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Poésie

Posts Tagged ‘religieux’

Ce sentiment là (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Marie-France Le Clainche
    
Oh! Je ne me révolte pas.
Jamais je ne me suis révoltée. Il est grand!

Je l’adore, je m’incline, aussi religieuse maintenant que jadis,
devant sa pensée infinie dont je suis victime.

Et j’accepte avec une sérénité sans espoir d’être,
moi, le rien, sacrifiée à ses fins.

Il me semble que si j’étais une pauvre pièce de toile,
je me soumettrais ainsi avec une douleur affectueuse et docile
à la torture des ciseaux et de l’aiguille,

par respect et par amour
pour le chef-d’oeuvre inconnu de l’ouvrière.
Ce sentiment là, ce doit aussi être une piété.

(Marie Noël)

 

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Considère la vie des oiseaux et des poissons (Kamo no Chōmei)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018




    
Considère la vie des oiseaux et des poissons.
Jamais le poisson ne se lasse de l’eau;
mais, n’étant pas poisson,
tu ne pourras jamais savoir ce qu’éprouve le poisson.

Jamais l’oiseau ne se lasse de la forêt;
mais n’étant pas oiseau, tu ne comprendras jamais ses sentiments.

Il en va de même pour la vie religieuse et la vie poétique :
si tu ne les vis pas, tu n’y comprendras jamais rien.

(Kamo no Chōmei)

 

Recueil: Tchan (Zen)
Traduction:
Editions: Hermès

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Religieuse racine (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018




    
Religieuse
racine.

Te relier
trésor

à nos mots
pauvres
qui brillent

par la rosée
du silence
transfigurés.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le profane n’existe pas (anonyme africain)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017


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Rien n’est vraiment une distraction simple.
Le profane n’existe pas.
Tout est religieux, tout a un but, tout a un motif.
Le hasard n’existe pas.
Il y a seulement des « lois de coïncidence » dont nous ignorons le mécanisme,
un ordre supérieur que nous ne comprenons pas.

(anonyme africain)

 

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La révolution (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



Illustration
    
La révolution comme l’acte religieux a besoin d’amour.
La poésie est un véhicule intérieur de l’amour.

Nous devons donc, poètes, produire cette « sueur de sang »
qu’est l’élévation à des substances si profondes, ou si élevées,
qui dérivent de la pauvre, de la belle puissance érotique humaine.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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La pluie venue (Song Tche-Wen)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017




La pluie venue du mont Ki-chan avait passé rapidement avec le vent impétueux.
Le soleil se montrait pur et radieux au-dessus du pic occidental,
les arbres de la vallée du Midi semblaient plus verdoyants et touffus.

Je me dirigeai vers la demeure sainte
où un bonze vénérable me fit un accueil bienveillant.
Le religieux et moi nous nous sommes unis dans une même pensée ;
nous avions épuisé ce que la parole peut rendre
et nous demeurions silencieux.

Je regardais les fleurs immobiles comme nous,
j’écoutais les oiseaux suspendus dans l’espace,
et je comprenais la grande vérité.

(Song Tche-Wen)

 

 

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L’isolement (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2017



 

L’isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis :  » Nulle part le bonheur ne m’attend.  »

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts :
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire;
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes voeux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi resté-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand là feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !

(Alphonse de Lamartine)

Illustration

 

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Ton Souvenir est comme un livre bien aimé (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé,
Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux,
Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l’art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi
Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d’élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d’automne dans les bois ;
De l’heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l’écho presque religieux
D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

(Albert Samain)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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Elle passe… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2016



Elle passe…

LE ciel l’encadre ainsi que ferait une châsse,
Et je vivrais cent ans sans jamais la revoir.
Elle est soudaine : elle est le miracle du soir.
L’instant religieux brille et tinte. Elle passe…

Je suis venue avec la foule des lépreux
Dès l’aurore, ayant su que je serais guérie.
Ils regardent vers elle avec idolâtrie
En pleurant à voix basse. Et je pleure avec eux.

Un rayon d’espérance illumine l’espace,
Car ses pieds nus ont sanctifié le chemin.
Voyez ! un grand lys blanc est tombé de sa main…
Les sanglots se sont tus brusquement. Elle passe.

De nous tous qui pleurions elle a fait ses élus,
Et parmi nous aucun ne pleure ni ne doute.
Elle ne reviendra plus jamais sur la route,
Mais je la vis passer et je ne souffre plus.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandru Darida

 

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BÉGUINAGE FLAMAND (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



BÉGUINAGE FLAMAND

I
Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.

Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur le mur des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.

En fines lettres d’or, chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderoles,
Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents :
La maison de l’Amour, la maison des Corolles.

Les fenêtres surtout sont comme des autels
Où fleurissent toujours des géraniums roses,
Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,
Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.

Fenêtres des couvents ! attirantes le soir
Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées
Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir
Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !

Mais ces femmes sont là, le coeur pacifié,
La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres;
Elles n’aiment que toi, pâle Crucifié,
Et regardent le Ciel par les trous de tes membres !

Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs,
Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge,
Tandis qu’elles sont là, suivant, de leurs yeux purs,
Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.

Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant !
Et comme si leurs mains étaient de candeur telle
Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc,
Elles brodent du linge ou font de la dentelle.

C’est un charme imprévu de leur dire « ma soeur »
Et de voir la pâleur de leur teint diaphane
Avec un pointillé de taches de rousseur
Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.

Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés,
Car la source de vie est enfermée en elles
Comme un vin rare et doux dans des vases scellés
Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles !

II
Cependant, quand le soir douloureux est défunt,
La cloche lentement les appelle à complies
Comme si leur prière était le seul parfum
Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !

Tout est doux, tout est calme au milieu de l’enclos;
Aux offices du soir la cloche les exhorte,
Et chacune s’y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements de cygne dans l’eau morte.

Elles mettent un voile à longs plis; le secret
De leur âme s’épanche à la lueur des cierges
Et quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait
Voir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !

III
Et l’élan de l’extase est si contagieux,
Et le coeur, à prier, si bien se tranquillise,
Que plus d’une, pendant les soirs religieux,
L’été répète encore les Ave de l’église.

Debout à sa fenêtre ouverte au vent joyeux
Plus d’une, sans ôter sa cornette et ses voiles,
Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux
Le rosaire aux grains d’or des priantes étoiles !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Winston Churchill

 

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