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Poésie

Posts Tagged ‘remplacer’

A TOUT JAMAIS (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



A TOUT JAMAIS

Quand nous aurons fermé les yeux
A tout jamais
A tout jamais
A l’instant du dernier adieu
J’en aurai encor du regret
J’en aurai encor du remords
Et partirai avec ma peine
Et pour peu que je me souvienne
Ce mal n’en sera que plus fort
Car nous avons fermé nos coeurs
A tout jamais
A tout jamais
Pour remplacer tant de bonheur
Par du chagrin et des regrets.

Lorsque les siècles bout à bout
A tout jamais
Auront mis le passé sur nous
Et que l’oubli sera complet
S’il reste encore une lueur
S’il reste encore un rien de flamme
Sous la cendre tiède de l’âme
Qui paraît-il jamais ne meurt
Pour trouver le calme infini
A tout jamais
A tout jamais
Tout comme au temps de notre vie
Mon amour je te chercherai
T’appellerai
Te trouverai
Te garderai
A tout jamais

(Charles Aznavour)

 

 

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Pour m’endormir (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018



    

Pour m’endormir, je mets
le masque du sommeil : un léger voile
que je tisse avec les événements du jour
et les mots dont je perds le fil en m’endormant.
Une toile aussi fine que celle de l’araignée
où restent au matin des lambeaux de rêves :
des images prises au piège, les discours décousus
d’un somnambule qui se réveille.

Le masque du cauchemar est un masque de fer
et de bois dur. La corne et l’ivoire,
c’était pour les dieux qui parlaient latin
et les grands mammifères dont on faisait
des trophées. Les bibelots nous suffisent:
la jungle des images a remplacé les grandes battues.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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Vous avez dit « Je t’aime » (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Vous avez dit « Je t’aime » au vide-ordures,
« je vous salue » aux fruits tombés,
« bonjour » au sable assis sur vos mensonges.
Vous avez dit « remplacez-nous »
aux trottoirs malheureux,
à la fatigue végétale,
au verbe sans vertèbre.
Vous avez dépensé tout votre orgueil.
Retraités de la peur, mot à mot, geste à geste,
vous êtes devenus votre potence.

(Alain Bosquet)

 

 

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Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ? (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Il faudrait me serrer si fort — quels bras sauraient ?
Debout, et moi debout, face à face, à toi noue-moi.
Non point dans la mort d’amour où nous ne serions ensemble que sursauts et sommeils.
Mais front contre front, poitrine contre poitrine,
— et qui dirait si le calme tumulte cognant dans nos oreilles c’est mon coeur qui frappe ou le tien ? —
les jambes droites contre les jambes, serre moi si fort que l’âme éperdue enfin trouve son repos.
La jointure est telle qu’un instant, ô rempart clos et battant autour de moi,
l’angoisse même je ne la respire plus dans l’air remplacé par ton souffle.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Gennadiy Ulybin

 

 

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FIGURES (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
FIGURES

Je bats comme des cartes
Malgré moi des visages,
Et, tous, ils me sont chers.
Parfois l’un tombe à terre
Et j’ai beau le chercher
La carte a disparu.
Je n’en sais rien de plus.
C’était un beau visage
Pourtant, que j’aimais bien.
Je bats les autres cartes.
L’inquiet de ma chambre,
Je veux dire mon coeur,
Continue à brûler
Mais non pour cette carte,
Qu’une autre a remplacée :
C’est un nouveau visage,
Le jeu reste complet
Mais toujours mutilé.
C’est tout ce que je sais,
Nul n’en sait davantage.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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LAS D’ETRE MOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



LAS D’ETRE MOI

Las d’être moi, parfois je me remplace
par mon discours, et sans me reconnaître,
je me destine à parler sans ma voix.

Je ne sais rien. L’ombre efface mon ombre.
Je me dis lampe espérant m’éclairer,
je ne connais pas d’amis éblouis.

Tout est miracle. Et moi, suis-je miracle
ou la copie exacte d’un autre être
qui pratiquait la science des jours ?

Dans ce miroir, tu m’apparais funèbre,
toi mon fantôme. En es-tu satisfait ?
Je lis déjà mon ultime buée.

J’ai tant vécu sans apprendre à me vivre.
L’éternité me jette ses outrages
et je ne peux essuyer ce crachat.

(Robert Sabatier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Toi rien que toi (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Montserrat Gudiol
    
Toi rien que toi
la vie continue sans raison.

La mort raisonnable regarde mon sang
qui court pour vivre dans son tunnel
et mon coeur
qui se détruit à t’aimer.

Car je t’aime
car je ne veux vivre encore un peu
que pour une fois encore
sceller mes yeux, mes mains
et tout mon corps
à ton image chaude et nue.

Car je t’aime
ma folie s’est partagée
comme un oiseau de foudre
dont l’aile éclatante t’éclaire
cependant que les griffes brûlantes
remplacent mes veines.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je pense que tout est fini (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le coeur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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SÉPARATION (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017


Illustration: ArbreaPhotos


Illustration: Pablo Picasso 
    
SÉPARATION

Éloigne-toi, femme trop lasse
pour habiller ce livre nu.
Une autre image te remplace,
qui revendique à l’inconnu
le droit de vivre de mensonges.
Tu me déplais ! écrite en vers
ou effacée. Je te prolonge
comme on prolonge un jeu pervers
qui prend fa forme d’une danse,
selon l’humeur, selon le goût
de ce grand maître : le silence,
coupeur de seins et de genoux.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUCUN DIEU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




Illustration
    
AUCUN DIEU

Aucun dieu ne l’aura voulu, ni même su,
Aucun ne l’a accompagné dans sa fatigue,
Un rêve, cet enfant sur le boulevard
Qui marche près de lui, ceint de lumière.

Aucun n’est mort à l’heure où il est mort,
N’a pris sa main dans les draps en désordre,
Aucun n’aura jamais travaillé près de lui
Dans l’atelier qui remplaça la vie.

Remonte, dans les mots qui disent le monde,
Son silence, qui les dénie, qui me demande
D’en imaginer d’autres, mais je ne puis.

Personne n’a posé son regard sur lui.
Ce qui aurait pu être ne sera pas.
La parole ne sauve pas, parfois elle rêve.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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