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Poésie

Posts Tagged ‘regard’

Tu as erré (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018




    
tu as erré
souvent perdu pied
connu des heures
d’épouvante

tu allais crever là
sans avoir rien compris
rien vécu rien accompli

crever de n’avoir pu
te faire naître

un jour
le chemin
s’est ouvert

tu n’as plus fait
que marcher
et au sortir
de la forêt
ayant vaincu
la peur
un autre regard
t’a été donné

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.
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Nous mourrons lentement (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustav Klimt  
    
— Nous mourrons lentement. Je meurs dès aujourd’hui.
Mon regard éperdu va perdre sa lumière,
Ma voix d’enfant, ma voix pâlira la première,
Mon rire, mon sourire et l’amour avec lui.

Dis ! quel amour futur, simple frère du nôtre,
Goûtera la fraîcheur de tout ce qui nous plut ?
Qui sentira brûlants, quand nous ne serons plus,
Les vers qu’entre nos bras nous fîmes l’un pour l’autre ?

Périr ! Et le savoir ! N’attendre que l’effroi !
Regarde s’étoiler mes jeunes doigts funèbres.
Je touche en me haussant les ailes des ténèbres.
Par quel matin d’hiver crierai-je que j’ai froid ?

Aurore qui grandit, crépuscule qui tombe,
Sur mon être au linceul, déjà presque enterré,
Les orgues rugiront du ciel : Dies Irae!
Et les fleurs de mon lit me suivront sur la tombe.

Non ! Pas encor ! Ce soir nous exalte en sursaut !
Ferme sur toute moi, sur moi, ton bras qui tremble!
Nos deux corps, nos deux cœurs, nos deux bouches ensemble!
Ah! je vis !… Tout est chaud ! Tout est chaud ! Tout est chaud !

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Post-scriptum (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Post-scriptum

Dieu qu’elle était fessue la petite serveuse
flattée d’un ceinturon qui lui bridait la taille
marchant à petits pas pour franchir le portail
peinant du poids des yeux sur ses formes pulpeuses.

lorsqu’elle revenait le plateau fier et haut
on attendait déjà l’instant qu’elle se tourne
qu’elle se penche un peu pour souligner ses courbes
et le désir croissait en descendant le dos

le regard s’attachait devinait des promesses
imaginait l’endroit où poser les caresses
se perdait dans l’espoir d’une autre découverte

mais déjà d’un pied ferme elle était repartie
laissant les yeux avides et inassouvis
se heurter à la porte laissée entrouverte

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

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Le Temps réconcilié (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



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Le Temps réconcilié

1.

Entre deux toits
Le bleu
Comme un appel de colombe

La lucarne

Seul regard
Pour toute une vie

Qui rêve de sa vacance

2.

C’était une demeure
D’ici et maintenant

Bousculée par le ciel
Et les erreurs
Du vent

Qui emportait
Nos rêves
Avec fruits et moissons

Qui emportait
Nos rêves
Avec fruits et moissons

C’était une demeure
Du ciel sans frontières

Les murs étaient d’ici
Le ciel était chez lui

Nous y vivions le jour
Connaissions le mot fin

Le temps réconcilié
A sa perte éternelle.

(Hélène Cadou)

 Illustration: Élie Bernadac

 

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Nos visages (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



    

Nos visages
entre les deux mains de l’obscur

se tournent
vers l’inexplorable.

Le regard s’agrandit
de tout l’espace de la nuit

ou bien dans sa vacance
la nuit s’engouffre-t-elle ?

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

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LENDEMAIN DE FÊTE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Illustration: Beatrice Lotta
    
LENDEMAIN DE FÊTE

Qu’as-tu donc ce matin, chère? Tu n’es pas gaie.
Parce que ta frimousse est un peu fatiguée,
Ta lèvre un peu pâlie et ton front un peu lourd.
Vas-tu me reprocher d’avoir bu trop d’amour?

Laisse là ton miroir où tu me fais la moue.
Que veux-tu, moi qui n’ai point de rose à la joue,
Comme toi je-ne puis être pâle au réveil.
Est-ce ma faute, à moi, si mon cuir peu vermeil,

Lui que le travail tanne et que le soleil dore.
Est plus solide au feu que ta fraîcheur d’aurore?

C’est vrai, tu gardes, toi, les traces de la nuit.
Mais cet air fatigué, tu crois donc qu’il te nuit ?
Non. Je t’aime encor mieux en ta paresse lasse,
Et ta défaite, enfant, te donne plus de grâce.

Sur tes lèvres de fraise, où courait un sang pur,
L’âpre fièvre a passé comme un glacis d’azur;
Et mes baisers ardents, qui les ont calcinées,
Font de ces roses des violettes fanées.

La pâleur de ton front mystérieux me plaît.
Ton visage aujourd’hui semble pétri de lait.
Le noir qui sous tes yeux met son estompe brune
Est comme un chaud nuage à l’entour de la lune.

Reste! je t’aime ainsi, quand ton regard mouillé
A l’air d’un fou qui rêve et dort tout éveillé,
Quand ton corps alangui s’abandonne à ta hanche
Comme un beau fruit trop mûr qui fait ployer sa branche,

Quand ta gorge palpite et ne peut s’apaiser.
Quand tu semblés prête à mourir sous un baiser.
Reste! je t’aime ainsi. Reste, ma pauvre chatte.
Pose bien sur mon cœur ta tête délicate,

Enlace-moi de tes deux bras mis à mon cou,
Et dors dans mon giron, chère, dors un grand coup.
Ferme tes yeux, ainsi qu’une fleur son calice.
Dors, je te bercerai, je ferai la nourrice.

Et je fredonnerai, sur des rythmes très lents,
Les chansons que l’on chante aux tout petits enfants.

(Jean Richepin)

 

 

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Parole (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




    
Parole est bonne souvent,
et tous ces regards bleus
d’amis-amants où puiser
l’apaisé large de la mer,
un souffle de plénitude.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
Nous mettons nos pieds nus dans l’eau du rêve,
Elle est tiède, on ne sait si c’est l’éveil
Ou si la foudre lente et calme du sommeil
Trace déjà ses signes dans des branches
Qu’une inquiétude agite, puis c’est trop sombre
Pour qu’on y reconnaisse des figures
Que ces arbres s’écartent, devant nos pas.
Nous avançons, l’eau monte à nos chevilles,
Ô rêve de la nuit, prends celui du jour
Dans tes deux mains aimantes, tourne vers toi
Son front, ses yeux, obtiens avec douceur
Que son regard se fonde au tien, plus sage,
Pour un savoir que ne déchire plus
La querelle du monde et de l’espérance,
Et qu’unité prenne et garde la vie
Dans la quiétude de l’écume, où se reflète,
Soit beauté, à nouveau, soit vérité, les mêmes
Étoiles qui s’accroissent dans le sommeil.

(Yves Bonnefoy)

 

 

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L’aveu (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018




    
L’aveu

Le sort en est jeté, le sort irrévocable !
Je romprai ce silence étrange qui m’accable !
Enfin, je lui dirai : Je vous adore ! Oui,
Je vous adore ! Au fond de mon cœur ébloui
Resplendit, comme au mur d’un temple, votre image !
Vous êtes la Déesse à qui je rends hommage.
La nuit, en chaque rêve, à chaque instant, le jour,
Comme un encens vers vous monte mon pur amour !
Je vous adore, chère, et puis, je vous adore !
Ton regard est un ciel, ton sourire une aurore !…
– Elle est venue hier et, timide, interdit,
Comme ivre de son charme, hélas ! je n’ai rien dit.

(Albert Lozeau)

 

 

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IL N’Y A PLUS QUE ÇA À FAIRE (Yves Artufel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



    

IL N’Y A PLUS QUE ÇA À FAIRE

Tes yeux bleu cigale à présent
sont enfouis dans l’étang des regards oubliés
je vais planter ma fleur de détresse
dans ce terreau de tous les amours
et la regarder pousser vers l’écorce vide du ciel

(Yves Artufel)

 

 

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