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Poésie

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La raison la moins claire (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




Illustration
    
La raison la moins claire

Je voyais des beautés qui planaient imprenables
sur les plages léchées où les algues séchaient
Des seins qui soulevaient leur forme sur le sable
des jambes tourmentées quand le foehn rôdait

M’éblouissaient l’éclair de neige des aisselles
M’éblouissait leur pente douce vers la mer
L’horizon s’arrêtait sur des courbes de sel
Deux framboises gonflaient transpercées de lumière

Des jambes se lovaient jusqu’à l’humble repaire

Il manquait à l’amour
sa raison la moins claire.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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JE T’AIME, HOSTILE OISEAU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Adolph Gottlieb  cri

JE T’AIME, HOSTILE OISEAU

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de porter le jour en mille échardes
D’être la proie d’un seul de nos visages
De tenir nos maisons pour le lieu

Ce n’est pas de mourir que nous mourrons

Mais de l’écume qui perd mémoire
de ses tempes d’océan

De l’herbe forcée dans son repaire
Des plaines que l’heure racornit

Gorgés de forêts insondables
de n’en dévoiler qu’un rameau
Et du hasard,
atoll qui se réduit

Vie tigrée sur nos vies
A quel filet te prendre ?

Je t’aime, hostile oiseau.

(Andrée Chedid)

Illustration: Adolph Gottlieb

 

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Voyez au vif le portrait d’un amant (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Voyez au vif le portrait d’un amant :
Je pleure et ris, je loue et vitupère,
Un même objet m’est funèbre et prospère,
Je perds courage et je vais m’animant.

Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semant
Et feux, et flots ; mon âme est le repaire
D’espoir et peur ; jamais je ne tempère
Mon froid, mon chaud, qui vont ensemblement.

Je sens toujours un grand brasier d’Hercule,
D’où un glaçon jamais ne se recule ;
Je glace au feu, je brûle au coeur d’hiver ;

J’aime, je hais ; je me loue et me tance ;
Je quitte tout, puis je veux éprouver.
L’amour n’est rien qu’une mer d’inconstance.

(Jean Godard)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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Les enfants (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



Illustration: Félix Vallotton

    
Les enfants ont hier pavoisé mon repaire
De guirlandes de rires de couleurs
La nuit a volé quelque chose
Il ne reste plus guère blanc qu'un noeud rouge qui court
Il y a aussi des voix derrière les arbres
Mais ce ne sont pas les voix des arbres
Ces sages qui regardent si paisiblement les uns par-dessus les autres

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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En forêt (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Dans la forêt étrange, c’est la nuit;
C’est comme un noir silence qui bruit;

Dans la forêt, ici blanche et là brune,
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d’été, qui souffle on ne sait d’où,
Erre en rêvant comme une âme de fou;

Et, sous des yeux d’étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

Parfois il vient des gémissements doux
Des lointains bleus pleins d’oiseaux et de loups;

Il vient aussi des senteurs de repaires;
C’est l’heure froide où dorment les vipères,

L’heure où l’amour s’épeure au fond du nid,
Où s’élabore en secret l’aconit;

Où l’être qui garde une chère offense,
Se sentant seul et loin des hommes, pense.

– Pourtant la lune est bonne dans le ciel,
Qui verse, avec un sourire de miel,

Son âme calme et ses pâleurs amies
Au troupeau roux des roches endormies.

(Germain Nouveau)

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UNE VIE POUR RIEN (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016


 

UNE VIE POUR RIEN

A douter si je suis, si j’aime, si j’espère,
Si j’habite ce monde ou si je l’ai rêvé,
Si j’attends le malheur ou s’il est arrivé,
Si, ce feu que j’attise, il est geôle ou repaire,

Qu’il fût un paradis, ce coeur qui s’exaspère,
Que quelqu’un s’en souvienne et le veuille sauver,
Que parfois mon regard, comme un drapeau levé,
Eclate un autre coeur et sa fortune impaire,

A me clamer vainqueur, à m’aimer mieux vaincu,
A balancer de vivre – et je n’ai pas vécu,
J’ai trahi, je trahis encore et m’épouvante

D’être là, d’avoir chaud, d’accepter sans remords
Qu’en vain ruisselle en moi cette averse fervente
Qui me parle d’amour avec la voix des morts.

(Jean Rousselot)

Illustration: Brendan Monroe

 

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La maison sous les arbres (Pascal Riou)

Posted by arbrealettres sur 29 février 2016



La maison sous les arbres,
rien d’autre qu’un fanal nocturne
repaire pour le coeur
un instant sous l’assemblée d’étoiles.

(Pascal Riou)

Illustration: René Magritte

 

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Vie-mort (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2016



Vie-mort

Je veux chanter la vie
Et la joie et l’enfant
Puis ce grain en chaque heure
Peuplé d’existences

Mais la terre est un repaire de cadavres
Son ventre engloutit nos jeunesses et la fleur

La joie est une tête de clown
L’amour s’effrite à la pointe des heures

L’enfant
A déjà son visage de demain.

(Andrée Chedid)

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MÉTAMORPHOSES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2015



MÉTAMORPHOSES I

Invente tes métamorphoses

Il est toujours temps de dépister l’éclair
De t’arracher aux paroles stagnantes
D’abreuver le coeur drainé par trop de soifs
D’écarter l’écorce pour surprendre le noyau

Des confins de la terre et du ciel
Jusqu’aux menées de l’âme
Il n’y a pas de grille à la poursuite
Ni aux fictions.

***

MÉTAMORPHOSES II

Où est l’homme
En ce vacarme
En cette lande crevassée ?

Sa voix se perd
Parmi les stridences
Sur sa toile impénétrable
Les fils se sont usés

Quelle main peut le saisir encore
Quel langage le traduire
Quel oeil le fixer ?

Seuls des fragments d’images
Surgissent du repaire des ombres
Écartent de funestes fagots
Infiltrent quelques lueurs
Métamorphosent quelques paroles
En brasiers.

***

MÉTAMORPHOSES III

L’homme décline puis se recrée
Loin des preuves et des ruines

De chantiers en chantiers
Sous le tain sous l’écorce
Il s’extrait du chaos
Il ratisse des jardins
Pour goûter à l’avenir
A sa flore fugitive
A ses grappes éphémères
Et au chant des matins.

(Andrée Chedid)


Illustration: Salvador Dali

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