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Poésie

Posts Tagged ‘remords’

Retouche au désert (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2020



Retouche au désert

silence
remords d’une longue lapidation
la lumière ne desserre pas le poing

(Daniel Boulanger)

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Ton coeur larmoie (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020



 

Alexandr Sulimov -    (18)

Ton coeur larmoie,
Ce soir de Mai,
Comme un enfant;
Ton coeur larmoie,
Et se défend
D’avoir aimé
Comme un enfant…

Ton coeur regrette,
En ce doux soir,
Comme un remords;
Ton coeur regrette
Ses rêves morts
Et cet espoir,
Comme un remords…

Ton coeur hésite
Et craint d’aimer
Comme d’abord;
Ton coeur hésite…
Et c’est au bord
De cette mer,
Comme d’abord…

Ton coeur se grise
Au même vin
Sans le savoir;
Ton coeur se grise,
En ce doux soir,
Encore en vain,
Sans le savoir…

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Alexandre Sulimov

 

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Simple (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Simple

Une déchirure dans les nuages. Le bleu
du contour des montagnes.
Jaune foncé des champs.
Noir de la rivière. Qu’est-ce que je fais ici,
seul et plein de remords ?

Je continue distraitement de manger le bol
de framboises. Si j’étais mort,
penses-y me dis-je, je ne serais pas
en train de les manger. Ce n’est pas si simple.
C’est tout simple.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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Retouche au remords (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



 

Roger Suraud_Venise   [1280x768]

retouche au remords

dans la Venise intime
où tant de corps arqués
relient d’autant de ponts
les quartiers de mon coeur
passe une ombre à cheveux blancs
sa tunique
serrée d’une contenance d’or

(Daniel Boulanger)

Illustration: Roger Suraud

 

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Se voir le plus possible… (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020


 


Andrey Remnev _ Andrej Remnjov_ Remnev (51)

Se voir le plus possible…

Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge
Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
Et dans cette clarté respirer librement —
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

(Alfred de Musset)

Illustration: Andrey Remnev

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QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



QUE L’EAU TOMBE GOUTTE A GOUTTE…

Que l’eau tombe goutte à goutte
Dans les paumes de la nuit,
Et nous disons : Solitude,
Remords, Enfance immolée,
Quand c’est en langage d’eau
Des choses d’eau qui se disent,
Des choses d’eau qui se font.

Que le vent froisse soudain
La ramée de nos épaules,
Et nous disons : Prophétie,
Imminence du verdict,
Quand c’est une gerbe d’air
Qui se défait dans la vasque
Desséchée de l’univers.

Pas de danger que les choses
De leur côté s’imaginent
De prendre pour alphabet
Nos piètres métamorphoses !
Elles nous diraient plutôt
De boire nos propres larmes
Pour retarder notre soif ;

Elles nous diraient plutôt
De prendre garde au langage,
Aux avances qu’il nous fait
D’un royaume ou d’un exil,
Comme on fera d’un miroir
A nos lèvres bleuissantes
A l’heure de notre mort ;

Elles nous diraient plutôt
De faire des choses d’homme,
De vin rouge et de pain blanc,
Et d’oser ce que nous sommes
Dans le chantier des vivants,
Pendant que Dieu s’abandonne
Aux délices du néant.

(Jean Rousselot)

Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes)

 

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BAGARRES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2020



 

Illustration: Jeannie Lynn Paske
    
BAGARRES

Je me bats le jour je me bats la nuit
batailles contre la mélancolie
cette vieille pieuvre toujours éveillée
qui me guette au coin des années
au coin des rues et des souvenirs
et lance son refrain mourir
alors que je veux vivre mille fois
que je veux aimer que je veux la joie
qu’il est temps enfin d’espérer
temps de croire temps de respirer

Je porte une flamme dans mon coeur
elle brûle c’est mon enfant ma soeur
c’est la vie qui sourit qui murmure
c’est le temps qui fuit pour que dure
le grand incendie toute la vie
sans remords sans mélancolie
dans l’univers qu’ont créé
les rêves et toute la vérité
seule vérité ma vérité lumière
pour aujourd’hui demain hier

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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FRÈRES AVEUGLES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
FRÈRES AVEUGLES

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laisser conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette
Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort
à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain
Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare
Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un oeil mélancolique
en se plaignant des moustiques
des éléphants de la colique
Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont
Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coup de cauchemars
contre scrupules et remords
Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face
Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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COUPLETS DE LA FILEUSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2020



Illustration: William Bouguereau
    
COUPLETS DE LA FILEUSE

Je file les rayons de lune
le vent qui souffle et la fumée
je file des lambeaux de brume
les cheveux d’ange et les reflets
Je choisis les parfums très doux
les lueurs de l’aube et les soucis
pour ma quenouille de cristal
et mes rêves les plus secrets

Quand le soir tombe je file encore
pour que passent le temps et la vie
Je prépare mon crépuscule
mon agonie et mon décès
Tous les fils de ma vie s’emmêlent
et je me perds dans mes regrets
dans l’écheveau de mes remords
en attendant l’heure de la mort

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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JUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020




    
JUSQUE

Par milliers millions milliards
voie lactée incalculable
forêt chaque arbre un rappel
chaque campanule autant de cloches
dans les prés du souvenir
chaque nuage jamais retrouvé
dans le ciel de la mémoire
écumes que l’océan impose
pour toutes les marées
celles de la honte du désespoir
de la mélancolie
et les vagues de regrets de remords
qui se brisent quand vient la nuit
Orages oubliés éclairs de colère
éclairs des déchirements
le sang coulera-t-il longtemps
le prochain orage qu’on n’attendait plus
plus jamais
Et pourtant le premier coup de tonnerre
la même catastrophe et la même chanson

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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