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Poésie

Posts Tagged ‘regard’

Pénétrer cette perte (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Ce que tu vois
n’a aucune importance

L’important
est que cela exige
ton regard

Que
ton regard
se perde
il le faut

Ce qui compte
c’est pénétrer cette perte

(Werner Lambersy)


Illustration

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TROUBLE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



TROUBLE

1
Il faisait lourd: la lumière brûlait,
Mais ses regards étaient comme des rayons.
J’ai tressailli: celui-là
Est capable de me dompter.
II s’est incliné. Que va-t-il dire?
Le sang a quitté mon visage.
Que cet amour soit sur ma vie
Comme une dalle funéraire.

2
Tu n’aimes pas, tu ne veux pas me regarder?
Ô, que tu es beau, maudit!
Je ne peux pas m’envoler;
Moi qui dès l’enfance ai eu des ailes.
Un brouillard me couvre les yeux,
Objets et visages se brouillent,
Il n’y a plus que cette fleur,
Cette fleur à ta boutonnière.

3
Comme le veut la simple politesse,
Il s’est approché de moi. Il a souri.
À moitié tendre, à moitié nonchalant,
Il a effleuré ma main de ses lèvres —
Sur moi se sont posés des yeux
De mystérieuse image antique.
Dix ans de spasmes et de cris,
Toutes mes nuits insomnieuses,
J’ai tout mis dans un mot discret,
Que j’ai eu tort de prononcer.
Tu t’es éloigné; à nouveau
J’avais l’âme vide et claire.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Julie Grugeaux

 

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SABOTS (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019


 


 

cavalier

SABOTS

Sur le beau papier
Le pas de la plume
Ranime et rallume
Un vieux cavalier.

Des bruits oubliés
De feux et d’enclumes
Traversent des brumes
De pays pliés.

L’encre de mes yeux
A peine pâlie
Tremble sous la pluie

Où, silencieux,
L’univers délie
Le regard des dieux.

(Gilles Vigneault)

Illustration: Chris Gaunt

 

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LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE (Robert Frost)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019


 


Auguste Macke  fields

LA ROUTE QUE JE N’AI PAS PRISE

Deux routes divergeaient dans un bois jaune;
Triste de ne pouvoir les prendre toutes deux,
Et de n’être qu’un seul voyageur, j’en suivis
L’une aussi loin que je pus du regard
Jusqu’à sa courbe du sous-bois.

Puis je pris l’autre, qui me parut aussi belle,
Offrant peut-être l’avantage
D’une herbe qu’on pouvait fouler,
Bien qu’en ce lieu, vraiment, l’état en fût le même,
Et que ce matin-là elles fussent pareilles,

Toutes deux sous des feuilles qu’aucun pas
N’avait noircies. Oh, je gardais
Pour une autre fois la première!
Mais comme je savais qu’à la route s’ajoutent
Les routes, je doutais de jamais revenir.

Je conterai ceci en soupirant,
D’ici des siècles et des siècles, quelque part :
Deux routes divergeaient dans un bois; quant à moi,
J’ai suivi la moins fréquentée
Et c’est cela qui changea tout.

(Robert Frost)

Illustration: Auguste Macke

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IZMIR À TROIS HEURES (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



IZMIR À TROIS HEURES

Peu avant la prochaine rue déserte
deux mendiants, dont l’un n’a plus de jambes –
et que l’autre porte de-ci de-là sur le dos.

Ils s’arrêtent – comme sur une route à minuit un animal
ébloui fixe les phares d’une voiture –
un instant puis continuent leur chemin

aussi vite que les écoliers d’une cour de récréation
et traversent la rue pendant qu’une myriade
d’horloges torrides tictaque dans l’espace de midi.

Du bleu qui passe sur la rade en glissades incandescentes.
Du noir qui rampe puis s’estompe, oeil hagard dans le roc.
Du blanc qui souffle en tempête dans le regard.

Lorsque les sabots ont piétiné trois heures
l’obscurité cognait aux parois de lumière.
La ville rampait aux portes de la mer

et scintillait dans la lunette du vautour.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

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Réfléchis moi (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Béatrice Tillier
    
Réfléchis moi

Dans le reflet de tes yeux, je t’ai deviné.
Je vois le corps d’un autre dont je vais disposer.
Examine la langueur de mon regard.
Contemple nos anatomies se donnant au hasard.
Nous deux, amants. Sous peu.
Fin des objets fantasmés.
Rien de plus voluptueux qu’une étreinte embrasée
Par le visible désir de mon autre dualité.

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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Parfois tu regardes une pierre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Parfois tu regardes une pierre
— est-ce bien cela ? toucher
du regard une opaque surface
qui n’est rien que silence.

Le suave printemps peut
te réjouir ou t’affliger
à cause des fleurs nouvelles
ou des animaux distraits.

La pierre, elle, est toujours là :
semblable à elle-même,
si bien assurée dans son être,

Sa forme, sa densité, son poids,
si précise et si proche,
non changeante.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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La maison du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



La maison du temps

Du matin au soir
La fenêtre suit le soleil
Avec un regard malicieux
La maison se hausse sur ses fondations
Dans une lumière à peine esquissée
Au pied d’un arbre ventripotent

Le lierre encadre les pommettes de la façade
Qui m’offre le sourire de sa porte
Le soleil ne cicatrise pas
Les blessures du toit

La maison se lézarde
D’avoir trop ri et d’avoir trop pleuré
Et d’avoir trop prié

Le temps consume sa bougie
Chaque goutte de cire
Est une heure qui coule

La flamme diminue
Avant de s’éteindre

La mèche n’est jamais assez longue.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Tu conjugues la veille à l’éternelle absence (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Illustration: Francine Van Hove
    
Tu conjugues la veille
à l’éternelle absence,
conjonction des figures et des pauses,
ce qui tombe et se relève avec le soir.

Des oiseaux bleus quelquefois
traversent ton regard. Tu retournes
à la table peinte, à tes plumes,
tes ciseaux, tes phrases, tes silences.

Tant de choses inexplicables passent
par le détail des mois et des années.
Tu reviens de partout

Si pâle du sommeil refusé,
cherchant le lieu et la limite
ou la coïncidence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Chaque chose est irréfutable (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2019




    
Chaque chose est irréfutable
et s’abîme dans la réalité de son nom :
cette colline bleue, la table où tu écris.

L’heure elle-même est devenue transparence,
éternité d’un instant.

Tu vis dans la dissipation
d’une présence sans ombre
avec un regard éclairé.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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