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Poésie

Posts Tagged ‘remplir’

Quels sont ces propos… (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Otto Dix
    
Quels sont ces propos…

Quels sont ces propos de tueur et de tué ?
Les glaives ne sont point assez aiguisés ni les flots assez puissants
pour éteindre le feu de notre âme. La mort et la douleur
sont pures conventions d’un plus noble théâtre.
Tel un héros pourchassé par son destin
tombe comme un pilier arraché du monde immense,
ébranlant le coeur des hommes, et que rempli d’effroi
l’auditoire se tait ou pleure, vaincu par le chagrin,
tandis que derrière la scène l’acteur soupire
de soulagement, ôte son masque
et parle aux amis qui l’attendent, ou des coulisses
observe l’accalmie de la scène finale –
de même l’esprit indemne des tués
s’éloignant de nos yeux, ne cesse pas de vivre.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Ode à l’école du soir (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Marc Chagall 
    
Ode à l’école du soir

Employés et manouvriers
s’en vont à l’école du soir
quand la peau des femmes est plus douce
et que les enfants translucides
tracent les dernières marelles
aux carrefours couleur de rose
et par-delà la ville s’étendent
des archipels de villages
remplis aussi d’écoles du soir ;
au haut d’un arbre l’idéal
chante par la voix d’un oiseau,
lentement les rivières coulent,
un fantassin sur un pont d’or
baise aux joues la servante blanche,
douceurs de vivre, ô serpents
emmêlés dans la pourpre vaine,
de lourds passés meurent au ciel ;
qu’Eve à jamais rendit amère
la lourde beauté du feuillage,
mais l’Ecole du soir dans ses bras
de République fortunée
recueille les grands apprentis sages.

(Jean Follain)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: La Main Chaude
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’arbre (Rina Lasnier)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




    
L’arbre

J’avais un grand arbre vert
Où nichait mon enfance ailée,
Un arbre grand troué de lumière
Qui remplissait le haut de mon âme.

J’avais de douces branches vertes
Où chantait mon enfance triste,
Des branches vertes et sonores
Qui répétaient les chagrins de mon âme.

J’avais mille feuilles vertes
Où palpitait l’élan de mon enfance,
Des feuilles lisses et captives
Comme les oiseaux de mon âme.

J’avais un grand arbre vert
Où se dénouait la fleur de mon enfance,
Pour quel printemps, pour quelle abeille ?
Pour quelle joie, pour quelle souffrance ?

(Rina Lasnier)

 

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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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Un chant à la porte (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2020




    

Un chant à la porte
Me fit malgré moi lever
La main du tissage ;
L’air amusé de ma soeur
Remplit de gêne mon coeur

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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PREMIERE BRISE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



PREMIERE BRISE

Le pollen de ce visage
remplit ta main.

Une seule caresse
ne te laisse

que la poussière
de son image.

A moins que le matin?

(Jean Mambrino)


Illustration: Fabienne Contat

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RETOUR AUX SOURCES (Guy Bellay)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



RETOUR AUX SOURCES

Face au soleil couchant, je me lève devant la tente,
un repas de tomates dans le ventre.
Je ne suis pas un dieu. Je me couche quand je veux.
Ma femme réchauffe un bol de lait dans son corps étendu sous la lune.
Elle n’est pas une déesse. Elle peut rester cachée.
C’est peut-être notre tour de maintenir la souveraineté sur le monde,
près d’une pyramide de toile, comme on veille un agonisant.
Si nul ne vient nous relever, nous partirons avant d’oublier le chemin.
Nous nous remplissons seulement de silence comme un accumulateur d’eau de pluie.

(Guy Bellay)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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De l’aube au soir (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



De l’aube au soir

La brume se noue au cou
Des maisons frileuses
Aux vitres gonflées de sommeil
Quand l’aube réveille le village
Sous un ciel qui bâille
La lumière éclabousse les toits
Et la rivière qui chante

La fenêtre s’écarquille
Pour contempler l’espace
Je l’ouvre toute grande
Pour me remplir de matin
Et renaître au monde
L’air coule dans mes mains
Je touche le jour
Et caresse tes joues
Nos voix se répondent

A midi dans le jardin
Je fonds dans la chaleur
Et je ne vois plus rien
Il n’y a plus que mon sang qui vit
Au rythme de la lumière
Et quelque chose en moi
Qui ne veut pas mourir
Quand la clarté se dissipe
J’aimerais la retenir
Car je crains le soir et ses vapeurs froides
Quand le ciel grelotte
Au-dessus des feuilles

Alors qu’à l’horizon montent les étoiles
Sous leur regard et celui de la lune
Je possède l’infini…

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Ô quelle grande solitude (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



 

Ô quelle grande solitude tu as fait dans ma maison,
Ma petite Ursule bien-aimée, par ton rapide départ;
Nous sommes nombreux, et pourtant, notre maison est déserte;
L’absence d’une petite âme a fait chez nous un grand vide.
Tu babillais tout le temps, et tu chantais pour tous,
Ta personne remplissait tous les coins de notre demeure.
Du front de ta mère tu chassais la chagrine tristesse,
De la tête de ton père tu chassais les noirs soucis,
Prenant un tel par le bras, et étreignant un autre,
Déridant toute la maisonnée par ton rire joyeux.
Maintenant tout se tait : la maison est un désert :
Pas un jeu; personne n’a envie d’éclater de rire.
Et dans chaque coin le regret saisit l’homme par le coeur;
C’est en vain que l’on cherche la moindre trace de bonheur.

(Adam Mickiewicz)

Illustration: Henry Raeburn

 

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OBLIGATION RECTANGULAIRE (Ron Padgett)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019




    
OBLIGATION RECTANGULAIRE

J’ai un rectangle à remplir. De dessous il a l’air d’un rectangle, mais vu de
côté il est invisible, parce que c’est une idée. Je pince ses côtés et ils
vibrent, mais comme tout le reste. Un concert remonte ta route, et toute
une feuille de rire s’arrache de la surface pour s’envoler comme ce
rectangle le ferait s’il avait de l’énergie. Mais il n’en a pas, jusqu’au moment
où ma tête se change en bois et s’échauffe à l’intérieur. Alors le rectangle
se met à luire et fredonner. Soudain des « bulles d’hilarité » se répandent
dans tout le système, les quatre côtés du rectangle se séparent et dérivent
dans plusieurs directions, tournant sur eux-mêmes et basculant lentement
dans le noir. Je suis bien content d’en être débarrassé.

(Ron Padgett)

 

Recueil: On ne sait jamais
Traduction: Claire Guillot
Editions: Joca Seria

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