Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘regard’

LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ET MALGRÉ TOUT UN POÈME… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2019



ET MALGRÉ TOUT UN POÈME…

Et malgré tout un poème
Que l’encre ou non soit visible
Dans les cassures rougies !

Ce qu’on appelle son âme,
C’est cela : ce vieux mouchoir
Dans lequel on a saigné,

Dont les doigts distraits se jouent
Le long des haies de banlieue
Piquées de papiers d’école,

Les clefs froides sur la cuisse,
Le dernier rameau de souffle
Pris dans le gel des cohues,

A votre image, à la mienne
Petits hommes des métros
Qui hantons des coffres vides,
Comme un testament perdu,
Et qui parlons de la mort
Au silence, à la poussière,
En craquements superflus…

Mais tout de même un regard
Vers les lointaines demeures !
Mais tout de même un poème
Pour ensemencer l’amour.

(Jean Rousselot)

 

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De son bâton noueux et dur (Jean-Marc Soriano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019




    
De son bâton noueux et dur
Un éleveur mène sa vache vers l’abattoir,
Il la regarde sans tendresse, sans un mot, sans la voir
Comme une chose sans coeur
Alors qu’elle a pour lui le regard du chien.

(Jean-Marc Soriano)

 

Recueil: Une nuit de 7 jours
Traduction:
Editions: Petitfleur

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Etre un étranger (Jean-Marc Soriano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019



Illustration
    
Etre un étranger
Quelque part
N’importe où
N’importe quand
Et pour toujours
Sentir dans le dos des regards noirs
Qui pèsent un âne mort
Et portent des âmes mortes.

(Jean-Marc Soriano)

 

Recueil: Une nuit de 7 jours
Traduction:
Editions: Petitfleur

Posted in poésie, méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Traversée (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019





La Traversée

Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier découpé, noires.
Jusqu’où s’étendent les arbres noirs qui s’abreuvent ici ?
Leurs ombres doivent couvrir le Canada.

Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques.
Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous dépêchions :
Elles sont rondes et plates et pleines d’obscurs conseils.

Des mondes glacés tremblent sous la rame.
L’esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons.
Une souche lève en signe d’adieu une main blême ;

Des étoiles s’ouvrent parmi les lys.
N’es-tu pas aveuglé par de telles sirènes sans regard ?
C’est le silence des âmes interdites.

(Sylvia Plath)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CONDOLÉANCES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2019



 

CONDOLÉANCES

Surtout ne pas revenir en arrière
les regrets sont des anémones
qui n’attendent que le remords
Je préfère les étoiles fidèles
et silencieuses et souveraines
qui sont les regards de la nuit
et les fleurs de mes meilleurs rêves

Doucement comme les loups
j’explore le domaine de chaque jour
et je découvre l’inconnu
je suis sans pitié
pour ce qui est identique
le pas à pas et le pas dans les pas
mais quelqu’un chante une rengaine
toujours plus loin de moi-même
toujours le même

(Philippe Soupault)

Illustration: Audrey Kawasaki

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Union temporaire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Union temporaire

Nos corps se rapprochent l’un de l’autre
Tandis que tu parles à la grève
Déserte et sinistre
Dans les espaces mythiques
De la frayeur et de la démence
Où se joue notre destin

Ton regard de sorcière
Dévoile mon passé
Dans l’au-delà du temps
Ou derrière l’instant présent
Je ferme les yeux pour voir en moi
Mais tu ouvres ton vêtement
D’un seul geste rapide

Halte du vent
L’été répand ses couleurs sur l’herbe
Mais dans la détresse de notre regard
Le navire sombre à l’horizon
Alors qu’au-dessus du rivage
Le ciel écarte ses nuages
Pour laisser sortir
Un peu de soleil
Pour une courte bénédiction

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Fuchs Ernst

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Obsession du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Obsession du temps

Jamais ne se cicatrisent
Du temps les blessures
Je succombe
Aux heures d’ennui
Dont le venin s’instille en moi
Minute par minute
Au rythme régulier
Et lancinant
Du balancier
Et mon regard
Suit
Inlassablement
Hypnotisé
Le disque de cuivre
Ciselé
Qui oscille
Dans les entrailles
De l’horloge
De ma grand-mère
Qui tousse.

(Jean-Baptiste Besnard)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pas d’ouverture, de trouée (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019



Illustration : Pierre Faure
    
Pas d’ouverture, de trouée,
aucune perspective ouverte,
nul signe à capter…

Ce n’est pas faute
d’avoir tant que j’ai pu, de pas en pas,
tenté le diable, ouvert les yeux,
tendu les bras…

Mais pas de point lumineux,
je me souviens.
Pas avancé d’un pas.
Regard fixé là-devant,
en aveugle.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fin (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



Regards rivés au même objet
Mais pour toi comme pour moi je ne sais quoi
prenait fin en ce début d’après-midi

(Tawara Machi)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :