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Poésie

Posts Tagged ‘remercier’

Après l’Hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Après l’Hiver
N’attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

(Victor Hugo)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Un corps m’est échu (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Un corps m’est échu : qu’en ferai-je enfin,
Tellement unique et tellement mien ?

La douce joie de vivre et respirer,
D’où me vient-elle, et qui en remercier ?

Étant fleur et jardinier à la fois,
Je ne suis seul dans la geôle ici-bas.

Et sur la vitre de l’éternité
Ma chaude haleine a pu se déposer.

Ses empreintes, comme des ornements,
Déjà se déchiffrent malaisément.

Que l’instant s’envole avec la buée !
Mon cher dessin, rien ne peut l’effacer.

***

Дано мне тело — что мне делать с ним,
Таким единым и таким моим?

За радость тихую дышать и жить,
Кого, скажите, мне благодарить?

Я и садовник, я же и цветок,
В темнице мира я не одинок.

На стекла вечности уже легло
Мое дыхание, мое тепло.

Запечатлеется на нем узор,
Неузнаваемый с недавних пор.

Пускай мгновения стекает муть —
Узора милого не зачеркнуть!

(Ossip Mandelstam)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: (La) Pierre
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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CHANT DU PALAIS PRINTANIER (Wang Changling)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



CHANT DU PALAIS PRINTANIER

La nuit dernière le vent emportait les fleurs de
pêchers au puits Lujing
Du haut du ciel le disque lunaire
éclairait le palais Weiyang

Pour la remercier de ses chants et danses
L’empereur a offert à sa nouvelle favorite Pingyang
une robe la protégeant de la fraîcheur du printemps

(Wang Changling)

 

 

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Que dirai-je aux oeillets (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



Que dirai-je aux oeillets
pour les remercier de leur parfum ?

(Pablo Neruda)

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Moisson d’attentes, Nuit tu rêvas (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



    

Moisson d’attentes, Nuit
tu rêvas
de rives incroyables,
remerciant.

Tu aurais voulu graver
son nom sur la porte
interdite, dessiner
le feu de sa bouche,

La syllabe de ses jambes,
la lettre de ses doigts.
Tu as connu de sensibles oiseaux :

Les voici désormais qui se taisent,
la nuit ancienne tourne
autour des yeux plus froids.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la respiration sont incluses deux grâces (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



Dans la respiration sont incluses deux grâces:
Aspirer l’air, et s’en délivrer.
L’un oppresse, l’autre soulage;
Tel est le merveilleux mélange de vie.
Remercie donc Dieu quand il te presse,
Et remercie-le encore quand il te relâche à nouveau.

***

Im Atemholen sind zweierlei Gnaden:
Die Luft einziehn, sich ihrer entladen.
Jenes bedrängt, dieses erfrischt;
So wunderbar ist das Leben gemischt.
Du danke Gott, wenn er dich presst,
Und dank’ ihm, wenn er dich wieder entlässt.

(Goethe)

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J’étreins la fée (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




    
J’étreins la fée

J’étreins la fée, elle est mon outre-monde.
Sans elle ici, je ne serais qu’une ombre.

Je la chéris car elle est ma croyance
comme une sainte et qu’on ne peut prier.

Elle a surgi de mes contes d’enfance
pour venir vivre avec moi dans ma vie.

Elle est si belle et ses yeux m’illuminent
comme un sapin de Noël en été.

Je la contemple et ne demande rien.
Elle est le don, sa présence suffit.

Qu’elle me touche et fasse de mon corps
un crapaud noir, je la remercierais.

Je ne dis rien. Son silence est en moi,
en moi qui suis l’hôte de son étoile.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Vous m’avez tiré du néant (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration
    
C’est étrange que, toute jeune et petite, à l’âge de ma plus grande foi
et de mon plus ardent amour pour l’Amour invisible,
j’aie toujours eu dans l’ombre du sang ce grand cri sombre de naissance
que même Dieu n’a jamais complètement apaisé.

(…)
Mais quand le prêtre commençait la seconde oraison:

« Que vous rendrais-je, ô mon Dieu,
pour tous les biens que j’ai reçus de Vous ?

(…)
Vous m’avez tiré du néant… »

brusquement mon coeur s’arrêtait de prier.
(…)
Je ne pouvais pas, non !

Je ne pouvais pas le remercier de m’avoir tirée du néant,
et encore aujourd’hui je ne le peux guère.

J’eusse préféré qu’il m’y laissât à l’abri
de ce grand trouble de vivre et de mourir.

(Marie Noël)

 

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La rose, pourquoi pas? (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018




    
La rose, pourquoi pas?

Je nommerai rose la rose,
rose toujours «déclose»
de Ronsard ou Saadi,
toujours mortelle et renaissante,
rose de siècle en siècle,
rose femme ou rose mystique,
humble rose que je respire, rose rose de mon jardin.

Voyez! sur ce roseau pensif
une libellule bleue s’est posée,
tendue, ailes vibrantes,
messagère de la beauté,
toute joie,
et dans l’ombre,
toute lumière

Un jour encore.
Qui remercier?
Remercions cette main vers nous tendue
et au-delà le corps immense
deviné
dans la brume qui se déchire.
Ce sont l’écoute
la ferveur,
et la louange
qui nous sauvent.

(Jean Joubert)

 

Recueil: Longtemps j’ai courtisé la nuit
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Lettre ouverte aux copains et copines (14 janvier 2011) (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



Lettre ouverte aux copains et copines (14 janvier 2011)

Sur le point d’achever mon aventure terrestre et de pousser
mon dernier couac
Je vous remercie tous et toutes pour votre immense
gentillesse
Je partirai de ce monde totalement libéré
Ne resteront que notre indestructible amitié
Et mon œuvre
Laquelle pour l’instant demeure lettre morte
Enterrez-moi sous un dolmen
Sur lequel vous ferez graver : « Ici on se rince la dalle »
Pique-niquez sur lui avec bons vins et bonne chère
Mais ne me pissez pas dessus
Et n’oubliez pas : on survit à toutes les morts sauf à la sienne

(Jean-Claude Demay)

 

 

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