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Poésie

Posts Tagged ‘regarder’

LA MÉMOIRE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Josephine Wall
    

LA MÉMOIRE

À regarder ce corps il vient sans doute
À mon esprit les mémoires de centaines de vies.
Ces yeux qui cachent des milliers de plaisirs oubliés
Tels des chants printaniers vie après vie.
Comme si tu étais l’oubli de moi-même,
Mon plaisir et ma peine depuis la nuit des temps,
Une foule de parterres dans un paysage nouveau,
Une foule de clairs de lune dans un ciel nouveau.
Tu es pareille à la souffrance des jours de séparation,
Tu es tel le rougeoiement de la nuit d’amour,
Tous ces rires, tous ces pleurs et tous ces éclairs
Se sont aujourd’hui incarnés dans ce corps de miel.
Ainsi, nuit et jour, à contempler ton visage
La vie semble fondre dans un ailleurs.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
Un fakir part à la recherche de la pierre philosophale,
celle qui convertit le plomb en or.
Il prend les chemins de tous les exils,
passant d’un lieu à l’autre afin de trouver cette pierre,
l’une de ces présences à peine aperçues dont la poésie tire sa fulguration.

Pour se simplifier la tâche, il s’est passé à la taille une ceinture de cuivre et,
selon qu’il va, chaque fois qu’il voit une pierre qui pourrait être celle qu’il cherche,
il s’en saisit et la frotte contre son ventre : hélas, rien ne se passe.
Les journées s’écoulent, et les années.

Il fait toujours le même geste d’une manière de plus en plus mécanique :
chaque fois qu’il trouve une pierre susceptible d’être celle qu’il quête,
il la prend, la frotte contre sa ceinture, puis la jette et continue sa route.
Car à quoi bon ?
Finalement, il désespère.

Puis un jour, par hasard, il regarde sa ceinture.
Elle brille, elle étincelle, elle flambe.
À quel moment le cuivre s’est-il métamorphosé ?
Et lui-même, où donc et quand a-t-il rencontré la pierre ?
Il ne le sait pas et sans doute ne le saura-t-il jamais.
C’est ainsi.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019



Illustration: Jérôme Royer
    
LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE

Vieil homme vieil homme
arbre à la dure écorce
de quels bourgeons es-tu capable encore ?

Est-ce que soudain tu recommences ?
Est-ce bien toi qui regardes qui entends?
Où vas-tu, mon chemin ?
Je ne te voyais plus dans la forêt
Un éclair, mille éclairs
percent l’ombre et m’illuminent

Qui a vécu vivra
Un reflet perdu
Une voix chante et s’éloigne

Pour un rayon pour un regard pour un visage
j’adore ton retour sans fin
O vie interrompue
toujours reprise

De ce torrent source cachée
je détourne le cours
jusqu’à l’infinitude
au-delà de la mort.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans le Paris de Notre-Dame (Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019



 

    

Dans le Paris de Notre-Dame
De Notre-Dame de Paris
Y a un clochard qu’en a plein le dos
De porter Notre-Dame sur son dos
Il se prend pour Quasimodo
Regarde en l’air, la vie qui grouille
Au lieu de faire des ronds dans l’eau
Tu peux pas vivre comme une grenouille
Moitié sur terre, moitié sur l’eau
Moi, je préfère rester là-haut

Dans le jardin de Notre-Dame
Où l’on se fait de bons amis
Y a qu’à se promener chaque matin
Un peu de maïs au creux des mains
Les pigeons, moi, je les aime bien
Les péniches
Se fichent
Des pigeons de la Cité
Goélettes
Mouettes
Elles n’ont que ça dans l’idée

Oui, mais autour de Notre-Dame
Y a des voyages à bon marché
Et ces petits coins où le bonheur
Empêche les maisons de pousser
On l’appelle « Marché aux fleurs »
Henri Quatre
Verdâtre
Aime sous son verre de gris
La vieille flèche
Qui lèche
Le plafond gris de Paris

Et toi, sous le pont de Notre-Dame
Regarde en l’air, tu comprendras
Que si tout le monde faisait comme toi
Dans ton pinard y’aurait de la pluie
Même les ponts, ça se construit
Car pour aller de Notre-Dame
De Notre-Dame jusqu’à Paris
Il a bien fallu se mettre au boulot
Et porter de pierres sur son dos
Pour passer par-dessus l’eau

Voilà pourquoi Paris s’enroule
S’enroule comme un escargot
Pourquoi la terre s’est mise en boule
Autour des cloches du parvis
De Notre-Dame de Paris

(Edmond Bacri),(Marius Herschkovitch)

 

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Cette main vivante (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Cette main vivante, chaude maintenant et capable
D’ardente étreinte, viendrait, si elle était froide
Dans le silence glacial du tombeau
Tellement hanter tes jours et transir les rêves de tes nuits,
Que tu voudrais épuiser tout le sang de ton coeur
Pour qu’en mes veines la vie rouge puisse à nouveau couler,
Pour être en paix, alors, avec ta conscience. Regarde !
la voici !
Je la tends vers toi !

(John Keats)

 

 

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Tes absences (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Dimitar Voinov Jr  (9)

Tes absences sont souvent revenues tirer ma mémoire de son sommeil.
Une histoire de vieux livres, de tristesses sur commande.
Et ça se remplit à ras bord de mes mains qui te suivent partout.
Tu n’as jusqu’ici regardé la vie que par le bas des marges à remplir.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Dimitar Voinov

 

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Belle tourneuse planète (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Belle tourneuse planète
tu fais toujours la coquette
mon coeur ouvre mes volets
regarde, sait-on jamais
si le vrai n’est pas la fable ?
A travers le temps des morts
sait-on jamais si l’enfance
dans l’espace en transparence
ne touchera pas le port ?

(Georges Libbrecht)

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Analogiste précis l’imaginaire fut pris (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (6)

Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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JE RENTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2019




    
JE RENTRE

Mon chapeau se cabosse
j’entends maintenant les aboiements récents
la fenêtre m’applaudit aussitôt
et ma table sourit

je regarde au loin le bouton de sonnette
et le vent actif agace mes cheveux
l’être innombrablement ailé je le suis aussitôt
je partis oubliant mon cerveau

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Regarde (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Regarde, des anges diffusent à travers l’espace
leurs sentiments qui ne cessent jamais.
Notre incandescence leur serait froideur.
Regarde, des anges rougeoient à travers l’espace.

Cependant qu’à nous, qui n’en savons rien d’autre,
tantôt une chose se refuse, tantôt une autre échoit en vain,
eux marchent, enthousiasmés par ce qu’ils ont à accomplir,
à travers leur domaine pleinement achevé.

***

Siehe. Engel fühlen durch den Raum
ihre unaufhörlichen Gefühle.
Unsre Weißglut wäre ihre Kühle.
Siehe, Engel glühen durch den Raum.

Während uns, die wirs nicht anders wissen,
eins sich wehrt und eins umsonst geschieht,
schreiten sie, von Zielen hingerissen,
durch ihr ausgebildetes Gebiet.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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