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Poésie

Posts Tagged ‘renvoyer’

L’Arbre (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



L’Arbre

Un arbre est mon voisin.
Là, devant moi,
il regarde par ma fenêtre.

Il frémit sous le vent comme des vagues
et les crêtes de ses feuilles
renvoient l’écume et la lumière.
Dans les tempêtes
passe le ressac des galets.

Debout comme un homme
Puissant comme la montagne
Vivant comme une bête
Sa sève circule avec mon sang.

Selon les saisons,
squelette noir,
sculpture de cuivre,
odorante fraîcheur verte,
douce peau bourgeonnante.

Et sous mes pieds
son invisible chevelure souterraine
se nourrissant de la terre.

Nous nous regardons
et respirons ensemble.

(Gabriel Cousin)

Illustration: Georgia O’Keefe

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ROMANCE (Max Jacob)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2018




Illustration: Andrzej Malinowski

    
ROMANCE

Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.

Tous deux le soleil nous désigne
par-dessus la ville et les toits
les fenêtres renvoient ses lignes
les fleurs éclatent comme des voix.

Lorsque ton jardin nous reçoit,
ta maison prend un air étrange :
comme un reflet, la véranda
nous accueille, sourit et change.

Les arbres ont de grands coups d’ailes
derrière et devant les buissons.
La vague, au loin, parallèle,
se met à briller par frissons.

Je garde dans la solitude
comme un pressentiment de toi.
Tu viens ! et le ciel se déploie,
la forêt, l’océan reculent.

(Max Jacob)

 

Recueil: Actualités éternelles
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



 

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un Chat-Huant :
Je ne l’eusse pas ramassée ;
Mais un Bramin le fit ; je le crois aisément :
Chaque pays a sa pensée.
La Souris était fort froissée :
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu : mais le peuple bramin
Le traite en frère ; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d’un Roi,
Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête
Qu’il plaît au Sort. C’est là l’un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement le Bramin crut bien faire
De prier un Sorcier qu’il logeât la Souris
Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l’âge de quinze ans, et telle, et si gentille,
Que le fils de Priam pour elle aurait tenté
Plus encor qu’il ne fit pour la grecque beauté.
Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle.
Il dit à cet objet si doux :
« Vous n’avez qu’à choisir ; car chacun est jaloux
De l’honneur d’être votre époux.
– En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
– Soleil, s’écria lors le Bramin à genoux,
C’est toi qui seras notre gendre.
– Non, dit-il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits ;
Je vous conseille de le prendre.
– Et bien, dit le Bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille ? – Hélas non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;
Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée. »
Le Bramin fâché s’écria :
« Ô vent donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle! »
Il accourait : un mont en chemin l’arrêta.
L’éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : « J’aurais une querelle
Avec le Rat ; et l’offenser
Ce serait être fou, lui qui peut me percer. »
Au mot de Rat, la Damoiselle
Ouvrit l’oreille ; il fut l’époux.
Un Rat ! un Rat ; c’est de ces coups
Qu’Amour fait, témoin telle et telle :
Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette Fable
Prouve assez bien ce point : mais à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n’est point au Soleil préférable
En s’y prenant ainsi ? Dirai-je qu’un géant
Est moins fort qu’une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté.
Revenons, s’il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le Bramin même :
Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
Mais agissant diversement
Selon l’organe seulement
L’une s’élève, et l’autre rampe.
D’où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s’unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse ?
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,
C’est-à-dire, à la loi par le Ciel établie.
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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PHILOSOPHIE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018




    
PHILOSOPHIE

Salue le soleil, araignée, n’aie pas de rancoeur.
Remercie Dieu, ô crapaud, d’être au monde venu.
Des épines de rose parent le crabe velu
et les mollusques ont des femmes en leur coeur.
Sachez être ce que vous êtes, énigmes ayant pris forme ;
laissez-en toute responsabilité aux Normes
qui la renverront à leur tour au tout-puissant Créateur…
(Joue, grillon, et que l’ours danse, sous la sélénite lueur.)

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018




    
ENCORE UN PEU D’AMOUR QUI SE DÉROULE

J’ai noté
qui venait de la cuisine
le bruit d’un couteau sur une pomme.
Je l’entendais je l’ai marqué
avec d’autres mots
pour dire d’autres bruits
(comme celui d’un frigo
dans une maison vide
ou encore d’un râteau
sur des graviers l’été).

Aujourd’hui je les retrouve
— mots et bruits —
au milieu d’un carnet
qui me parlent toujours
me renvoient à des lieux
à des jours très précis.

Et si par la fenêtre ouverte
j’écoute vos rires et vos cris
dans un jardin vibrer
c’est dans le jet d’eau qui vous vise
encore un peu d’amour qui se déroule
et qui retombe dans mon poème
maintenant retrouvé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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LA CLAIRIÈRE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



 

Illustration: Alexandre-Evariste Fragonard
    
LA CLAIRIÈRE

Le socle sans statue, à l’ombre de ces arbres
S’enfonce dans le sol un peu plus chaque jour
Sous l’invisible poids d’un fantôme de marbre
Qui le piétine et le talonne et se fait lourd.

A moins qu’en s’en allant vers un fatal banquet
Le commandeur ne l’ait renvoyé au naufrage.
Comme un caillou qu’on jette à l’eau, du bord des plages,
Il fait mouche à sa cible et rejoint son reflet.

Mais je devrais entendre, au moins, près de l’étang
La fanfare sonnée par Don juan qui l’invite…
La voici, les échos la portent, je l’entends.
je sens sous mes deux pieds la terre qui palpite.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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S’il fallait renvoyer chez eux Les mots (Bernard Chambaz)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2018



    

S’il fallait renvoyer chez eux
Les mots arabes ou arabo-persans
Ca ferait du monde
Et un drôle de vide sur notre carte de séjour :
Azur hasard
D’algèbre à zénith
Jupe (ce serait dommage) & matelas & nuque (mon amour)
Abricot & sirop & sorbet & sucre & tambour
Sans oublier la famille (tambourin
tambour battant) & guitare & lilas luth nénuphar orange
Maboul comme azimut qui va bien & comme
Zéro qui nous résume
Et on serait bien ennuyé

(Bernard Chambaz)

 

 

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La Beauté est mon calvaire (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La Beauté est mon calvaire.
Toute beauté me plonge au sein du désespoir
en me rappelant que j’en suis bannie
et en me renvoyant à ma propre nuit intérieure,
chaque nouveau chant, chaque nouvelle partition de lumière
renouvelant sous une forme chaque fois plus éclatante et plus irrévocable
l’anathème m’interdisant d’en approcher.

Ma pauvreté spirituelle, que rehausse leur incomparable richesse,
est faite des plus beaux cantiques, des mélodies les plus chastes,
et mon âme, que blesse éternellement le songe immaculé de la Beauté,
doit vivre à travers elle sa propre nuit spirituelle…

N’existant qu’afin que la spiritualité soit hors de moi plus pure,
l’intelligence plus haute et la bonté plus lumineuse,
il me faut vivre de cette misère sans aucun moyen d’y échapper.

(Lydie Dattas)

 

 

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Cantique de la Voie III (Xuan Jue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



 

Illustration: Félix Vallotton

    

Cantique de la Voie III

Une même lune reflétée dans toutes les eaux
Les lunes des eaux renvoient à la même lune.
Le Dharmakaya (1) de tous les bouddhas me pénètre
Mon être avec Tathagata (2) n’en fait qu’un

(Xuan Jue)

(1) Le corps vivant
(2) Bouddha

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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Je pense que tout est fini (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le coeur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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