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Poésie

Posts Tagged ‘remplacer’

FIGURES (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
FIGURES

Je bats comme des cartes
Malgré moi des visages,
Et, tous, ils me sont chers.
Parfois l’un tombe à terre
Et j’ai beau le chercher
La carte a disparu.
Je n’en sais rien de plus.
C’était un beau visage
Pourtant, que j’aimais bien.
Je bats les autres cartes.
L’inquiet de ma chambre,
Je veux dire mon coeur,
Continue à brûler
Mais non pour cette carte,
Qu’une autre a remplacée :
C’est un nouveau visage,
Le jeu reste complet
Mais toujours mutilé.
C’est tout ce que je sais,
Nul n’en sait davantage.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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LAS D’ETRE MOI (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



LAS D’ETRE MOI

Las d’être moi, parfois je me remplace
par mon discours, et sans me reconnaître,
je me destine à parler sans ma voix.

Je ne sais rien. L’ombre efface mon ombre.
Je me dis lampe espérant m’éclairer,
je ne connais pas d’amis éblouis.

Tout est miracle. Et moi, suis-je miracle
ou la copie exacte d’un autre être
qui pratiquait la science des jours ?

Dans ce miroir, tu m’apparais funèbre,
toi mon fantôme. En es-tu satisfait ?
Je lis déjà mon ultime buée.

J’ai tant vécu sans apprendre à me vivre.
L’éternité me jette ses outrages
et je ne peux essuyer ce crachat.

(Robert Sabatier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration

 

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Toi rien que toi (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Montserrat Gudiol
    
Toi rien que toi
la vie continue sans raison.

La mort raisonnable regarde mon sang
qui court pour vivre dans son tunnel
et mon coeur
qui se détruit à t’aimer.

Car je t’aime
car je ne veux vivre encore un peu
que pour une fois encore
sceller mes yeux, mes mains
et tout mon corps
à ton image chaude et nue.

Car je t’aime
ma folie s’est partagée
comme un oiseau de foudre
dont l’aile éclatante t’éclaire
cependant que les griffes brûlantes
remplacent mes veines.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je pense que tout est fini (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le coeur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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SÉPARATION (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017


Illustration: ArbreaPhotos


Illustration: Pablo Picasso 
    
SÉPARATION

Éloigne-toi, femme trop lasse
pour habiller ce livre nu.
Une autre image te remplace,
qui revendique à l’inconnu
le droit de vivre de mensonges.
Tu me déplais ! écrite en vers
ou effacée. Je te prolonge
comme on prolonge un jeu pervers
qui prend fa forme d’une danse,
selon l’humeur, selon le goût
de ce grand maître : le silence,
coupeur de seins et de genoux.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUCUN DIEU (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




Illustration
    
AUCUN DIEU

Aucun dieu ne l’aura voulu, ni même su,
Aucun ne l’a accompagné dans sa fatigue,
Un rêve, cet enfant sur le boulevard
Qui marche près de lui, ceint de lumière.

Aucun n’est mort à l’heure où il est mort,
N’a pris sa main dans les draps en désordre,
Aucun n’aura jamais travaillé près de lui
Dans l’atelier qui remplaça la vie.

Remonte, dans les mots qui disent le monde,
Son silence, qui les dénie, qui me demande
D’en imaginer d’autres, mais je ne puis.

Personne n’a posé son regard sur lui.
Ce qui aurait pu être ne sera pas.
La parole ne sauve pas, parfois elle rêve.

(Yves Bonnefoy)

 

Recueil: L’heure présente
Editions: Mercure de France

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LES DIMENSIONS DU JOUR (I) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



 

Illustration: Alex Alemany
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (I)

Les mots ont été créés pour qu’en fermant les yeux
je puisse venir à toi sans faire un mouvement.
Ta gorge s’éveille quand je l’appelle
d’une voix qui en connaît avant moi la forme.

Quand tu n’es pas à portée de mon regard,
quelques mots toujours pareils te remplacent.
Mais je puis aller jusqu’au bout de toi
sans en prononcer un seul.

Dans mon sommeil je te prépare
pour t’avoir plus nue chaque jour.
Je ne suis pas l’esclave de ce que je te dis
parce que chaque parole te délie de mon désir.

Mais ta bouche ordonne les mots dont j’ai besoin
pour être chaque matin dans la rue
l’homme qui va à son travail
avec une tête différente de celle des autres passants.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je cherche (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



Illustration: Alain Chayer
    
Je cherche
ce que nous cherchons tous
Nella
la pureté

Oui tous nous la cherchons
cette chose sans prix
cette chose si pauvre
que le mot de pureté
est encore bien trop riche
pour la dire
et qu’il vaut mieux le remplacer
par celui de bonté
ou mieux encore par celui de
légèreté

Je cherche la légèreté Nella
celle du funambule

Comment faire comment être
De quel pas aller
sur le fil tendu de l’âme

J’avance quand même
peu mais j’avance
et beaucoup grâce à vous

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Le mot dans le Noyau (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Le mot dans le Noyau

Le MOT que nous avons Écrit dans le noyau
Et caché dans la terre
Et qu’un arbre remplace
Il ressuscitera
Par cent multiplié
Pour les enfants futurs
Cherchant au cœur du fruit
Le message secret
Sur l’amande gravé

Si ce mot est amour
Qui le pourrait changer?

(Marcel Béalu)


Illustration

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Le mot dit ne s’efface pas (Yves Boisvert)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Le mot dit ne s’efface pas
à moins de l’ôter de sa mémoire
et de le remplacer par son suivant
et puisqu’il faut des mots
ils sont ce qui nous reste
quand tout le monde s’en va

(Yves Boisvert)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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