourent.
Je suis tous les mots qui m’habitent
et chacun d’eux vous magnifie avec ma voix.
J’ai besoin de vous pour aimer,
pour être aimé des mots qui m’élisent.
J’ai besoin de souffrir de vos griffes
afin de survivre aux blessures du poème.
Flèche et cible, alternativement.
J’ai besoin d’être à votre merci
pour me libérer de moi-même.
Les mots m’ont appris à me méfier
des objets qu’ils incarnent.
Le visage est le refuge des yeux pourchassés.
J’aspire à devenir aveugle.

Aussi belle que la main de l’aimée
sur le sourire de l’enfant.
Aussi transparente.

(Edmond Jabès)

Illustration: William-Adolphe Bouguereau

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Bleu (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



    

Bleu, dit-elle, sur le chemin, est le dernier refuge avant la lumière.
Mais comment donc se rapprocher, près du diamant, de ceux qui le confondent
avec le moindre éclat qui brille ?

Il faudrait partager l’écart.
Et l’ignorance.
Et le silence.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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AVOIR (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018



Oleg Korolev - (57)

AVOIR

Je puise un fleuve à la fontaine
Je traîne un désert dans la ville
J’ai un émetteur de mirages
Où s’affranchissent les esclaves
Dès qu’ils boivent de mon eau

J’ai des ombres qui lessivent
Dans les étoiles des lavoirs
Toutes les traces de sang d’homme
Le sang des femmes des enfants
Je n’ai rien pour l’effacer

J’ai des remords un peu partout
J’ai des larmes dans les yeux
J’ai un recueil de désespoirs
D’un temps dont j’ai séché les fleurs

J’ai des refuges secrets
Pour les ennemis de la misère
J’ai des lieux de réunions sûrs
Pour les conjurés

J’ai un choeur de neuf sibylles
Pour prédire le beau temps
J’ai des observatoires
Pour le monde nouveau

J’ai des formules de pacte
Pour lier l’homme à ses semblables
Et des oubliettes absolues
Pour tous les parjures

J’ai des lampes pour déchiffrer
Les faux contre l’homme
J’ai assez d’amour
Pour supporter la vie

J’ai dans mon paradis
Les battements de cils
Qui arrêtent les larmes
Des femmes indomptables
Sous l’humble tablier
Dans leur patience d’ange
Mortes en captivité

J’ai un pape dans mes étables
Des rois des banquiers des faux frères
J’attends un fleuve salutaire
Pour nettoyer toute la terre

J’ai un phare qui éclaire
Si loin le profond avenir
Qu’on voit même les plus humbles
Devenir les égaux des plus grands

(Ernest Delève)

Illustration: Oleg Korolev

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Pas un refuge (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018




    
Pas un refuge
pour reprendre haleine, pour

dresser contre le vide
un mur

souffrir, ne plus
souffrir, les contraires maintenant
s’annulent

l’air
attaque avec ses couteaux.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard

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DISPERSÉ (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
DISPERSÉ

Mais que devient-elle,
Où donc êtes-vous,
Que devient le ciel
Qui nous vit un jour?

Que devient la joue
De cette enfant rouge
Que nous dépassâmes
En nous retournant ?

Et votre belle main,
Refuge de vous-même,
Que la cachez-vous
Sous un souvenir
Qui n’est pas de nous ?

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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