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Poésie

Posts Tagged ‘rejeter’

Sonnet pour éventail (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Sonnet pour éventail

Stupeur! Derrière moi, sans que j’aie existé,
Semant par l’infini les sphères vagabondes
En les renouvelant de leurs cendres fécondes,
A coulé lentement toute une éternité.

Jamais! Puis me voilà dans la nuit rejeté.
Tout est fini pour moi, cependant que les mondes,
L’autre éternité, vont continuer leurs rondes,
Aussi calmes qu’aux temps où je n’ai pas été.

Juste le temps de voir que tout est mal sur terre,
Que c’est en vain qu’on cherche un coeur à l’univers,
Qu’il faut se résigner à l’immense mystère,

Et que, sanglot perdu, lueur aux cieux déserts,
Pli qui fronce un instant sur l’infini des mers,
L’homme entre deux néants n’est qu’un jour de misère.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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SONS EN S (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019


 

 

SONS EN S

La Saveur
la Sévérité
le Souffle

Le Séjour
le Secret
la Suie

Je rejette le Soleil le
Supplice le Serpent le
Sarcophage Socrate Samson
Sisyphe et caetera en
tas dans un coin de
la page.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laissez les portes ouvertes (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Leonor Fini

Laissez les portes ouvertes,
cette nuit, s’il lui prend
l’envie, cette nuit, de venir,
car il est mort.

Que tout reste ouvert,
pour voir si nous ressemblons
à son corps ; voir si nous sommes
quelque chose de son âme,
livrés à l’espace tout entier ;
pour voir si le grand infini,
nous envahissant, nous rejette
hors de nous ; si nous mourons
un peu ici ; et si là, en lui,
nous vivons un peu.

Que reste ouverte
toute la maison, comme si
il était là, corps présent,
dans la nuit d’azur,
avec nous en guise de sang,
avec les étoiles pour fleurs !

***

Dejad las puertas abiertas,
esta noche, por si él
quiere, esta noche, venir,
que está muerto.

Abierto todo,
a ver si nos parecemos
a su cuerpo; a ver si somos
algo de su alma, estando
entregados al espacio;
a ver si el gran infinito
nos echa un poco, invadiéndonos,
de nosotros; si morimos
un poco aquí; y allí, en él,
vivimos un poco.

¡Abierta
toda la casa, lo mismo
que si estuviera de cuerpo
presente en la noche azul,
con nosotros como sangre,
con las estrellas por flores!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Leonor Fini

 

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Un vent m’a réuni (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Un vent m’a réuni,
un autre me rejettera
aux quatre coins
de l’inconnu.
Puis un vent,
plus puissant,
dispersera l’inconnu.
Puis un autre…
Et rien ne se souviendra plus de rien.

(Albert Ayguesparse)


Illustration

 

 

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Éclair entre les yeux (François Muir)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




    
Éclair entre les yeux,
Derrière
L’oeil vide,
En proie à des fissures,
Tu accueilles,
Ne rejettes
Statue lézardée.

(François Muir)

 

Recueil: Toi, l’égaré (poèmes inédits)
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Que sera-ce quand les mains tomberont des poèmes (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



 

Alla Chakir

Que sera-ce
quand les mains
tomberont des poèmes

quand à d’autres montagnes
je boirai l’eau sèche

ce devrait être indifférent
mais ce n’est pas

que deviendront les vers
quand la respiration s’en ira
et la merci du destin
sera rejetée

abandonnerai-je ma table
pour descendre dans la vallée
où retentit
un nouveau rire
sous la sombre forêt

(Zbigniew Herbert)

Illustration: Alla Chakir

 

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Le centre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



rejeté
à la périphérie
je sais
ne pas oublier
le centre

(Charles Juliet)


Illustration

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Instants inoubliables (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



instants inoubliables
que ceux où un oeil
plonge en lui-même
rejette ses brumes
saisit en un éclair
la totalité
de ce qu’il est

(Charles Juliet)

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Quand nous nous sommes aperçus (Nichita Stănescu)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018


 


 

Alla Chakir

Quand nous nous sommes aperçus,
l’air entre nous a soudain rejeté
l’image des arbres indifférents et nus
qu’il laissait le traverser.

Ô, nous nous sommes élancés, en nous appelant par nos noms,

l’un vers l’autre, et si vite,
que le temps se tassa entre nos poitrines,
et l’heure, blessée, en minutes se cassa ensuite.

J’aurais voulu te garder dans mes bras
tout comme je tiens le corps de l’enfance, dans le passé,
avec ses morts non répétées.
Et, avec mes flancs, j’aurais voulu t’embrasser.

(Nichita Stănescu)

Illustration: Alla Chakir 

 

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