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Poésie

Posts Tagged ‘régir’

AZRAEL (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Illustration: Gustave Doré 
    
AZRAËL

Ailes mortes, ailes mortes en moi,
Tomber, c’est renaître
Hors de la solitude, dans la mer —
La mère des âmes égarées, des voyageurs perdus
Et des exilés du ciel.

Le souvenir de la terre est comme un poids
De vagues et d’îles; dans mon sang et mes os
La pesanteur de mon incarnation,
Plus forte que ma volonté d’être singulier,
Me brise et me détruit, me rappelle en mon lieu.

Prisonnier de ma faute, de ma beauté, de mon vouloir,
Des cellules de la vie transparentes mais murées,
Délivré par la mort innocente, je m’abîme avec joie
Dans la tombe ouverte de la terre, de la mer et de l’air,
Docile comme une pierre, un ange, ou une étoile.

Tomber, c’est renaître,
Attiré au sommet profond d’un baiser;
La mort et la naissance
Ne sont qu’un même sommeil, une grâce unique
Qui infléchit tous les trajets à la courbe de la terre.
Mon désir superbe est inféodé à la paix de l’amour
Qui régit les orages, les guerres, l’essor des ailes.

***

AZRAEL

Dead wings, dead wings in me,
To fall deep is to rise
Out of the solitude, into the sea
Mother of all lost souls, lost travellers
And aliens of the skies.

The memory of earth is like a burden
Of waves and Islands, in my blood and bone
The heavy substance of my incarnation
Stronger than my will to be atone
Breaks me and destroys me, calls me home.

Frisotter of my guilt, my beau*, and my will
The cells of life with windows but no door,
Freed now by harmless death, I gladly fall
Info the open grave of earth and sea and air
Obedient as a stone, an angel, or a star.

To fall deep is to rise
Drawn to the deep summit of a kirs,
And death and birth
Are but the same sleep and the single grace
That bends all courses to the round of earth.

My grandiose Just is subject to love’s peace
That rules all storms, and soaring wings, and vars.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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La poésie (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018




    

La poésie n’est pas une chose rassurante,
c’est une aventure colossale…
Je connais l’impression d’être dans un vide,
un espace qui n’est pas l’espace,
un espace qui n’est pas régi par la raison,
qui est régi par je ne sais quoi,
ce sacré justement,
cette folie du vide qui est plein
et du plein qui est vide…

(Eugène Guillevic)

 

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LA GLOIRE DE LA MORT (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Illustration: Frederic Leighton
    
LA GLOIRE DE LA MORT

c’était un matin voluptueux
véritable résumé des temps hellénistiques
la certitude se répandait alentour
comme le pollen des fleurs
tandis qu’avec assurance et savoir-faire
Épicure établissait sa théorie
sur la mort
plus convaincant encore que le matin
qu’il avait choisi pour son cours
la mort n’est rien pour nous
répétait-il avec insistance
comme s’il cherchait à convaincre la mort elle-même
et non pas ses élèves
comme s’il attendait que le plus fervent
se dresse et interrompant
sa théorie dise
que la volupté régit tout
et que si elle ne peut nous retenir à la vie
elle nous retient pour toujours à la mort

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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La croix (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




    

La croix

Ne régnait là que le simple, le jaune
et le vert ; une paix de soleil
que les plantes prodiguaient en poussant
vers la lumière comme si jamais
ne devait ternir cet or de la terre.
Des couleurs pour des saisons sans nom
qui régissaient le coeur de l’homme
— à n’en pas finir — une langue
en somme de régularité
un projet d’immédiateté
de perfection et de durée,
un territoire ordonné pour la joie.
Et puis ce fut la brisure d’une croix
une blessure, humble, qui moissonnait
le temps soudain, et qui l’arrêta.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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Phantasma (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Dorina Costras 260-7

Phantasma

J’ai rêvé l’archipel parfumé, montagneux,
Perdu dans une mer inconnue et profonde
Où le naufrage nous a jetés tous les deux
Oubliés loin des lois qui régissent le monde.

Sur le sable étendue en l’or de tes cheveux,
Des cheveux qui te font comme une tombe blonde,
Je te ranime au son nouveau de mes aveux
Que ne répéteront ni la plage ni l’onde.

C’est un rêve. Ton âme est un oiseau qui fuit
Vers les horizons clairs de rubis, d’émeraudes,
Et mon âme abattue est un oiseau de nuit.

Pour te soumettre, proie exquise, à mon ennui
Et pour te dompter, blanche, en mes étreintes chaudes,
Tous les pays sont trop habités aujourd’hui.

(Charles Cros)

Illustration: Dorina Costras

 

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MARÉES VII (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    

MARÉES VII

Terres offertes
Terres investies
Terres renaissantes
Terres enfouies

Les mêmes lois impavides
Régissent l’univers
Assignant à nos corps
Fraîcheur et puis dégâts

Brefs récits
D’une humanité séculaire
Disparate et semblable
Entre codes et liberté

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Cette chaudière, cette fournaise, ce gril qu’est la vie (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



 

Cette chaudière, cette fournaise, ce gril qu’est la vie,
ces milliards de sommations, d’incitations, de mises en garde, d’exaltations, de désespoirs,
ce bain de contraintes qui n’en finit jamais,
cette éternelle machine à produire, à broyer, à engloutir,
à triompher des embûches, à recommencer encore et sans cesse,
cette douce terreur qui veut régir chaque jour, chaque heure de ta mince existence !

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Bosch Hieronymus

 

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