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Cette lettre, ami, ne la froisse pas (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.

Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…

Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.

Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Jonathan Janson

 

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La mante religieuse (Frédéric Kiesel)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



La mante religieuse

Qu’a-t-elle de religieux, cette mante
Matrimonialement gourmande?
Ce qu’elle veut est évident:
Un mari bien appétissant.

(Frédéric Kiesel)

Illustration

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Inclinées, silencieuses (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2016



Inclinées, silencieuses, pressées,
les religieuses semblent
aspirées par leur chapelle.

(Robert Mallet)

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Nénuphar (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2015



Nénuphar

Un jour, le diable, traversant la ville de Bruges,
passa devant le couvent des ursulines.
Les religieuses réunies dans la chapelle
chantaient les louanges du Seigneur.
Ses yeux s’arrêtèrent sur une ursuline
placée juste à l’entrée du choeur, près du maître-autel.
« Il serait plaisant de lui ouvrir enfin les yeux,
et de faire de la sainte un petit démon! »

Le soir il s’introduisit dans la cellule de la religieuse
sous la couverture jaune d’un roman à la mode;
il se déguisa en in-octavo, et s’étendit tout grand ouvert sur le prie-Dieu.
Il avait choisi la page la plus échevelée de l’ouvrage,
une scène d’amour pantelante, rutilante, ébouriffante.
De tout temps ces grands morceaux de rhétorique
ont troublé toutes les imaginations et fait l’affaire de messire Satanas.
La jeune fille prit le livre, lut la page marquée,
ouvrit les bras d’un air nonchalant, bâilla et s’endormit sur sa couchette.
Pour le coup le diable était outré.
Il ne lui restait plus qu’à essayer des songes.
Il les convoqua tous, il leur donna ses instructions,
et il voulut lui-même les voir à l’oeuvre.
Il se pencha sur le lit de la jeune fille;
les songes vinrent chacun à leur tour se poser sur son coeur;
rien n’indiqua qu’elle en fût le moins du monde troublée.
Son sommeil était paisible, son teint égal, son pouls régulier comme de coutume.
Il paraît même que vers le milieu de la nuit elle se mit à ronfler.
Le diable, tout malin qu’il est, ne s’était point douté de l’adversaire qu’il attaquait.
Une fois sur la terre, ne pouvant aimer ni être aimée,
incapable de s’associer aux peines et aux joies de l’humanité,
morne et décolorée,
la froide fleur du Nénuphar n’avait trouvé d’autre refuge qu’au couvent.
La vie monotone et languissante des religieuses était celle qui lui convenait.
On lui compta comme vertu l’absence de toutes les vertus.
Soeur Nénuphar mourut en état de sainteté.
Les ursulines de Bruges poursuivent sa canonisation.

(J.J. Grandville)

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L’ENFANT REEL (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2015




L’ENFANT REEL

Le ciel se couvre
dans un couvent près de bêtes sculptées
des religieuses passent
qui semblent par l’ombre gantées et masquées
comme avant le temps des réformes
mais en plein bourg soleilleux
sur une place sans arbres
fouettant par devoir
toupie de buis
un enfant reste bien réel
sans temps morts.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Tout ce qu’elle aurait à acquérir (Sainte Thérèse de Lisieux)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2015



A la question de sa soeur Céline,
fraîchement entrer au couvent,
se plaignant de tout ce qu’elle aurait à acquérir
pour devenir une bonne religieuse,
Thérèse répond magnifiquement:
« Ne dis pas « à acquérir »
mais plutôt « à perdre »  »

(Sainte Thérèse de Lisieux)

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