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Poésie

Posts Tagged ‘régler’

L’anorexie de l’existence (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2021



Illustration: Gao Xingjian
    
L’anorexie de l’existence

Je n’ai pas faim, je n’ai pas mal, je ne sens pas mauvais
peut-être que je souffre au fond de moi sans le savoir
je fais semblant de rire
je ne désire pas l’impossible
ni le possible, les corps à moi interdits
ne rassasient pas mon regard.
Vers le ciel quelque fois
je regarde avec envie
à l’heure où le soleil perd son éclat
et où l’amant bleu se livre
à la séduction de la nuit.
Ma seule participation
au tourbillon du monde
est mon souffle bien réglé.
Mais je ressens aussi une autre
participation singulière
l’angoisse m’étreint soudain
à cause de la souffrance humaine.
Elle s’étend sur la terre
comme une nappe rituelle
qui trempée de sang
recouvre mythes et dieux
éternellement elle se régénère
et se confond avec la vie.
Oui, maintenant je voudrais pleurer
mais la source même de mes larmes
s’est tarie.

***

Η ανορεξία της ύπαρξης

Δεν πεινάω, δεν πονάω, δε βρωμάω
ίσως κάπου βαθιά να υποφέρω και να μην το ξέρω
κάνω πως γελάω
δεν επιθυμώ το αδύνατο
ούτε το δυνατό
τα απαγορευμένα για μένα σώματα
δε μου χορταίνουν τη ματιά.
Τον ουρανό καμιά φορά
κοιτάω με λαχτάρα
την ώρα που ο ήλιος σβήνει τη λάμψη του
κι ο γαλανός εραστής παραδίνεται
στη γοητεία της νύχτας.
Η μόνη μου συμμετοχή
στο στροβίλισμα του κόσμου
είναι η ανάσα μου που βγαίνει σταθερή.
Αλλά νιώθω και μια άλλη
παράξενη συμμετοχή∙
αγωνία με πιάνει ξαφνικά
για τον ανθρώπινο πόνο.
Απλώνεται πάνω στη γη
σαν τελετουργικό τραπεζομάντιλο
που μουσκεμένο στο αίμα
σκεπάζει μύθους και θεούς
αιώνια αναγεννιέται
και με τη ζωή ταυτίζεται.
Ναι, τώρα θέλω να κλάψω
αλλά στέρεψε ως και των δακρύων μου η πηγή.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du grec par Marie-Laure Coulmin Koutsaftis.
Editions:

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La poussière (Alain Boudet)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020



 

Illustration: Tomas Januska
    
La poussière

La poussière ne dit rien
de la rondeur du monde

Il lui manque l’espace
où le regard circule
et le cercle parfait
où l’aube dessine des étoiles
pour les yeux

Mais elle règle son poids
sur celui du silence
quand sous nos pas
crissent les pierres.

(Alain Boudet)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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QUI? (Leiser Aichenrand)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019




    
QUI?

Toi
Avec l’horloge des étoiles
Pour toute la durée des siècles
Réglée
À l’heure de Dieu.

Qui nous a
Envahis
Avec les sables du naufrage
– Instants épars
Du ciel muet ?

Qui provoqua
Au ciel de chaque époque
L’éclipse
De notre sang ?

Au fer rouge qui marqua
L’essor de notre parole
Sur les ailes de marbre
De la mort?

Sous les pelles des ténèbres
Toutes les horloges du silence
Ponctuent en battant
Notre interrogation.

(Leiser Aichenrand)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Méditation dans la Solitude (Herwig Hensen)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



 

Méditation dans la Solitude

Les fleurs ne s’épanouissent-elles pas chaque année ?
Et les fruits chaque année ne tombent-ils pas ?
La vie n’est rien d’autre : croître, espérer,
et suivre ainsi le chemin vers la tombe.

Mais c’est précisément sur un tel rythme des choses
que, jour après jour, nous construisons notre équilibre.
Nous savons comment, après le reflux, bondira le flux,
comment l’obscurité alterne avec la lumière,

et comment la maladie et la mort s’accomplissent en nous,
suivant des lois toujours pareilles, sans relâche.
Ce peut être un fardeau de n’en découvrir aucune,
mais sur elles régler sa vie est un réconfort.

(Herwig Hensen)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Cette montre toujours en avance (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2018



Cette montre toujours en avance
je la règle ce matin envahie
d’un vague pressentiment

(Tawara Machi)

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L’air la prend par la taille (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018



Illustration: Pierre Corratgé
    
L’air la prend par la taille
Le reste amoureux lui souffle les joues
Un tourneur peu visible achève ses bras
L’entour règle sa ronde sur ses hanches

Elle transpose la douceur dont les murs sont capables
Les choses s’arrangent comme ses femmes de chambre
Elle resserre la douceur dont sont capables les couleurs

Sa taille est l’horizon ses jambes les chemins ses bras le ciel
Sa taille la lisière ses bras la perspective
Le vide lui fait des ailes
Les couleurs ses habits préparés sur les chaises son corset attentif

Le monde est son danseur

(Michel Deguy)

 

Recueil: Donnant Donnant
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’ai réglé mes comptes avec la vie (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration: Hans Baldung
    
En disant « J’ai réglé mes comptes avec la vie »,
je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ;
regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie,
c’est élargir la vie.

A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie,
par peur de la mort et refus de l’accepter,
c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée,
méritant à peine le nom de vie.

Cela semble un paradoxe :
en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète
et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie.

(Etty Hillesum)

 

 

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Il y a tant de tic-tac horloge partout (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



Illustration:  Zinovy Shersher

    
il y a tant de tic-tac
horloge partout disant aux gens
quelle tac-tic heure il est par
tic-tic exemple six tac heures
tac cinq tic

le printemps n’est pas réglé ni
ne tombe en panne et
ses doigts ne font de petits sauts
lentement sur des nombres

il ne
se remonte pas n’a de poids
ressorts ni rouages à l’intérieur
de sa sveltesse non chérie
rien de la sorte.

(Alors,quand le printemps viendra nous
nous embras nous serons nous embrasserons
sur la bouche car les tac horloges tic
ne tic-tac changent rien
à je t’embrassebrasse et tu
m’embrasses)

***

there are so many tictoc
clocks everywhere telling people
what toctic time it is for
tictic instance five toe minutes toe
past six tic

Spring is not regulated and does
not get out of order nor do
its hands a little jerking move
over numbers slowly

we do not
wind it up it has no weights
springs wheels inside of
its slender self no indeed dear
nothing of the kind.

(So,when kiss Spring comes
we’ll kiss each kiss other on kiss the kiss
lips because tic clocks toe don’t make
a toctic difference
to kisskiss you and to
kiss me)

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Infiniment proche (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
infiniment proche
parce qu’au bord de tout
infiniment loin
parce qu’au bord de rien

pour ne plus consentir
au blanc des jours

on règle ses sens
une dernière fois
pour un instant sans mensonge

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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L’homme entier (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
comme si tu prenais enfin tes mots
par la main
pour les faire miroiter
allez
venez les mots
déployez-vous
on s’en va jouer avec l’infini
il convient de régler son âme
à l’heure juste
devant les grands transparents
de chavirer
avec toute la douceur nécessaire

L’homme entier contient dans son âme
un être majeur antérieur à toute expérience

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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