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Posts Tagged ‘renaissant’

Antés des désirs renaissants (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Malinowski_Lettre-650Plus que la nuit nue
la femme vient hanter
nos rêves pareils à Antée
antés des désirs renaissants.

(Robert Desnos)

Illustration: Andrzej Malinowski

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LES HOMMES SUR LA TERRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018




    
LES HOMMES SUR LA TERRE

Nous étions quatre autour d’une table
Buvant du vin rouge et chantant
Quand nous en avions envie.

Une giroflée flétrie dans un jardin à l’abandon
Le souvenir d’une robe au détour d’une allée
Une persienne battant la façade.

Le premier dit : « Le monde est vaste et le vin est bon
Vaste est mon coeur et bon mon sang
Pourquoi mes mains et mon coeur sont-ils vides ? »

Un soir d’été le chant des rameurs sur une rivière
Le reflet des grands peupliers
Et la sirène d’un remorqueur demandant l’écluse.

Le second dit : « J’ai rencontré une fontaine
L’eau était fraîche et parfumée
Je ne sais plus où elle est et tous quatre nous mourrons. »

Que les ruisseaux sont beaux dans les villes
par un matin d’avril
Quand ils charrient des arcs-en-ciel.

Le troisième dit : « Nous sommes nés depuis peu
Et déjà nous avons pas mal de souvenirs
Mais je veux les oublier. »

Un escalier plein d’ombre
Une porte mal fermée
Une femme surprise nue.

Le quatrième dit : « Quels souvenirs?
Cet instant est un bivouac
O mes amis nous allons nous séparer. »

La nuit tombe sur un carrefour
La première lumière dans la campagne
L’odeur des herbes qui brûlent.

Nous nous quittâmes tous les quatre
Lequel étais-je et qu’ai-je dit?
C’était un jour du temps passé.

La croupe luisante d’un cheval
Le cri d’un oiseau dans la nuit
Le clapotis des fleuves sous les ponts.

L’un des quatre est mort
Deux autres ne valent guère mieux
Mais je suis bien vivant et je crois que c’est pour longtemps.

Les collines couvertes de thym
La vieille cour moussue
L’ancienne rue qui conduisait aux forêts.

O vie, ô hommes, amitiés renaissantes
Et tout le sang du monde circulant dans des veines
Dans des veines différentes mais des veines d’hommes, d’hommes sur la terre.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Fortunes
Traduction:
Editions: Gallimard

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MARÉES VII (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    

MARÉES VII

Terres offertes
Terres investies
Terres renaissantes
Terres enfouies

Les mêmes lois impavides
Régissent l’univers
Assignant à nos corps
Fraîcheur et puis dégâts

Brefs récits
D’une humanité séculaire
Disparate et semblable
Entre codes et liberté

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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Où rivière et fleuve (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Illustration
    
Où rivière et fleuve
Ont leurs larmes mêlées
leurs sangs confondus

S’ouvre le val d’attente
Aux saisons défuntes
aux herbes renaissantes

Tout est retrouvaille
Tout est épousailles
la vie s’offre à nu

S’envole l’hirondelle
Changeant brume et nuage
en aérienne extase

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Le crabe sur le sable (Christiane Burucoa)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2017



Le crabe sur le sable
En connait davantage
Par le flux trop lent de son sang
Par le lacis de ses artères,
Devant l’océan renaissant,
Le veilleur est toujours absent.

(Christiane Burucoa)

 

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REFUS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

envol

REFUS

Je ne parlerai pas d’amour.
Le mot s’est arrêté
sur mes lèvres
s’est figé s’est fermé fossilisé.

Je ne dirai pas l’amour
ni le chant qui s’en évade
chant de joie mêlée de crainte
telle l’envolée soudaine
de mille oiseaux dans l’émoi
dans la transe.

Je sens leurs battements d’ailes
l’ivresse de leur vol
vers les cimes toujours plus hautes.
Je sens leur passage
le trouble qui jaillit
au tout profond.
L’espace conquis est ample
et lourd et inquiétant.

Pulsations d’ailes
et du cœur en arythmie
l’amour attache s’accroche
s’épingle se fibule
comme une médaille de la légion.

Je ne dirai pas le combat
pour le tenir
hors du mièvre
du mécanisme de l’habitude.
Je tairai la révolte
la lutte
pour être branche vive
d’un arbre mille fois mort
sans cesse renaissant.

Phénix criant appelant
guettant une proie
toujours naïve
toujours avide
de s’immoler
pour l’inexplicable lumineux.

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

 

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ÉTÉ (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016



ÉTÉ

Eté, je m’en vais ! Les petites mains soumises
de tes soirs me font de la peine.
Dévotement tu arrives ; vieux ;
tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Eté! Tu traverseras mes balcons
avec un grand rosaire d’améthystes et d’ors,
comme un évêque triste qui arriverait
de loin pour chercher et bénir
les bagues brisées de quelques fiancés défunts.

Eté, je m’en vais. Là-bas, en septembre
je connais une rose que je recommande à tes prières;
tu l’arroseras d’eau bénite chaque
matin de péché et de sépulcre.

Et si à force de pleurer le mausolée,
son marbre ouvre des ailes tout enluminé,
élève ton répons, et supplie
Dieu de la garder en mort.
Mais il sera déjà trop tard ;
et tu ne trouveras plus personne dans mon âme.

Ne pleure plus, Eté! Dans ce sillon
meurt une rose renaissante toujours…

***

VERANO

Verano, ya me voy. Y me dan pena
las manitas sumisas de tus tardes.
Llegas devotamente; llegas viejo;
y ya no encontrarás en mi alma a nadie.

Verano! y pasarás por mis balcones
con gran rosario de amatistas y oros,
como un obispo triste que llegara
de lejos a buscar y bendecir
los rotos aros de unos muertos novios.

Verano, ya me voy. Allá, en setiembre
tengo una rosa que te encargo mucho;
la regarás de agua bendita todos
los días de pecado y de sepulcro.

Si a fuerza de llorar el mausoleo,
con luz de fe su mármol aletea,
levanta en alto tu responso, y pide
a Dios que siga para siempre muerta.
Todo ha de ser ya tarde;
y tú no encontrarás en mi alma a nadie.

Ya no llores, Verano! En aquel surco
muere una rosa que renace mucho…

(César Vallejo)

 

 

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Traversée de la France (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Traversée de la France

D’un champ l’autre, la terre écrit son poème,
insère les arbres sur les côtés,
nous laisse tisser nos sentiers
dans le monde autour des terres labourées.

Des fleurs lancent dans le vent des cris de joie,
l’herbe pousse, qui leur offre un lit douillet,
le ciel bleuit et salue, tilleul à la main,
le soleil file de douces chaînes.

Des hommes vont, qui ne sont pas perdus —
terre, ciel, lumière et forêt —
renaissants à chaque printemps,
jouent au jeu de la Toute-Puissance.

***

Fahrt durch Frankreich

Erde dichtet Feld an Feld,
flicht die Bäume ein daneben,
läßt uns unsere Wege weben
urn die Acker in die Welt.

Blüten jubeln in dem Winde,
Gras schiefß auf, sie weich zu betten,
Himmel blaut und grüsst mit Linde,
Sonne spinnt die sanften Ketten.

Menschen gehen unverloren —
Erde, Himmel, Licht und Wald —
jeden Frühling neugeboren
spielend in das Spiel der All-Gewalt.

(Hannah Arendt)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Ce soir je suis un arbre (Michel Thion)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2016



Ce soir je suis un arbre.

Je t’écris arbre du désert,
solitaire effleuré de poussière,
pour te dire à l’heure du soleil sanglant
que toi et moi nous sommes forêt,
que nos racines se croisent, invisibles,
se parlent sous la terre,
partagent l’eau,
comme nos feuilles partagent l’air.

Ce serait l’année de l’effleurement.
Ensemble,
nous ferons le théâtre du vent et de la mer.

Car soleil sanglant il y a aujourd’hui.

Il y a sable et cendre.
Parfois l’un de nous brûle,
est abattu par les bûcherons vêtus de gris,
rongé par les rats
venus des grandes villes noires au-delà de la colline,
il s’estompe de la forêt
mais notre forêt toujours frémit.

Au plus sombre du solstice,
je te le dis,
notre forêt ne mourra pas de la perte de l’eau,
elle est cachée dans nos racines secrètes,
et toujours s’échange,
vive,
bondissante,
fraîche à nos yeux
éraflés de larmes.

Elle coule entre les doigts
de ta main ouverte.
Tu serres le poing
pour la retenir
et quand tu écartes les doigts
il ne reste rien
qu’un bref instant de fraîcheur volatile
qui disparaît à son tour,
souvenir d’un souvenir.
Et c’est cela qui reste gravé en toi,
en nous.

À mes amis trop lointains
voyageurs sans cesse étonnés
dont les racines m’effleurent
au soleil renaissant,
je dis
cette année,
au petit matin pâle,
nous sommes des arbres.

(Michel Thion)

son site ici


Illustration

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L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2015



L’éclat qui de tes pieds monte à ta chevelure,
turgescence entourant ta forme délicate,
n’est pas nacre de mer, n’est jamais argent froid :
tu es faite de pain, pain aimé par le feu.

Avec toi la farine éleva son grenier,
poussa, développée par la chance du temps,
et tandis que doublait le froment de tes seins
le charbon de l’amour travaillait dans la terre.

Oh le pain de ton front, de tes jambes, ta bouche,
dévoré, renaissant avec l’éclat du jour,
ma bien-aimée, bannière des boulangeries,

c’est le feu qui te donna la leçon de sang,
être sacrée, la farine te l’enseigna,
et tu reçus du pain le langage et l’arôme.

***

La luz que de tus pies sube a tu cabellera,
la turgencia que envuelve tu forma delicada,
no es de nácar marino, nunca de plata fría :
eres de pan, de pan amado por el fuego.

La harina levantó su granero contigo
y creció incrementada por la edad venturosa,
cuando los cereales duplicaron tu pecho
mi amor era el carbón trabajando en la tierra.

Oh, pan tu frente, pan tus piernas, pan tu boca,
pan que devoro y nace con luz cada mañana,
bienamada, bandera de las panaderías,

una lección de sangre te dio el fuego,
de la harina aprendiste a ser sagrada,
y del pan el idioma y el aroma.

(Pablo Neruda)

Illustration: Sonia Dziabas

 

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