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Poésie

Posts Tagged ‘remède’

AME DE NUIT (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



 

Albert Joseph Moore (9) [1280x768]

AME DE NUIT

Mon âme en est triste à la fin;
Elle est triste enfin d’être lasse,
Elle est lasse enfin d’être en vain,
Elle est triste et lasse à la fin,
Et j’attends vos mains sur ma face.

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils m’apportent l’anneau;
J’attends leur fraîcheur sur ma face,
Comme un trésor au fond de l’eau.

Et j’attends enfin leurs remèdes,
Pour ne pas mourir au soleil,
Mourir sans espoir au soleil!
J’attends qu’ils lavent mes yeux tièdes
Où tant de pauvres ont sommeil!

Où tant de cygnes sur la mer,
De cygnes errants sur la mer,
Tendent en vain leur col morose,
Où le long des jardins d’hiver
Des malades cueillent des roses.

J’attends vos doigts purs sur ma face,
Pareils à des anges de glace,
J’attends qu’ils mouillent mes regards,
L’herbe morte de mes regards,
Où tant d’agneaux las sont épars!

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Albert Joseph Moore

 

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La folle complainte (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



homme _poussiere
    
La folle complainte

Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n´est pas sage
Mais on la garde encore.
On l´a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s´est caché
Dans le placard aux fioles
Où l´on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le cœur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d´impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans aucune méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle :
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d´acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d´Hélène
Par un beau soir d´été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n´ai pas aimé ma mère.
Je n´ai pas aimé mon sort.
Je n´ai pas aimé la guerre.
Je n´ai pas aimé la mort.
Je n´ai jamais su dire
Pourquoi j´étais distrait.

Je n´ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J´étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s´est dissoute.
Poussière était mon nom.

(Charles Trenet)

 

 

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Artiste de l’Être (Amir Or)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2019



 Illustration: Josephine Wall
    
Artiste de l’Être, fais de moi une musique.
Sans ton esprit qui touche mon esprit
sans ton regard qui voit à travers mes yeux,
je suis un tronçon d’arbre, sans ressenti ni conscience,
et mon existence ne souhaite que remède.
Viens peindre mon monde
à présent laisse-moi l’aimer sans peur,
croire en mon coeur que ce n’est pas en vain
que j’ai envoyé mes mots pour le toucher.

(Amir Or)

 

Recueil: Entre ici et là
Traduction: Michel Eckhard Elial
Editions: ÉRÈS

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Souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Souvenir

Tu m’as inventée. Celle que tu imagines
N’existe pas, ne peut exister nulle part.
Chez les médecins, pas de remède ; pas de réconfort
chez les poètes.
Cette ombre, ce fantôme jour et nuit te persécute.

Notre rencontre eut lieu en une année invraisemblable.
Les forces du monde étaient à bout.
Tout portait le deuil. Tout déclinait, malade.
Rien de nouveau, sinon des tombes.

Plus de lumière. Flots de la Néva, noirs comme du goudron.
Nuit, tout autour, compacte, comme un mur.
C’est alors que ta voix m’a défiée.
Ce que je faisais, je ne le comprenais pas encore.

Tu es venu vers moi, comme conduit par une étoile,
Tu foulais aux pieds l’automne tragique,
Tu es entré dans la maison à jamais déserte,
D’où avait fui le vol des poèmes brûlés.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Pour écrire Il te faut partir (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2019



Illustration: Alberto Giacometti
    
Pour écrire
Il te faut partir

Tu ne peux demeurer
Que dans l’éclat des routes
La ferveur des ciels
Les embruns de l’aube
Les tâches du soleil

Aucune cage ne te donnera
Le goût du large
L’espace généreux où t’envoler
Aucun remède

Renonce à tout savoir
Rends-toi à l’inconnu
Laisse aujourd’hui tes ailes te porter

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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LYDIE (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Carlos Schwabe x-Woman-with-Lyre-xx-Private-collection [800x600]

LYDIE

La jeunesse nous quitte, et les Grâces aussi.
Les désirs amoureux s’envolent avec elles,
Et le sommeil facile. A quoi bon le souci
Des Espérances éternelles ?

L’aile du vieux Saturne emporte nos beaux jours,
Et la fleur inclinée au vent du soir se fane
Viens â l’ombre des pins ou sous l’épais platane
Goûter les tardives amours.

Ceignons nos cheveux blancs de couronnes de roses ;
Buvons, il en est temps encore, hâtons-nous !
Ta liqueur, d Bacchus, des tristesses moroses
Est le remède le plus doux.

Enfant, trempe les vins dans la source prochaine,
Et fais venir Lydie aux rires enjoués,
Avec sa blanche lyre et ses cheveux noués
A la mode Laconienne

(Leconte de Lisle)

Illustration: Carlos Schwabe 

 

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Guimauve (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



Guimauve

Sur la terre, la Guimauve n’avait cherché qu’à développer ses instincts de bienfaisance.
Longtemps elle avait exercé l’état de garde-malade.
Préparer des tisanes était son suprême bonheur.
Souvent, lorsqu’elle se promenait dans la campagne,
si elle rencontrait une sauterelle accablée par la chaleur,
faisant la sieste dans un sillon, ou une grenouille tapie dans les joncs,
elle trouvait que la sauterelle et la grenouille avaient l’air d’être malades,
et elle les emportait au logis pour les soigner.
Elle poussait le dévoûment jusqu’à la monomanie.

Lasse du monde où, disait-elle, personne ne se croyait malade,
elle s’était retirée dans un couvent où on lui avait donné la direction en chef de l’infirmerie,
emploi fort important dans un lieu où, ne sachant comment tuer le temps,
on le passe souvent à se croire malade.
Aussi, la Guimauve bénissait-elle tous les jours sa nouvelle position.
Comme la panacée, son remède universel, était la Guimauve,
qu’elle voulait qu’on prit sous toutes les formes,
tisane, pâte, etc., etc, les jeunes religieuses l’appelaient en riant soeur Guimauve,
ce surnom avait fini par lui rester.

(J.J. Grandville)

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À TIERCE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018




    
À TIERCE
Mon Dieu, enseigne-moi ta voie.
Ps. 118. (Office de Tierce.)

Mon Maître, enseignez-moi dans notre solitude
Ce qu’il faut que je fasse, où je dois me plier…
Je ne sais rien. Daignez me mener à l’étude,
Donnez une leçon à ce pauvre écolier.

L’entendra-t-il hélas ! cet ignorant docile
Mais qui redoute, ayant si peu d’habileté,
De trouver au début votre loi difficile ?
Ah ! Maître prenez garde à ma débilité…

Me parlez-vous ?… D’où me vient cette chaleur douce
Qui pénètre mon âme et l’embaume, et l’endort ?
Cet éblouissement, ces pleurs, cette secousse ?…
C’est plus clair que la vie et plus sûr que la mort.

Combien, ô Vérité, m’es-tu nouvelle et fraîche,
Révélée à mes os sans livre, sans écrit,
Sans raison qui démontre et sans bouche qui prêche,
D’un seul baiser qui me dévore tout l’esprit !…
Je vois… Mon coeur jaillit ! qui pourra l’en empêche !

Rien n’est vrai que d’aimer… Mon âme, épuise-toi,
Coule du puits sans fond que Jésus te révèle,
Comme un flot que toujours sa source renouvelle,
Et déborde, poussée en tous sens hors de moi.

Quels usages prudents te serviront de digue ?
Donne tout ! Donne plus et sans savoir combien.
Ne crains pas de manquer d’amour, ne garde rien
Dans tes mains follement ouvertes de prodigue.

Qu’aimeras-tu ? Quel temps perdrons-nous à ce choix ?
Aime tout ! Tout t’est bon. Sois aveugle, mais aime
Le plus près, le plus loin, chacun plus que toi-même
Et, comment ce miracle, ô Dieu? tous à la fois.

Celui qui t’est pareil, celui qui t’est contraire.
Et n’aime rien uniquement pour sa beauté :
L’enchantement des yeux leur est trop vite ôté,
Du charme d’aujourd’hui demain te vient distraire.

N’aime rien pour ses pleurs : les larmes n’ont qu’un jour,
N’aime rien pour son chant : les hymnes n’ont qu’une heure.
Ô mon âme qui veux que ton amour demeure !
Aime tout ce qui fuit pour l’amour de l’amour.

Aime tout ce qui fuit sur la terre où tu passes,
Le long de ton chemin aveugle et sans arrêts :
Les herbes des fossés, les bêtes des forêts,
Les matins et les soirs, les pays, les espaces.

Vie, l’enthousiasme est fort comme la mer
Qui d’un seul mouvement emporte les navires.
Laisse aller tes destins au fil de ses délires
sans goûter si le flot qui te pousse est amer.

Rien n’est vrai que d’aimer, mon âme, et d’être dupe.
Si tu cherches un coeur où reposer ton front
Et si tu te sens lasse au bout de quelque affront,
Qu’est-ce que cet amour que son gain préoccupe ?

Ô prêteuse sans fin de biens jamais rendus,
Laisse abuser chacun de ta folle abondance
Tant que, jetés au vent de l’amour, sans prudence,
Ta paix, tes jours, ta force et ton coeur soient perdus.

Tu pleures ?… Tu rêvais un plus juste partage ?
Quels cris en toi sous le sourire du pardon !
Tu souffres ?… Tu n’as fait que la moitié du don :
Le remède d’aimer est d’aimer davantage.

Donne-toi tellement que tu n’existes plus
Et que dans ton secret, ton silence, ton ombre,
Rien ne bruisse plus qu’autrui ce coeur sans nombre,
Son mal, sa fièvre, au lieu de ton coeur superflu.

Tu ne vis plus… C’est lui qui t’enivre et te mène
Hors de ton bonheur pâle au sien qu’il veut saisir.
Tu n’as plus de désir que sans fin son désir…
Va !… Tu n’as plus de peine au monde que sa peine !

Qui pourra maintenant retrouver ta douleur ?
Rien n’en reste, rien, rien qu’un chant d’oiseau sublime.
Ah ! quelle délivrance est au fond de l’abîme !
Voici ma joie avec son glaive de vainqueur.

Rien n’est vrai que d’aimer, ô mon âme, mon âme,
Qui te reposerait du poids de ton soleil ?
Ni l’ombre de la nuit, ni l’ombre du sommeil,
Ni le temps qui s’enfuit léger comme une femme.

Rien n’est vrai que d’aimer et que d’aimer toujours !
Tes aimés passeront mais ton amour demeure
Malgré les renouveaux qui te changent de leurre
Et les petites morts des petites amours.

Et tant qu’il y aura des vivants, d’heure en heure
Menant leur sort à la rencontre de ton sort
Ou t’ayant devancée au delà de la mort…
Toi-même disparais mais ton amour demeure !

Mon amour ! Mon amour ! quand ce coeur arrêté
Ne te contiendra plus… à ta source première,
À Jésus remontant d’un grand jet de lumière,
Mon amour sois mon Dieu toute l’éternité !

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je prend plaisir et me réjouis des vertus qui soulagent les êtres (Shantideva)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



 

Je prend plaisir et me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
Je me réjouis dans l’accumulation de bienfaits
Qui est cause de l’éveil du Petit Véhicule;
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du cycle.
Je me réjouis de l’éveil des Protecteurs
Et des terres des Fils des Vainqueurs.

Je prends plaisir et me réjouis
De l’océan de vertus de l’esprit d’éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres,
Et de l’activité dispensatrice de bienfaits.

Les mains jointes, je supplie
Les Bouddhas de toutes les régions :
Qu’ils allument le flambeau de la doctrine
Pour les êtres enténébrés par la souffrance.

Les mains jointes, je supplie
Les Vainqueurs désireux de passer au-delà des peines :
Qu’ils demeurent pour des âges sans nombre
Et ne laissent pas ce monde aveugle.

Grâce aux vertus ainsi réunies
Par ce que j’ai accompli,
Puissent les souffrances de tous les êtres
Se dissiper entièrement !

Puissé-je être
Pour les malades
Le remède, le médecin et l’infirmier
Jusqu’à la disparition des maladies!

Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages
Les douleurs de la faim et de la soif,
Et, pendant l’âge des famines,
Puissé-je devenir moi-même nourriture et breuvage!

Puissé-je être un inépuisable trésor
Pour le pauvre et le démuni;
Puissé-je devenir tout ce dont ils ont besoin,
Et puissent ces choses se trouver à leur disposition!

Afin que le bien des êtres s’accomplisse,
Je donne sans retenue
Mes corps, mes jouissances
Et toutes mes vertus des trois temps.

En donnant, toute la douleur sera transcendée,
Et mon esprit réalisera l’au-delà des peines;
Mieux vaut offrir à présent aux êtres
Ce dont, pareillement, je devrai me défaire à l’heure de la mort.

Je livre ce corps
Au bon plaisir de tous;
Qu’ils en usent sans cesse à leur convenance,
Le tuant, l’injuriant ou le frappant.

Qu’ils jouent avec mon corps,
En fassent un objet d’amusement et de dérision;
Puisque je leur ai donné,
Pour quelle raison me serait-il cher?

Qu’ils lui fassent faire
Tous les actes qui ne leur nuiront pas,
Et que notre rencontre
Ne leur soit jamais inutile.

Si une pensée de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela même serve perpétuellement
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits!

Que ceux qui m’insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient tous la fortune d’accéder à l’éveil!

Puissé-je être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux!

Puissé-je être une île pour ceux qui recherchent une île,
Une lampe pour ceux qui en désirent une,
Une couche pour ceux qui veulent prendre du repos,
Et l’esclave des êtres souhaitant un esclave!

Puissé-je être un joyau qui exauce les voeux,
Une vase magique, un mantra d’accomplissement,
Un remède universel, un arbre à souhaits
Et une vache d’abondance pour le monde!

De même que la terre
Et les autres éléments tels l’espace,
Puissé-je toujours être un support
Pour la vie d’êtres innombrables!

Et jusqu’à ce qu’ils passent au-delà des peines,
Puissé-je, de toutes les manières, être une source de vie
Pour l’ensemble des mondes des êtres
Qui atteignent aux confins de l’espace!

De même que Ceux-allés-en-la-joie du passé
Ont engendré l’esprit d’éveil
Et maintenu progressivement
Les pratiques des bodhisattvas

De même, pour le bien des migrants,
J’engendre l’esprit d’éveil
Et m’appliquerai à ces pratiques
Selon leur ordre.

Afin de favoriser le développement
De l’esprit d’éveil saisi de la sorte,
Les personnes douées de discernement
Le loueront en ces termes!

Aujourd’hui ma vie a porté fruit;
Ayant atteint une destinée humaine
Je suis né dans la famille des Bouddhas
Je suis maintenant un fils de Bouddha!

Je ne dois pas souiller
Cette noble et pure famille,
Et tout ce que je fais
Doit s’accorder avec elle.

Comme un aveugle qui découvre un joyau
Dans un monceau d’ordures,
Ainsi, par chance,
L’esprit d’éveil est né en moi.

C’est le sublime nectar
Pour détruire la mort souveraine,
L’inépuisable trésor
Pour éliminer la misère du monde,

Le suprême remède
Pour apaiser ses maladies
L’arbre sous lequel se reposent les migrants
Las d’errer sur les chemins du cycle;

C’est le pont universel qui mène
Les êtres hors des destinées mauvaises,
La lune spirituelle levée
Pour soulager les tourments des passions du monde,

Le grand soleil qui écarte des migrants
Les brumes de l’ignorance,
La quintessence du beurre
Produite par le barattement du lait du Dharma.

Il satisfait les invités
Qui parcourent les voies du cycle
Et souhaitent connaître la jouissance du bonheur,
Il les installe dans la joie suprême.

Aujourd’hui, en présence des Protecteurs,
Je convie le monde à la félicité de Ceux-ainsi-allés
Et aux plaisirs temporaires.
Que les dieux, les dieux jaloux et tous les autres se réjouissent!

(Shantideva)

 

 

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La jeune Muse était fidèle (Vassili Joukovski)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



Illustration: Rafal Olbinski
    
La jeune Muse était fidèle
Et me suivait de lieu en lieu.
L’inspiration, toujours nouvelle,
Volait à moi du haut des cieux.
Elle animait de sa lumière
Tous les visages de la vie,
Je lui vouais ma vie entière :
Vivre était vivre en poésie.

Or, aujourd’hui je sens l’absence
De l’être qui m’offrait ces chants,
La harpe dort dans le silence,
Le cœur est lourd et somnolent.
De moi espoir et de mon aide
Saurai-je attendre le retour ;
Ma perte est-elle sans remède,
La voix éteinte pour toujours?

Pourtant, ce que des temps magiques
J’ai su garder jusqu’aujourd’hui,
Les clairs, les sombres, les uniques
Instants vivants des jours enfuis,
Les heurs des songes solitaires,
Sublimes de fragilité,
Je te les offre et te vénère,
O pur génie de la beauté !

Je ne sais pas pour quelle aurore
Peut revenir la poésie,
Mais ton étoile brille encore,
Je te connais, ô pur génie!
Tant que mon âme s’ illumine
De l’approche que je pressens,
Le charme vit, l’heure est divine,
Et le passé est le présent.

(Vassili Joukovski)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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