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Poésie

Posts Tagged ‘rencontre’

Mirage (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2017



Mirage

Souvent je vais à la rencontre des nuages
et je m’aperçois qu’il n’y a pas de nuages.

Souvent je vais à la rencontre d’une étoile
et je m’aperçois qu’il n’y a plus d’étoiles.

Souvent je vais à la rencontre d’une rivière
et je m’aperçois qu’il n’y a pas de rivière.

Souvent je vais à la rencontre d’un village
et je m’aperçois qu’il n’y a pas de village.

Souvent je vais à la rencontre de mon coeur
et je m’aperçois que je n’ai plus de coeur.

Souvent je vais à la rencontre de moi-même
et je m’aperçois que je n’ai jamais vécu.

(Paul Fort)


Illustration

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Un amour chagrin (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2017



 

    

Un amour chagrin occupe et mes jours et mes nuits
et je ne connais plus le sommeil.

Je languis du désir de la rencontre, ô bien aimé !
Dans la demeure de mon père je ne trouve plus de plaisir.

Les vantaux du ciel sont ouverts; le temple se livre.
Voici venir l’époux et j’apporte à ses pieds
l’offrande de mon corps et de mon esprit.

***

A sore pain troubles me day and night,
and I cannot sleep;

I long for the meeting with my Beloved,
and my father’s house gives me pleasure no more.

The gates of the sky are opened, the temple is revealed :
I meet my husband, and leave at His feet
the offering of my body and my mind.

(Kabîr)

 

 

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POULS (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



    

POULS

Les larmes qui passent, devenant
notre domaine,

le conseiller bien intentionné
elles attendent, attendent !

L’opacité qui s’est glissée
sur l’oeil,

la bouche chaude, arche de désir,
asséchée par le sel,

la langue enracinée qui a imité
la libre alouette,

la névrose lasse qui
pourtant ne s’arrête,

et moi, et toi,
et tous les hommes renards,

tous les hommes pourchassés,

et seulement pour un instant,
de temps à autre,

la rencontre féroce devant
le portail brisé,

la lampe qu’on se passe en vitesse
de la main à la main,

le soupir haletant et
le contact, l’étincelle,

l’élan qui, en un battement de pouls,
laisse la main

bondir comme un poisson hors du filet
en bataille de la nuit !

***

PULSE

The tears that pass, becoming
our estate,

the well-intended counsel
wait and wait!

Opacity that crept
upon the eye,

the hot mouth, arch of want,
grown salty dry,

the rooted tongue that copied
the free lark,

the tired neurosis that
still never stops,

and I, and you,
and all foxlike men,

and all hunted men,

and only for one moment,
now and then,

the fierce encounter at
the broken gate,

the lantern quickly snatched
from hand to hand,

the gasping whisper and
the touch, the spark,

the flush that, for one pulse beat,
lets the hand

leap fishlike from the struggling
net of dark!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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VIEILLESSE (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



    

VIEILLESSE

Les douceurs, les rencontres
ne s’offrent plus à emporter (take away)

où serait-ce ? et pour quel petit temps ?

Mais, pour qui a souvent parcouru des espaces impitoyables,
plus belles les noces,
soleil, amitié, vignes,
à consommer sur place.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Avec la mort, Quartier d’orange entre les dents
Editions: Obsidiane

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Attiré par la robe rouge (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017




    
Attiré par la robe rouge d’une inconnue
mon regard porte au fond d’une boutique obscure
qui vend aiguilles, passementeries,
fourbis désuets de mercière.

Je voudrais à mon tour
pénétrer dans cette ombre, parler à la passante
de bolducs, de gros-grains.
ensuite ? Salon de thé pour toutes deux, madeleines,
menues confidences.

Mais des autobus couinent, la rue
dresse un barrage contre la dame de mes voeux.

J’ai perdu peut-être
une rencontre doucement surannée, une amie ?

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Avis à tous (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Alberto Giacometti
    
Avis à tous:
je viens de respirer
comme l’insecte
comme à sa manière
le platane devant chez moi
dans une vocation commune et mystérieuse.

Et je m’en vais
au hasard des rencontres.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Etapes (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Etapes

Soudain
c’est la rencontre
d’un lieu souverain
d’un arbre ou d’un visage.

La marche se défait
du chemin parcouru.
Il suffit de laisser
le souffle libérer le corps
la terre se livre
à l’inépuisable
à la vision d’une contrée différente.

Il suffit d’attendre
d’atteindre
le centre
où faire la part
des choses immédiates.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Seuls (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017


 

Seuls
chacun dans sa chambre
avec l’esprit de l’autre

L’âme a soulevé
un chandelier de phalanges d’enfants
Elle a éclairé le dédale de la stérile rencontre
et s’est évanouie
comme le visage d’une étoile endormie

Dans ses doigts
il a senti une odeur de brûlé
et entre les cils d’un épi
il a entendu le bruissement d’une galaxie
fendant la côte manquante

Et ils sont restés seuls
chacun dans sa chambre
avec l’esprit de l’autre

(Aïcha Arnaout)

 

 

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Autre chanson (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration

 

Autre chanson

Les paroles non dites
Je ne les répéterai pas,
Mais en mémoire de cette rencontre manquée
Je planterai un églantier.
Comme elle brillait, là-bas, comme elle chantait,
Notre rencontre inespérée,
Je ne voulais plus rentrer,
Non, plus jamais.
Délice amer,
Amer bonheur, loin du devoir.
J’ai parlé avec qui je n’aurais pas dû.
J’ai longtemps parlé.
Qu’elle étouffe les amoureux,
La passion rapace :
Toi et moi, mon aimé, ne sommes que deux âmes
Là-bas, tout au bord du monde.

(Anna Akhmatova)

 

 

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

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