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Posts Tagged ‘réfugié’

L’EXODE (Max Elskamp)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Francine Mayran-Hertzog l'_exode-80x100

L’EXODE

C’est la misère qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues,
Parce qu’on n’en pouvait parler,

C’est notre âme de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant les jours dont l’amertume,
Au fond du coeur nous est restée,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes brûlaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route,
Où pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encore vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil?

Choses du ciel et de la mer,
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encore vous souvient-il,
-Nous avons eu froid si souvent –

Frères des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent?

Toits de toile, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
-Frères, nos coeurs étaient si lourds-

De nos rancoeurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours?

(Max Elskamp)

Illustration: Francine Mayran-Hertzog

 

 

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Colère (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Igor Morski  1df7e9

Colère que saupoudre le soleil criblé
s’égouttant en traits gluants
SUBSISTE
mon poème
rempart
où le réfugié abrite ses dernières hardes
et attise son dernier souffle
gros d’un ENFANTEMENT SUBVERSIF
Désormais
vos balles ne font plus peur
et je vais à l’ombre de vos mitraillades
BOUFFER MA COLÈRE VÉGÉTALE

(Tahar Djaout)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Igor Morski 

 

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ETONNEMENT CAPTIF (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



ETONNEMENT CAPTIF

Réfugié à l’ombre
au milieu des fleurs et des herbes,
je construis une île

J’unis la branche aux rivages
Et quand disparaissent
les ports et noircissent les lignes

Je revêts l’étonnement captif
De l’aile des papillons

Derrière la forteresse
des épis et la lumière
dans la patrie de la fragilité.

(Adonis)

 

 

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Dompteuse (Adeline Baldacchino)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2016



Dompteuse

J’ai appris aujourd’hui
que quelque part dans le monde
des papillons buvaient
des larmes de tortue

Le ciel était couleur d’effroi
ce soir
l’écriture ne sert qu’à
dompter la peur

Il n’y a pas de lieu
ni pour jeter l’ancre aux étoiles
ni pour attendre le jour filant
pas de lieu pour ne pas errer

Ce qui demeure au final
du désir et de la sagesse
n’est que peu de chose
invisible dans le noir

Et je continuerai de boire
au bercail de la nuit
réfugiée dans le goutte à goutte
des songes.

(Adeline Baldacchino)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 Illustration

 

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À PRÉSENT tu n’as plus, mon coeur, ce vol (José Àngel Valente)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2015




À PRÉSENT tu n’as plus, mon coeur, ce vol
qui t’emportait vers les plus hautes cimes.

Tu bats, rampant, parmi les feuilles sèches
du jaune automne.

Et jusqu’à quand dans ta secrète larve ?

Renaîtras-tu dans le matin
pour respirer le froid de l’air
où il y a un oiseau ?
L’entends-tu ?

Il chante tout en haut, sur les cimes
comme toi, comme alors.

Tu n’es qu’un battement réfugié dans l’obscur.

À cet oiseau que tu as été tu dédies ce chant.

***

AHORA no tienes, corazôn, el vuelo
que te llevaba a las màs altas cumbres.

Lates, reptante, entre las hojas secas
del amarillo otono.

Y hasta cuàndo en la secreta larva de ti ?

Volveràs a nacer en la maniana,
a respirar la frialdad del aire
donde hay un pàjaro ?
Lo oyes ?

Canta arriba, en las cimas,
como tù, como entonces.

Tù eres solo latir cobijado en lo oscuro.

Al pàjaro que fuiste dedicas este canto.

(José Àngel Valente)

 

 

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