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Posts Tagged ‘(René Chalupt)’

Cœur en péril (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



Cœur en péril

Que m’importe que l’Infante de Portugal
Ait le visage rond ou bien ovale
Et une cicatrice sous le sein droit,
Qu’elle ait l’air d’une fille de roi
Ou d’une gardeuse d’oies,
Que m’importe ?

Peu me chaut que la princesse de Trébizonde
Soit rousse, châtaine ou blonde,
Qu’elle ait l’humeur prompte et le verbe haut
Peu me chaut.

Point n’ai souci que la marquise de
Carabas Soit veuve et veuille reprendre mari
Pour faire ici-bas son paradis !
Point n’ai souci !

Mais il suffit, jeune étourdie,
Du seul clin d’un de vos yeux moqueurs
Aux reflets irisés
Pour que mon pauvre cœur
Batte à se briser.

***

Heart in Peril

What do I care that the Infanta of Portugal
Has a round face, or an oval one
And a scar beneath her right breas,
That she looks like the daughter of a king
Or a goose-keeper,
What do I care?

It little bothers me that the Princess of Trebizond
Is a redhead, brunette or blonde;
That she has a ready mind and proud words
Little bothers me.

I couldn’t care if the Marquess of Carabas
Is a widow and wants to marry again
To make her paradise here below!
I couldn’t care!

But it is enough, silly young thing,
That one of your mocking eyes gives a single wink
With its iridescent reflections
For my poor heart
To beat fit to burst.

(René Chalupt)

Illustration: Tamara de Lempicka

 

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L’Heure du retour (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



L’Heure du retour

Une bise aigre et monotone
Fait grincer les girouettes des maisons ;
Des nuages gris s’entassent à l’horizon.
Ton pas froisse des feuilles mortes et l’automne
A chassé les hirondelles de ton toit.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Les écus d’or et les maravédis
Qui, lorsque tu partis, chargeaient ton escarcelle,
Dis-moi dans quel tripot tu les perdis,
Pour les baisers de quelle jouvencelle
Qui t’engeigna et te montra du doigt ?
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

Tes yeux, me semble-t-il, ont besoin de lunettes.
Sur tes tempes voici des cheveux gris.
Ton épouse, que si souvent tu fis cornette,
T’attend sans un soupçon et de loin te sourit.
Et le vin de ta cave honorerait un roi.
Voyageur, voyageur,
Ne vois-tu qu’il est l’heure
De rebrousser chemin et de rentrer chez toi ?
Ne vois-tu qu’il est l’heure ?

***

Time to return

The North Wind, harsh and monotonous
Makes the weathercocks squeak on the houses;
Grey clouds build up on the horizon.
Your step crumples the dead leaves and autumn

Has chased the swallows from the roof.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

Golden crowns and maravedis
That when you left were heavy in your purse,
Tell me in what dive you lost them,
For the kisses of what young maiden
Who tricked you and mocked you.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

I think your eyes need spectacles.
On your temples there are grey hairs.
Your wife, whom so often you wimpled,
Waits for you without suspicion and smiles at you from afar,
And the wine from your cellar would honour a king.
Traveller, traveller,
Don’t you see it is time
To head back and return home?
Don’t you see it’s time?

(René Chalupt)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Sarabande (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Sarabande

Les jets d’eau dansent des sarabandes
Sur l’herbe parfumée des boulingrins ;
Il y a des rumeurs de soie dans le jardin
Et de mystérieuses présences.
Sur le marbre rose d’une margelle
Trois tourterelles
Se sont posées,
Comme sur tes lèvres trois baisers ;
Leurs plumes s’effeuillent dans le bassin…
Les fleurs fraîches des marronniers
Neigent lentement sur tes seins
Et font frissonner ta chair nue,
Car tu es nue
Sous ton manteau.
Et c’est pour toi que les jets d’eau
Dansent de sveltes sarabandes,
Que le parc est plein de présences
Et que les tourterelles blanches,
Comme de vivantes guirlandes,
Viennent fleurir au bord de l’eau.

***

Saraband

The fountains dance sarabands
On the perfumed grass of the lawns;
There is a rustling of silk in the garden
And mysterious presences.
On the pink marbled edge
Three turtledoves
Have alighted
Like three kisses on your lips,
Shedding their feathers in the basin…
The new flowers of the chestnut trees
Snow down slowly onto your breasts
And make your nude flesh shiver,
For you are naked
Beneath your coat.
And it is for you that the fountains
Dance slender sarabands,
That the park is full of presences,
And that the white turtledoves
Like living garlands
Come to flower by the water’s edge.

(René Chalupt)

Illustration

 

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Le Bachelier de Salamanque (René Chalupt)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



bachelier-de-salamanque

Le Bachelier de Salamanque

Où vas-tu, toi qui passes si tard
Dans les rues désertes de Salamanque
Avec ta toque noire et ta guitare
Que tu dissimules sous ta mante ?
Le couvre-feu est déjà sonné
Et depuis longtemps, dans leurs paisibles maisons,
Les bourgeois dorment à poings fermés.
Ne sais-tu pas qu’un édit de l’alcade
Ordonne de jeter en prison
Tous les donneurs de sérénade,
Que les malandrins couperont ta chaîne d’or
Et que la fille de l’Almirante
Pour qui vainement tu te tourmentes
Se moque de toi derrière son mirador ?

***

The Bachelor of Salamanca

Where are you going, who walk so late
In the empty streets of Salamanca
With your black cap and your guitar
That you hide beneath your coat?
The curfew has already been sounded
And for long now, in their peaceful houses,
The bourgeois sleep with closed fists.
Do you not know that an edict of the alcalde
Has ordered to be thrown in prison
All those who serenade,
That the brigands will cut off your golden chain
And that the Admiral’s daughter
For whom in vain you torment yourself
Laughs at you behind her mirador?

(René Chalupt)

 

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