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Poésie

Posts Tagged ‘Renaissance’

Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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Renaissance (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2020



Illustration: Nicholas Roerich

    

Renaissance

La félicité divine n’atteint pas si tôt sa plénitude en nous,
tout ne finit pas pour nous en une vie ;
il n’est pas de terme à notre esprit
ni à la joie qu’il recherche.

Nos âmes et le ciel sont d’égale stature
et de naissance immémoriale ;
impérissable semence, moule infini de la Nature,
ils ne furent point façonnés sur terre,

ni à la terre ne lèguent-ils leurs cendres,
mais en eux-mêmes ils perdurent.
Un avenir sans fin affleure sous tes paupières,
enfant d’un passé sans fin.

De vieux souvenirs nous reviennent, de vieux rêves nous submergent,
êtres disparus que nous avons connus,
fictions et portraits ; cadres insaisissables –
ils se détachent, austères et solitaires.

Tous nos espoirs, tous nos rêves, trésors du souvenir,
sont prévisions mal déchiffrées,
mais de quelle vie, de quel lieu? Seul peut le dire
qui mesura les cieux illimités.

Le Temps est une convention tenace ; avenir et présent
vivaient dans le passé ;
ils sont une même image que nos volontés complaisantes
en trois plans ont projetée.

Le passé oublié est en nous immortel,
nos naissances et la fin proche
déjà accomplies. Vers une cime, à bout de souffle,
parfois nos âmes s’élèvent,

d’où notre pensée revient fortifiée ; car en surgit
l’immense océan du Temps
dont la houle infinie s’étend devant nos yeux,
et ses sublimes symphonies ;

et parfois, levant ce voile du mental
l’esprit regarde et voit
les âges disparus dont héritent nos vies
et les siècles à venir :

il voit des royaumes labourés par les vagues refouler l’océan –
là où surgi des troubles profondeurs
se dresse maintenant Himâlaya, il voit la marche formidable
des flots mesurer la moitié du monde ;

ou bien derrière nous, la trame se dénoue
et sur ses fils nous contemplons –
courses anciennes des étoiles, lieux jadis parcourus
dans un temps dont le souvenir s’est effacé.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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RENAISSANCE (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019



RENAISSANCE

Galerie de l’âme… L’âme enfant!
Sa claire lumière rieuse;
et la petite histoire,
et la joie de la vie nouvelle…

Ah! renaître à nouveau, parcourir le chemin,
en ayant retrouvé le sentier perdu!

Et de nouveau sentir dans notre main
cette palpitation de la bonne main
de notre mère… Et cheminer en rêves
par amour de la main qui nous mène.

*

Dans nos âmes tout est gouverné
par une main mystérieuse.
Incompréhensibles, muettes,
nous ne savons rien de nos âmes.

Les plus profondes paroles du sage
nous enseignent ce que nous disent
le sifflement du vent qui souffle,
ou le murmure des eaux qui coulent.

(Antonio Machado)

Illustration

 

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Prends soin de ce corps (Shan Sa)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019



Illustration: Chloe Yzoard
    
Prends soin de ce corps
Trois mille âmes l’ont habité
Il te conduit
Vaisseau large
De la rivière à la mer
De la mort à la renaissance

(Shan Sa)

 

Recueil: Le vent vif & le glaive rapide
Traduction:
Editions: William Blake & CO. Edit.

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Au fond du jardin (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
Au fond du jardin
une femme suspend
les draps de l’aube
fraîchement lavés
de la nuit

Mal rincés
marbrés de traînées
sperme des rêves
pris dans la trame

Il faudra recommencer

Lassitude des matins

Du songe
elle attendait
renaissanoe
le voici souillure

Peau aplatie d’ennui
usure lente
des gestes
des linges

Pelouse
piquetée de débris
elle les ramasse
décroche les draps

Rentre
écoute
le ronronnement
de la répétition

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Julius Bissier jouait du violoncelle (Emmanuel Moses)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Julius Bissier jouait du violoncelle

Dans son journal, le peintre allemand Julius Bissier écrit :
« Comme une araignée nous surprend dans le rêve et le sommeil,
l’angoisse me saisit à la gorge » (13 novembre 1943)
et le 16 janvier 1944 :
« Il faut une force énorme pour attendre la renaissance de la vie. »

Prise à la même époque, une photographie le montre
jouant du violoncelle
attentif semble-t-il autant aux sons tirés de l’instrument
qu’aux résonances intérieures
le visage partagé entre l’ombre et la clarté

chaque jour il lance un appel à l’infiniment lointain
qui lui répond en toute intimité

(Emmanuel Moses)

 

Recueil: Figure rose
Traduction:
Editions: Flammarion

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Regains (Patrice de La Tour du Pin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018



Regains

Regains… tout le reste de la plaine est fauché;
Ce vague de l’esprit qui rôdait sur les chaumes
S’en ira balayé par le vent; le fantôme
De l’éternelle inquiétude est desséché.

Regains… je vais pouvoir nager dans le vert tendre
Des prairies, le fouillis des odeurs végétales,
Et lécher la rosée à même les pétales…
Regains… ne pas s’abandonner, mais tout comprendre.

Laisse couler en toi l’ambiance dorée;
Puisque le désir vient d’embrasser ces collines,
Caresse-les des mains : elles sont féminines,
Frémissantes, comme des vagues nacrées.

Où vas-tu, battant l’air divin avec fureur ?
Je te croyais gonflé de calme et d’espérance,
Mûri pour la sagesse et pour la renaissance…
— Peut-être la renaissance de la douleur…

(Patrice de La Tour du Pin)


Illustration

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La pomme rouge (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

Le Tintoret peignit sa fille morte
il passait des voitures au loin
le peintre est mort à son tour
de longs rails aujourd’hui
corsettent la terre
et la cisèlent
la Renaissance résiste
dans le clair-obscur des musées
les voix muent
souvent même le silence
est comme épuisé
mais la pomme rouge demeure.

(Jean Follain)

 

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RENAISSANCE (Alain Lance)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2018




    
RENAISSANCE

1
Quelque chose bat lentement
Qui ne bruit pas encore
Rumeur lovée
Lumière lointaine
L’éveil va délacer les corps
Pour une mêlée plus claire
Pour un nouveau sommeil
Un merle s’est mis à démailler l’ombre
Une carriole de jonquilles s’en va sous les branches

2
Les nuages prennent du champ les paroles
Passent à d’autres collines les pentes
Vers nous mènent leur troupeau de lavande
Le vent anime un débat dans les herbes
Et mon sang n’est qu’une soif très ancienne
Montant vers toi vers tes yeux cet instant
Ce frisson du feuillage où neigent les colombes

(Alain Lance)

 

Recueil: Temps criblé
Editions: Obsidiane et le temps qu’il fait

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CHANSON DU VAGABOND (Sakutarô Hagiwara)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



 

vagabond  _p

CHANSON DU VAGABOND
HYÓHAKUSHA NO UTA

Le jour est monté sur le talus
Et la tristesse rôde sous le pont.
Jusqu’au ciel infini
Les rails s’étirent, et derrière les barrières
Une ombre solitaire erre.

Oh, toi, le vagabond!
Tu viens du passé, et passes l’avenir,
Et poursuis une nostalgie éternelle.
Pourquoi vacilles-tu,
Marche triste des aiguilles du temps?
Comme on tue un serpent avec une pierre
Brise donc ce cercle de renaissance
Et foule et coupe cette lâche désolation.

Ah, plus solitaire que le diable
Tu as supporté l’hiver des frimas!
Sans jamais rien croire
Tu as connu l’exaspération de croire.
Sans jamais le nier
Tu as accusé ton désir.
Aussi pourquoi épuisé de tristesse
Rentrerais-tu là où tendrement enlacé t’embrasserait quelqu’un?
Jamais tu n’as rien aimé
Et on ne doit jamais t’aimer.

Oh, toi, désolation,
Tu montes la côte d’un morne couchant
Et vas errant sur un talus sans volonté
Mais nulle part il ne doit y avoir de pays.
Pour toi, il ne doit y avoir de pays!

(Sakutarô Hagiwara)

Illustration: Théophile Alexandre Steinlen

 

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