Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘renouer’

MAIN COUPEE (Robert Goffin)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



Sam Wolfe Connelly hj [1280x768]

 

MAIN COUPEE

Pour te rejoindre femme blonde
Il m’a fallu cent mille aïeux
Qui renouèrent en ce monde
L’aboutissement d’être à deux
Venus du destin de la terre
Ils n’ont fleuri qu’un seul matin
Pour restituer au mystère
Un limon qui n’a pas de fin
Je suis l’humble part d’existence
Qui lie en sa fragilité
Les deux rives d’une substance
Soudant le futur an passé
Je viens d’une énigme impossible
Qui n’a pas de solution
Et comme la flèche à sa cible
Nous touchons sans rémission
A la rive qui n’est semblable
Qu’à celle dont je suis venu
J’ai rendez-vous avec le sable
De mes ancêtres inconnus
Mais quand tu seras chair d’aurore
Rendue au détour du limon
Survivrons nous mêlés encore
Dans l’amalgame de nos noms
Ou retournant à l’épopée
De l’argile et de l’océan
Comme on souffre à sa main coupée
Aurai-je mal à ton néant.

(Robert Goffin)

Illustration: Sam Wolfe Connelly

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Les Lessiveuses (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Les Lessiveuses

Les femmes sont dans le verger,
où le cordeau de la lessive est
tendu entre les pommiers.

L’une est en train d’y pendre une
chemise qu’elle fixe avec des pinces de
bois (et le mouvement de ses bras fait
remonter sa jupe à pois);

la deuxième à croppetons dans le
soleil prend le linge dans une seille;
la troisième renoue en riant ses
cheveux défaits par le vent.

Dans le pré qu’on vient de faucher
les premiers colchiques ont percé;
il fait déjà froid soir et matin, l’eau coupe
la peau des mains et la fait sauter;
les blanchisseuses ont les mains rouges.

Elles lèvent des mains rouges devant le linge blanc ;
mais, parce qu’elles sont jeunes, elles rient dans le vent
qui vient sur elles, les pressant
entre ses bras comme un danseur,

et leur fait faire un tour sur place en
les serrant contre son coeur.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il arrive un temps (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Il arrive un temps où même ceux figés
en leurs froidures renouent, à leur insu,
avec des gestes perclus d’étoiles.

(Bernard Montini)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | 2 Comments »

S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes (Brigitte Garel)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2021



    

S’asseoir sous la cascade de branches bruissantes
Contempler la tendre esquisse de feuilles transparentes et moussues
Savourer l’averse de couleur de ces pompons fragiles
Caresser les mamelons baignés de lumière rasante
Plonger dans l’eau azur de la rivière nuage

Renouer, relier, fusionner
S’apaiser
Saisir avec urgence
Cet éphémère tableau
D’un avril enchanté

Murmurer avec la fontaine feuille
L’intensité de la sève toujours renaissante
Clamer avec l’azalée de papier
Le puissant vertige des saisons
Je suis un maillon du grand monde
Ne suis que cela

(Brigitte Garel)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DERNIER COULOIR (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



DERNIER COULOIR

Ce soir dans la paix des pipes
la mémoire est un plat froid,
la salive sur la lippe
remonte de l’autrefois.
On est toujours loin des nôtres
— entre eux et soi que de croix : —
quand tu te souviens de toi,
songeur, c’est encore un autre.
Au printemps des papillons
tu revois passer la morte,
elle suit le couloir long
et disparaît par la porte.

*

La voix de l’éclair te parle,
Renoue avec le passé
sous l’averse et la tempête
dans la nuit des girouettes
en prose et cristal français
tu ne comprends pas sa flamme.
Invente pour chaque image
l’énigme au double visage :
du dehors ou du dedans
lequel est le plus prenant ?

(Géo Libbrecht)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La voix de l’éclair te parle (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (1)

La voix de l’éclair te parle,
Renoue avec le passé
sous l’averse et la tempête
dans la nuit des girouettes
en prose et cristal français
tu ne comprends pas sa flamme.
Invente pour chaque image
l’énigme au double visage :
du dehors ou du dedans
lequel est le plus prenant ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Je suis entrée en poésie (Dominique Aguessy)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018


 


 

Agim Sulaj 38

Je suis entrée en poésie
Comme on entre en transhumance
Pour débusquer les certitudes
Les enchaînements fatidiques
Renouer les fils de l’histoire
A la vigilance de l’éveil

(Dominique Aguessy)

Illustration: Agim Sulaj

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Errance (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




Errance

Il existe des maux
Pour lesquels il n’y a pas de mots…
Indicibles et lourds
Ils nous poursuivent le jour
Sans répit
Et même lorsque que tombe la nuit…

Pauvre hère,
Tu n’as pas encore quitté la terre,
Mais déjà, ton âme s’est enfuie :
A mi-chemin entre somme et veille
Entre mort et vie…
Tu nous vois,
Du moins, je le crois,
Mais plus un signe,
Plus une ligne,
Plus de communication…
Où donc est passée ta raison ?
Un fil ténu te retient à nous,
Un rien ferait qu’il casse
– Tu es déjà si lasse –
Et tu t’envolerais…
Faudrait-il le renouer… ?

Souffres-tu
Dans ton silence absolu ?
Tu as les yeux ouverts,
Sur un éternel hiver
Mais tes horizons
Ne sont plus nos moissons…

Seul, un baiser
Sur ta joue posé,
Une pression sur ta main
Nous laissent entrevoir un lendemain…
Une maigre réaction,
Un bien pâle sourire,
Comme pour nous dire :
 » C’est tout ce que je ressens
Pour tout le reste, je suis absent,
Coupé du reste du monde,
Isolé dans ma prison
Pour moi, plus rien n’est bon. »

Et tes yeux demeurent éteints,
Aucune lueur ne les éclaire.
Tout ton être erre…
Dans des régions de nous non explorées,
A mi-lieue entre ciel et enfer,
Entre anges et démons…
C’est presque une damnation…
Pourquoi Dieu t’a-t-il abandonné ?

Pourquoi toi,
Quand d’autres vieillissent joyeusement,
Quand d’autres parlent savamment ?

Oui, ta maladie porte un nom bien amer :
 » Alzheimer « …

(Mireille Gaglio)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 6 Comments »

SCÈNE (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Rolf Armstrong
    
SCÈNE

« Où étais-tu ?
— Chez la marchande de fleurs. J’ai acheté des iris très beaux. Les voici, je te les apporte.
— Pendant si longtemps tu as acheté quatre fleurs ?
— La marchande m’a retenue.

— Tu as les joues pâles et les yeux brillants.
— C’est la fatigue de la route.
— Tes cheveux sont mouillés et mêlés.
— C’est la chaleur et c’est le vent qui m’ont toute décoiffée.

— On a dénoué ta ceinture. J’avais fait le noeud moi-même, plus lâche que celui-ci.
— Si lâche qu’elle s’est défaite; un esclave qui passait me l’a renouée.

— Il y a une trace à ta robe.
— C’est l’eau des fleurs qui est tombée.
— Mnasidika, ma petite âme, tes iris sont les plus beaux qu’il y ait dans tout Mytilène.
—Je le sais bien, je le sais bien. »

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Où sont nos clés ? (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: Paul Klee
    
Où sont nos clés ?

Nous devons à notre karma
L’indéchiffré de nos rébus.

Je suis criblé de vos questions
Comme un champ par ses graminées.

Qui sommes-nous que faisons-nous
De l’étreinte qui nous renoue ?

Que semons-nous de notre corps
Sinon l’alphabet qui nous manque ?

Sommes-nous ce que nous rêvons
Destin qui nous laisse sans but ?

Nous ne sommes rien pour ce monde
Que moitié du jour dans la nuit.

Moitié d’amour dans la misère
Des désirs qui nous ont perdus.

Seule la pierre nous ressemble
Qui sait de nous quoi révéler.

La pierre dans le lit du fleuve
Gardienne de toutes nos clés.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :