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Poésie

Posts Tagged ‘regarder’

Le chat derrière la vitre (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2018




    
Le chat derrière la vitre
écarte le rideau
pour regarder la nuit
qui habite ses yeux

L’ ombre
l’éclaire

Retombée des paupières

Du rideau

Nuit dérobée

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi
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L’ESPRIT TUTÉLAIRE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration
    
L’ESPRIT TUTÉLAIRE

L’esprit est étrange
Qui regarde avec mes yeux,
Travaille de mes mains,

Dont l’élan attise ma poussière
Et dans mon âme affirme
Ses certitudes.

Mais je peux fermer à tout ce qu’il connaît
L’esprit éternel,

Nier
L’amour qui bouge en moi
Quand l’esprit souffle.

Ceci, mon être
Dressé depuis le commencement du temps,
Que cette puissance l’utilise.

***

THE TUTELARY SPIRIT

The mind is strange
That looks out of my eyes
Labours with my bands,

Whose impulse surs my dust
And in my soul affirms
Its certainties.

Yet I can close
The eternal mind to all it knows,

Dent’
The love that moves in me
When the spirit blows.

This my being
Raised up from lime’: beginning
May the power use.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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SOI (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



    

SOI

Qui suis-je, qui
Parle, fait de poussière,
Qui regarde, fait d’argile?

Qui entend
La pierre muette,
Et touche du doigt, de l’os,
L’eau fragile?

Qui pour la forêt respire le soir,
Voit pour la rose,
Et sait
Ce que l’oiseau chante?

Qui suis-je — qui craint pour le soleil
La diabolique obscurité,
Et tient en équilibre
L’atome et le chaos?

Qui, né du rien, a contemplé
Le visage aimé?

***

SELF

Who am I, who
Speaks from the dus!,
Who looks from the clay ?

Who bears
For the mute stone,
For fragile water feels
With finger and bone?

Who for the fores! breathes the evening,
Sees for the rose,
Who knows
What the bird sings?

Who am I, who for the sun fears
The demon dark,
In order bolds
Atom and chaos?

Who out of notbingness has gazed
On the beloved face?

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Le chat de 20h32 (Joël Sadeler)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

chat  l

 

Le chat de 20h32
passe sur le mur d’en face
s’arrête
sur la crête
regarde par la fenêtre

Puis il repart satisfait
de se voir
chaque soir
à la télé
dans les publicités

(Joël Sadeler)

Illustration

 

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Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

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Fourmis noires (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018



 

Les mains aux poches il regarde
le monde des fourmis noires
leur sang couleur de laque
leurs aiguillons
leurs larves blanches
frémissantes aux vibrations
d’une cloche
son violon de jeune homme dort dans un coffre
et la nuit va semer ses étoiles
sur la carte céleste.

(Jean Follain)

 

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Dans le Temps (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018



 

Au temps des innombrables suites
du roi Soleil
il avait gelé
une nuit sur la terre
l’homme après boire
avait essuyé sa moustache blonde
et la femme un peu regardé
les cristaux du givre
les siècles futurs attendaient
longue armée
au sommet des monts.

(Jean Follain)

 

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MESSAGE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




MESSAGE

Regarde, enfant bien-aimé, dans mes yeux, et vois
Ton être, reflété dans cette eau vivante :
De ses lacs profonds toutes les images de la terre sont nées.
Vois, dans le regard qui te tient avec tendresse
Tout ce que tu as été, es, et seras jamais.
Reconnaissance au-delà du temps et de l’apparence,
L’amour sait le visage que chaque âme tourne vers le ciel.

***

MESSAGE

Look, beloved child, into my eyes, see there
Your self, mirrored in that living water
From whose deep pools all images of earth are born.
See, in the gaze that holds you dear
All that you were, are, and shall be for ever.
In recognition beyond time and seeming
Love knows the face that each soul turns towards heaven.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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ROSE SANS NOM (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




ROSE SANS NOM

QUELQUE JOUR, quelque part
Toujours j’espérais retrouver
La rose dont les touffes de fleurs aux
Pétales de nacre
Montaient au rebord de ma première fenêtre.
Ma mère ne connaissait pas son nom.

Quelque part, quelque jour
Cet arbre florissant, dont les boutons, chauds de soleil
Ouvraient, leur tige brillante d’or, sur le mur
Des coeurs de suaves petites roses
Dont les pétales tombaient trop vite
J’espérais le retrouver,

Mais dans aucun catalogue, aucun jardin visité
La rose sans nom de ma mère, jusqu’à ce que
Aujourd’hui en Italie, où l’été
À foison s’épanouit,
Contre un mur en ruine je découvrisse
Une tonnelle, et n’osai pas

Regarder de trop près, craignant de trouver
En cette rose aussi une inconnue, cependant
Quand je m’approchai, chaque pétale de nacre
Se glissa au lieu du souvenir:
« Regarde, nous voici », me dirent-ils, « alors
Est de nouveau maintenant ». Peu s’en fallut

Que je ne les croie, car ils étaient les mêmes
Qu’en ces étés d’enfance passés,
Ces pétales fanés recommencés ;
Mais pas moi, car les années entre-temps,
Les larmes et la désunion, le chagrin de ma mère
Aucune fleur ne pouvait le consoler, ni le mien maintenant.

***

NAMELESS ROSE

SOMETIME, some where
Always I hoped to find again
The rose whose trusses of pearl-
Shell-petalled flowers
Climbed to my first window-sill.
My mother did not know its name.

Some where, some time
That flourishing tree, whose buds, sun-warm
Opened gold-stemmed on the wall
Centres of sweet small roses
Whose petals fell too soon
I hoped to find,

But in no catalogue, no visited garden
My mother’s nameless rose, until
Today in Italy, where summer
In multitude is blooming,
By a ruined wall I came
Upon a bower, and did not dare

To look too close, fearing to find
That rose too a stranger, yet
When I came near, each shell-pearl petal
Slipped into memory’s place:
`Look, we are here’, they told me, `then
Is now again’. Almost

I believed them, for they were the same
As in those childhood summers p ast,
Those withered petals made anew;
But I was not, for years between,
Tears and estrangement, my mother’s sorrow
No flowers could comfort, nor mine now.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Si mon amour pouvait franchir le soi désert (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.

Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.

***

I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.

Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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