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Poésie

Posts Tagged ‘reparaître’

SONNET DE LA MEMOIRE INUTILE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020




Illustration: René Magritte

    
SONNET DE LA MEMOIRE INUTILE

A tous mes jours vécus je songe et je resonge,
A tout cet heureux temps que ma vie a tissé,
Et par un vain rappel un instant le prolonge…
Stérile souvenir, ô pourquoi ressassé?

Quand elle se dessèche ô qu’importe à l’éponge
Dans ses pores flétris quelle eau vive a passé;
Qu’importe au van rompu, quand la rouille le ronge,
A travers son treillis quel grain neuf a glissé?

Je n’ai plus de souci de ma propre mémoire
Que n’en a du vaisseau la mer compacte et noire,
Lorsque la voile blanche a disparu dans l’ouest.

Plus de souci je n’ai des heures abolies
Que n’en a le ciel clair des étoiles pâlies,
Quand l’astre qui les souffle a reparu dans l’est.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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RENAISSANCE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020




RENAISSANCE

Un barbouilleur, indolemment,
Noircit la toile d’un génie
Et la couvre stupidement
De traits qui heurtent l’harmonie.

Son gribouillage, avec les ans,
Choira telle une vieille écaille
Et le génie éblouissant
Reparaîtra sans nulle faille.

Ainsi s’effritent les erreurs,
Quittant mon âme surmenée,
Et je revois avec bonheur,
Pures, mes premières journées.

(Alexandre Pouchkine)

Illustration

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Je me rappelle — instant de grâce (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2020




    
Je me rappelle — instant de grâce :
Quand tu parus à mes côtés,
Je fus saisis, — vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Dans la langueur désespérante,
Dans le fracas des vanités,
Longtemps vibra ta voix pressante,
Longtemps, tes traits m’ont habité.

Les ans passèrent. Dans l’orage
Mes rêves furent emportés,
Et j’ai perdu ta douce image,
Ta voix pressante m’a quitté.

Claustrés au fond d’un lourd silence,
Paisiblement passaient mes jours,
Sans poésie, sans transcendance,
Sans vie, sans larmes, sans amour.

Mais l’âme a retrouvé la grâce,
Tu reparais à mes côtés,
Divinité, vision fugace
Du pur génie de la beauté.

Et, de nouveau, la renaissance,
Et la lumière est de retour —
La poésie, la transcendance,
La vie, les larmes et l’amour.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Le soleil d’Alexandre Le Cercle de Pouchkine
Traduction: André Markowicz
Editions: Actes Sud

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La fleur qui répète (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



La fleur qui répète
en bordure du ravin
souviens-toi de moi,
n’a de teintes plus gaies ni plus claires
que l’espace jeté entre toi et moi.

Un son strident survient, qui nous écarte,
l’azur obstiné ne reparaît pas.
Dans la touffeur quasi visible, le funiculaire
me ramène à l’étape opposée, obscure déjà.

***

Il fiore che ripete
dall’orlo del burrato
non scordarti di me,
non ha tinte più liete né più chiare
dello spazio gettato tra me e te.

Un cigolio si sferra, ci discosta,
l’azzurro pervicace non ricompare.
Nell’afa quasi visibile mi riporta all’opposta
tappa, già buia, la funicolare.

(Eugenio Montale)


Illustration

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Que la nuit et la douceur (Sandro Penna)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Que la nuit et la douceur du vent me cachent.
Chassé de chez moi et venu à toi
lent fleuve mon romantique ami.

Je regarde le ciel et les nuages et les lumières
des hommes là-bas toujours de moi
plus éloignés. Et je ne sais ce que je veux
aimer encore sinon ma souffrance.

La lune se cache puis reparaît
– lente manoeuvre inutile
sur ma tête fatiguée de regarder.

(Sandro Penna)

Recueil: Poésies
Traduction: Dominique Fernandez
Editions: Grasset

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Aux vitres de notre âme apparaissent le soir des visages anciens (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



Aux vitres de notre âme apparaissent le soir
Des visages anciens demeurés dans le verre;
Leur souvenir, malgré le temps, y persévère,
Visages du passé qu’on souffre de revoir :
Fronts sans cesse pâlis; lèvres déveloutées;
Yeux couverts chaque jour d’ombres surajoutées
Et qui dans la mémoire achèvent de mourir…
Visage, d’une mère ou visage de femme
Qui jadis ont vécu le plus près de notre âme.
Encor si l’on pouvait un peu les refleurir
Ces faces, dans le verre, à peine nuancées
Et voir distinctement leurs traits dans nos pensées !
Faces mortes toujours près de s’évanouir
Et sans cesse émergeant, – sitôt qu’on les oublie, –
Au fil de l’âme, en des détresses d’Ophélie
Dont les cheveux de lin ont un air de rouir..
Ah ! comment essayer d’avoir un peu de joie
Quand les vitres de l’âme aimante sont de l’eau
Où reparaît sans cesse et sans cesse se noie
Un doux visage intermittent dans un halo !

(Georges Rodenbach)

Illustration: John Everett Millais

 

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L’âme (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018




L’âme

Il lava longuement son âme
Qu’il rinça, blanchit avec soin,
Puis il la tendit au jardin
Sur un fil entre deux platanes.

Et il s’assit en souriant
Pour regarder se balancer
Comme un linge neuf dans le vent
Son âme encor mal essorée.

Et, tout à coup, il aperçut
Comme une marque dans un coin
Et il la rinça avec soin.

Mais l’âme à peine rependue,
La tâche aussitôt reparut
Rouge comme l’est une fleur,

Elle avait la forme d’un coeur.

(Maurice Carême)

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La sieste (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Ernest Biéler , Les Feuilles mortes (detail) 1899 [1280x768]

La sieste

Cent mille années dans mon sommeil d’après-midi
Ont duré moins longtemps qu’une exacte seconde.
Je reparais du fond d’un rêve incontredit
Dans la réalité de ma chair et du monde.

Je retrouve en ma bouche une ancienne saveur
Et des noms de jadis et des baisers si tendres
Que je ne sais plus qui je suis ni si mon coeur
Bat dans le sûr présent ou le passé de cendres.

Éclatez! Ô volcans! du fond des souvenirs,
Noyez sous votre lave un esprit qui se lasse,
Brûlez les vieux billets et puissiez-vous ternir
À jamais le miroir dont le tain mord la glace.

(Robert Desnos)

Illustration: Ernest Biéler

 

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Les petits objets nettoyés (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Les petits objets nettoyés
Traduisent un état de non-être.
Dans la cuisine, le cœur broyé,
J’attends que tu veuilles reparaître.

Compagne accroupie dans le lit,
Plus mauvaise part de moi-même
Nous passons de mauvaises nuits,
Tu me fais peur. Pourtant je t’aime.

Un samedi après-midi,
Seul dans le bruit du boulevard.
Je parle seul. Qu’est-ce que je dis ?
La vie est rare, la vie est rare.

(Michel Houellebecq)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Lucian Freud

 

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Chanson Banale (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Chanson Banale

Quand mon jardin d’aubépine
Etait vert
Je dansais la capucine
J’aimais le diable vauvert
Jusqu’en Chine
Pour tout rêver de travers.

Après je vis le ciel bleu,
J’étais folle.
Je m’arrachais les cheveux
En chantant la carmagnole
Sous les yeux
Navrés d’une belle idole.

Puis l’amour devint tout noir
J’étais veuve
Je décrochai ma mâchoire
Je jetai mon sang aux fleuves
Sans espoir
De rien sentir qui m’émeuve.

Et les nuages soudain mauves
Cavalaient,
Sous leur course j’étais sauve,
Réfugiée en mon palais
Plein d’alcôves
Qui rendaient mon teint violet.

Enfin, comme tout le monde
Je mourus
Je fus sage et pudibonde :
Parmi les nouveaux venus
A la ronde
Jamais je ne reparus.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration

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