Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘renaître’

MORT DE LA MORT (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Boris Taslitzky -peintures-nus

MORT DE LA MORT

Deux visages hagards, l’un vers l’autre en action,
Chacun des deux gémit, mais aucun d’eux ne cède ;
Regards durs implorant que la grâce les aide,
Malédiction, cette lutte, ou bénédiction ?

Chacun des deux, dans ce combat sans rémission,
Voit le bras ennemi plus fort et le souhaite,
Cri de douleur qui est aussi cri de conquête,
« Tu m’as vaincu, je vaincs », sanglots, jubilation,

Lèvres emprisonnées aspirant vie et liesse,
Griffe guettée, coeurs qui se consumant renaissent,
Plaie ou douleur, plaisir vont ensemble croissant,
Eux, pionniers de la vie, c’est ainsi qu’ils combattent
Et c’est ainsi qu’ils tuent, ces superbes amants,
En eux, à travers eux, cette mort qui se hâte.

(Gyula Illyès)

Illustration: Boris Taslitzky

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MAI (François Vacher)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020




MAI

Les arbres en fleurs
Fourmillent d’oiseaux.
Une brise effleure
Et plie les roseaux.
Cette haleine douce
Agite les feuilles.
Allons sur la mousse
Nous étendre ! Cueille
Le premier muguet,
Dont l’odeur enivre !
Le beau mois de mai
Enfin nous délivre
Du vent, de la pluie
Et de la froidure.
Le soleil qui luit,
Toute la verdure
Caressent nos âmes
Ainsi que nos corps.
Pour peu qu’une femme
Entre en ce décor,
Nous voici renaître
Et nous exalter.
Chacun veut en être !
Le prochain été
Tiendra les promesses
De ce printemps-là.
On vit d’allégresse
Au temps du lilas !

(François Vacher)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chant Alterné (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Chant Alterné

I
Éros aux traits aigus, d’une atteinte assurée,
Dés le berceau récent m’a blessée en ses jeux;
Et depuis, le désir, cette flèche dorée,
Étincelle et frémit dans mon coeur orageux.

II
Les roses de Sâron, le muguet des collines,
N’ont jamais de mon front couronné la pâleur;
Mais j’ai la tige d’or et les odeurs divines
Et le mystique éclat de l’éternelle Fleur.

I
Plus belle qu’Artémis aux forêts d’Ortygie,
Rejetant le cothurne en dansant dénoué,
Sur les monts florissants de la sainte Phrygie
J’ai bu les vins sacrés en chantant Évohé !

II
Un esprit lumineux m’a saluée en reine.
Pâle comme le lys â l’abri du soleil,
Je parfume les coeurs; et la vierge sereine
Se voile de mon ombre à l’heure du sommeil.

Dans l’Attique sacrée aux sonores rivages,
Aux bords Ioniens où rit la volupté,
J’ai vu s’épanouir sur mes traces volages
Ta fleur étincelante et féconde, ô Beauté!

II
Les sages hésitaient ; l’âme fermait son aile ;
L’homme disait au ciel un triste et morne adieu :
rai fait germer en lui l’Espérance éternelle,
Et j’ai guidé la terre au-devant de son Dieu !

I
O coupe aux flots de miel oit s’abreuvait la terre,
Volupté ! Monde heureux plein de chants immortels !
Ta fille bien aimée, errante et solitaire,
Voit l’herbe de l’oubli croître sur ses autels.

II
Amour, amour sans tache, impérissable flamme !
L’homme a fermé son coeur, le monde est orphelin.
Ne renaitras-tu pas dans la nuit de son âme,
Aurore du seul jour qui n’ait pas de déclin?

(Leconte de Lisle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Dans les brumes (Meng Hao-ran)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Dans les brumes, près de l’île, on amarre la barque
Au crépuscule renaît la nostalgie du voyageur
Plaine immense : le ciel s’abaisse vers les arbres
Fleuve limpide : la lune s’approche des humains

(Meng Hao-ran)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’AIR DU VOYAGEUR (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



 

L’AIR DU VOYAGEUR

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

À suivre partout de nouveaux nuages
Chaque jour
Je perds et reprends mon nom et mon âge
Tour à tour
Je fais et défais cent fois mon voyage
Sans retour

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

J’ai vu les amours mourir et renaître
Et parfois
Revenu chanter à cette fenêtre
J’aperçois
Celle que je n’ai pas su reconnaître
C’était toi… !

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

J’aurai
fait mon temps, occupé l’espace
D’un regard
Je n’aurai laissé partout que la trace
D’un départ
Et c’est un oiseau qui prendra ma place
Quelque part…

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en vais nommer le monde à mon tour

Loin… loin.

(Gilles Vigneault)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LOIN DES YEUX (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LOIN DES YEUX

Loin des yeux
le coeur constant
continue de battre
dans l’inconscient
d’une chair assoupie

Aux yeux qui vont s’ouvrir
l’affût du réel offre
à vaincre l’apparence
entre refus et audace
pour oser l’affronter

Chaque instant singulier
éclate au quotidien
dans l’éblouissement du neuf
avant de s’effacer
incertain de renaître

L’écrit ou le dessin
sauraient-ils façonner
la trace délébile
de fuyante lumière
dans la trame des jours ?

(Jean-Claude Xuereb)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y a pas de porte mystérieuse (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020



 

Julie Heffernan        [1280x768] [1280x768]

Il n’y a pas de porte mystérieuse
Par où passer de la nature à l’homme
Il n’y a pas d’arbres où battent les feuilles
Sans évoquer un coeur qui se compose

Qui se défait pour renaître au printemps

(Paul Eluard)

Illustration: Julie Heffernan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Karma (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Râdha
    
Karma
(Complainte de Râdha)

Amour, mais mes mots sont vains comme l’air !
En ma douce et joyeuse jeunesse, tu pris soudain
mon coeur. innocent dans les rets de l’Amour,
tu ne voulus pas que chez moi je demeure.

Et maintenant que faire, sinon tenter de suivre
le puissant, l’unique désir de mon âme,
et plongeant dans l’océan, mourir :
ainsi s’apaisera tout le feu de mon coeur.

Mourir et renaître à la vie,
fils de Nanda, bonheur des jeunes filles du Brâj,
et alors de toi je ferai Râdhâ,
visage d’enfant riant parmi ses adorables boucles.

Je t’aimerai alors, et puis te quitterai ;
quand tu passeras sous les branches du kadamba
allant matin et soir à la rivière, adossé à cet arbre
de ma flûte je chanterai pour toi de douces mélodies.

Tu m’entendras et à ma vue succomberas
à mon charme ; et le son de ma voix
remplira de délice ton coeur innocent de jeune fille ;
tu connaîtras alors l’amertume de l’amour.

(d’après un vieux poème bengali de Chandidas)

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ma Normandie (Frédéric Bérat)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Ma Normandie

Quand tout renaît à l’espérance,
Et que l’hiver fuit loin de nous,
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l’hirondelle est de retour,
J’aime à revoir ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour.

J’ai vu les champs de l’Helvétie
Et ses chalets et ses glaciers,
J’ai vu le ciel de l’Italie,
Et Venise et ses gondoliers.
En saluant chaque patrie,
Je me disais : « Aucun séjour
N’est plus beau que ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour. »

Il est un âge dans la vie,
Où chaque rêve doit finir,
Un âge où l’âme recueillie
A besoin de se souvenir.
Lorsque ma muse refroidie
Aura fini, ses chants d’amour,
J’irai revoir ma Normandie,
C’est le pays qui m’a donné le jour.

(Frédéric Bérat)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :