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Poésie

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LA FILLE CONTRE LE MUR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018




LA FILLE CONTRE LE MUR

La fille regardait les reprises à ses bas
le bruit des métiers se perdait,
les roseaux se frôlaient ;
le teint mat et les genoux croisés
elle rassemblait ses os.
Ciel qui fut bleu à tuer tous les courages
ciel appris, ciel vivant,
le premier dépliement de ses doigts se fit
quand monta la faible musique de derrière le mur
pétri d’argile mêlée à la paille hachée ;
ce mur avait séché au temps des guerres
les soldats avaient alors posé la main sur lui,
l’un au large pouce l’autre à l’index long;
depuis le mur avait fleuri,
l’éclat d’un jupon blanc le rendait roide et merveilleux
sous un ciel qu’une cloche ébranla.

(Jean Follain)

Illustration: Leon Levinstein

 

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La jeune châtelaine (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



 

Alexandr Sulimov -    (3)

La jeune châtelaine

« Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois.  »
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur.  »
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.

« Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux. »
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.

Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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La fillette dans le bois (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Petit_Chaperon_Rouge [800x600]

La fillette dans le bois

Chaperon de mon âme, il se tient dans le bois
le loup, là ou jamais
tu ne t’en douterais
et il te regarde
depuis sa roche de misère,
sa solitude, sa faim énorme.

Toi, tu lui demandes : pourquoi tu as
ces yeux ronds?
Et lui répond
aveugle, c’est pour mieux
te voir, en pleurant
Et aussitôt

tu reviens à la charge : pourquoi donc ces grandes oreilles ?
Et lui,
pour t’écouter, ô musique
de l’univers, oui seulement
pour t’écouter
Et là-dessus
le reste est l’ombre indéchiffrable

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Pourquoi (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Pourquoi

L’oiseau siffle
Les singes le regardent
Maîtrise
Je travaille en souriant
Tout ce qui m’arrive m’est absolument égal
Et tout ce que je fais m’est absolument indifférent
Je suis des yeux quelqu’un qui n’est pas là
J’écris en tournant le dos à la marche du navire
Soleil dans le brouillard
Avance
Retard
Oui

(Blaise Cendrars)


Illustration: Gilbert Garcin

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Si vous voulez connaître (Karma Sutra)(Sagesse bouddhique)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018




    
Si vous voulez connaître les causes,
regardez les effets.
Si vous voulez connaître les effets,
regardez les causes.

(Karma Sutra)(Sagesse bouddhique)

 

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Pour penser le malheur il faut le porter dans sa chair (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

Pour penser le malheur il faut le porter dans sa chair
enfoncé très avant comme un clou,
et le porter longtemps afin que la pensée ait le temps
de devenir assez forte pour le regarder.

Heureux ceux pour qui le malheur entré dans la chair
est le malheur du monde lui-même à leur époque.
Ceux-là ont la possibilité et la fonction de connaître dans sa vérité,
de contempler dans sa réalité le malheur du monde.

C’est là, la fonction rédemptrice elle même.
Il y a vingt siècles dans l’Empire Romain,
le malheur de l’époque était l’esclavage,
dont la crucifixion était le terme extrême.

(Simone Weil)

Illustration: Jacques Barcat

 

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A TOUT RISQUE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



A TOUT RISQUE

Regardez bien,
c’est juste entre ce nuage rose et ce nuage gris,
à la pointe, toute la pointe là-bas.
Elle est blonde, elle est nue et elle nous envoie des baisers.
Vous ne voyez rien. Vous m’énervez.
Moi non plus, sacrebleu, je ne vois rien.
Mais on ne sait jamais.

(Norge)


Illustration: Will Cotton

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HEURE GRAVE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



 

HEURE GRAVE

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde,
sans raison pleure dans le monde,
pleure sur moi.

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit,
sans raison rit dans la nuit,
rit de moi.

Qui maintenant marche quelque part dans le monde,
sans raison marche dans le monde,
vient vers moi.

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde,
sans raison meurt dans le monde,
me regarde.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Le soldat et les servantes (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Le soldat et les servantes

Dans l’escalier qui roule
à grilles vers l’étage
où boivent les capitaines
voici les filles de Nancy
apportant le riesling.

Par de beaux rubans à dénouer
liant au creux des reins
mousseline et dentelles
dorment sur leurs jupes gonflées
les tabliers blancs
Pour le soldat qui les regarde
elles ne sont pas fières
les filles de Nancy.
C’est avec l’un que l’une ira
lorsque places et porches
seront d’ombre
rêver la ville aux rois
– c’est avec l’un que l’une ira
– douce est ta vareuse de drap
mon soldat
– ton corps qui fuit de toutes ses soies
laisse courir mes doigts.

Les filles de Nancy
– c’est avec l’un que l’une ira
aiment trop les fantassins
et rêvent qu’on les embrasse
comme dans les films.

Le train en partance ne revient pas
et le quai luira sous les pas
sous les pas et sous la pluie
– c’est avec l’un que l’une ira –
jamais il ne reviendra
et ce n’est plus vers vous qu’il ira
filles de Nancy
mais vers d’autres villes.

Avez-vous toujours
votre vin gris et vos rires
pour le caporal de jour
filles de Nancy ?

Parfois dans la ville lorraine
– Chantons
tous les soldats se ressemblent
– avec mes sabots dondaine
je ne suis pas si vilaine…
– Non pas j’en sais qui se sanglent
d’un geste si las
qu’ils sont beaux comme des anges
des anges qui marchent au pas.

Quand le café sera mort
mort de nuit
elles iront danser
belles d’ennui
dans tout les bouges du sort
les filles de Nancy.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Ici Ailleurs (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



On est ici
On monte dans un train
On regarde passer des arbres
On descend
On est ailleurs

(Pierre Albert-Birot)


Illustration: Paul Delvaux

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