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L’idée fixe (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

L’idée fixe

Je t’apporte une petite algue qui se mêlait à l’écume de la mer et ce peigne
Mais tes cheveux sont mieux nattés que les nuages avec le vent avec les
rougeurs célestes et tels avec des frémissements de vie et de
sanglots que se tordant parfois entre mes mains ils meurent avec les
flots et les récifs du rivage en telle abondance qu’il faudra longtemps
pour désespérer des parfums et de leur fuite avec le soir où ce
peigne marque sans bouger les étoiles ensevelies dans leur rapide et
soyeux cours traversé par mes doigts sollicitant encore à leur racine
la caresse humide d’une mer plus dangereuse que celle où cette
algue fut recueillie avec la mousse dispersée d’une tempête.
Une étoile qui meurt est pareille à tes lèvres.
Elles bleuissent comme le vin répandu sur la nappe.
Un instant passe avec la profondeur d’une mine.
L’anthracite se plaint sourdement et tombe en flocons sur la ville
Qu’il fait froid dans l’impasse où je t’ai connue.
Un numéro oublié sur une maison en ruines
Le numéro 4 je crois.
Je te retrouverai avant quelques jours près de ce pot de reine-marguerite
Les mines ronflent sourdement
Les toits sont couverts d’anthracite.
Ce peigne dans tes cheveux semblables à la fin du monde
La fumée le vieil oiseau et le geai
Là sont finies les roses et les émeraudes
Les pierres précieuses et les fleurs
La terre s’effrite et s’étoile avec le bruit d’un fer à repasser sur la nacre
Mais tes cheveux si bien nattés ont la forme d’une main.

(Robert Desnos)

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LA MAIN VERTE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015




LA MAIN VERTE

Qui vécut très longtemps
Parmi les fleurs lucides
Ne connaît pas la peur.

Une rose m’éclaire
Et je suis le miracle
D’être lampe à mon tour.

La jacinthe me parle
En son désir ardent
De cueillir les étoiles.

Les corbeilles d’argent
Sont le frémissement
Des caresses que j’ose.

Les iris se propagent
Parmi les plumbagos
Dans une douce guerre.

Chaque magnolia
Prépare son orchestre
Au-dessus des arums.

Jasmin et chèvrefeuille
Forment le grand colloque
Des parfums du soleil.

Les fleurs sont en mes yeux
Comme mots sur mes lèvres
Quand je me fais murmure.

Je suis l’historien
Des reines-marguerites
Et du prince lilas.

Je suis le géographe
Des buis et des buissons,
L’architecte des lys.

Passerose, orchidée,
Horloges de l’orfèvre
Qui règlent la durée.

Etre votre miroir,
Aimer par mimétisme
Vos intimes pouvoirs.

Et le temps de la fleur
Enfin me reconnaître
Dans le monde multiple

Comme un roi végétal
Parmi les autres rois
De ce règne éternel.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

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