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Posts Tagged ‘réparer’

Rescousse (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



 

David Alfaro Siqueiros hart-crane-1931

Rescousse

Si ma guitare
Que je répare,
Trois fois barbare :
Kriss indien,

Cric de supplice,
Bois de justice,
Boîte à malice,
Ne fait pas bien…

Si ma voix pire
Ne peut te dire
Mon doux martyre…
– Métier de chien ! –

Si mon cigare,
Viatique et phare,
Point ne t’égare ;
– Feu de brûler…

Si ma menace,
Trombe qui passe,
Manque de grâce;
– Muet de hurler…

Si de mon âme
La mer en flamme
N’a pas de lame ;
– Cuit de geler…

Vais m’en aller !

(Tristan Corbière)

Illustration: David Alfaro Siqueiros

 

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Crépuscule au bord des fenêtres (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
Crépuscule au bord
des fenêtres, fleurs
fidèles, corolles
chaleureuses, puis la nuit

avec ses légendes, ses
miroirs sous l’obscurité,
la nuit refermée sur
les gestes humains,

la nuit paisible — et
la gourmandise du silence
lorsqu’un chat, avec
sa tiédeur, se glisse
contre toi pour
réparer le monde.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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La solitude infinie de la pensée (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
La solitude infinie de la pensée
terrifie les espaces célestes.

Des êtres cloués à des capsules de chair
étouffent, font des signes et meurent.

Entre-temps ils démantèlent une planète
qui paraissait leur maison,
ils s’entre-tuent
et émettent des sons divers et des paroles pour tout.

Ils détiennent un acte invraisemblable
qu’ils appellent pensée.

Nul ne connaît son but.
C’est comme un miroir
inversé du monde.

Il semble seulement parfois
que cette activité fantomatique
répare l’univers,
et de sa solitude illimitée

et son éphémère pauvreté,
lui offre la compagnie abyssale
d’être tout au moins pensé.

***

La soledad infinita del pensar
aterra los espacios celestes.

Seres clavados en cápsulas de carne
se abogan, hacen señas y se mueren.

Desmantelan mientras tanto un planeta
que parecía su casa,
se matan entre ellos
y emiten diferentes sonidos y palabras para todo.

Llevan adentro un acto inverosímil
que llaman pensamiento.

Nadie conoce su objeto.
Es como un espejo
dado vuelta del mundo.

Sólo parece a veces
que ese hacer fantasmai
repara el universo
y desde su soledad ilimitada

y su pobreza efimera
le brinda la abismal compania
de ser por lo menos pensado.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La Mort donne un sens à l’Objet (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



La Mort donne un sens à l’Objet
Sur quoi l’OEil eût glissé
A moins qu’un Être disparu
Tendrement nous supplie
De penser devant de petits ouvrages
Au Pastel – ou en laine –
«C’est le dernier qu’ont fait Ses doigts » —
Si diligents avant –

Que le Dé ne pèse trop lourd –
Que les points ne cessent – d’eux-mêmes –
Alors on l’a rangé parmi la Poussière
Sur les étagères du Placard –

J’ai un Livre – offert par un ami –
Dont le Crayon – ici et là –
A coché tel passage qu’Il aimait –
Au Repos – sont Ses doigts –

Aujourd’hui – je le lis – sans le lire –
Les Larmes m’interrompent –
Effacent les Gravures
À Réparer, hors de Prix –

***

Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by
Except a perished Creature
Entreat us tenderly

To ponder little workmanships
In Crayon — or in wool —
With « This was last Her fingers did »—
Industrious until —

The Thimble weighed too heavy –
The stitches stopped — themselves —
And then ’twas put among the Dust
Opon the Closet shelves –

A Book I have – a friend gave –
Whose Pencil – here and there –
Had notched the place that pleased Him —
At Rest – His fingers are –

Now – when I read – I read not —
For interrupting Tears –
Obliterate the Etchings
Too Costly for Repairs –

(Emily Dickinson)

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REINE DES BOIS (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




REINE DES BOIS

AUJOURD’HUI la Présence
M’a mis sous les yeux
La reine des bois à la blanche écume
De pétales immaculés,
Les quadruples étoiles innombrables
Ouvrent des coeurs de vie,
Dans un jardin de Londres
Elles poussent en un bois printanier
Devant la cité et derrière
Des machines dont le bruit
Déchire le ciel.
Les blanches étoiles
N’entendent pas; elles me disent
« Les bois existent toujours ».
Le muguet
Recherche le terreau de feuilles
Et les merles
Bâtissent de nouveau, réparent
Les accrocs que nous faisons
Dans les temps et dans les lieux.
Les bois immémoriaux
Sont ici, sont tout près,
Les blanches étoiles passent
L’invisible frontière:
« Viens à nous », disent les fleurs,
« Nous te montrerons le chemin. »

***

WOODRUFF

TODAY the Presence
Has set before me
Woodruff’s white foam
Of petals immaculate,
Fourfold stars numberless
Open life’s centres,
In a London garden
They grow in a spring wood
Before the city and after
Machines whose noise
Tears the sky.
The white stars
Do not hear; they tell me
The woods are always’.
Lily-of-the-valley
Feels for loam of leaves
And the blackbirds
Build anew, repair
The rents we tear
In times and places.
Immemorial woods
Are here, are near,
The white stars cross
The invisible frontier:
`Come to us’, the flowers say,
` We will show you the way.’

(Kathleen Raine)

 

 

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Les yeux parlent (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



Alejandra Pizarnik

 
    
les yeux
parlent ou juste
des yeux qui s’ouvrent
évacuent le surplus
des yeux
non des mots
des yeux
non des promesses
je travaille avec mes yeux
à construire
à réparer
à reconstruire
une chose semblable à un regard humain
à un poème d’homme
à un chant lointain dans le bois

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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LE TRAVAIL (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LE TRAVAIL

On répara le tonneau et les Danaïdes furent bien attrapées.
Il leur vint d’ailleurs une mauvaise graisse
et cela fit peine à voir.
Sisyphe n’en revenait pas.
Pourvu que mon rocher continue, pensait-il.
Ah, ceux qui ont la vocation du travail,
ça leur parait tout drôle quand la besogne est faite.

(Norge)


Illustration: John William Waterhouse

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Le Travail (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Le Travail

On répara le tonneau et les Danaïdes furent bien attrapées.
Il leur vint d’ailleurs une mauvaise graisse et cela fit peine à voir.
Sisyphe n’en revenait pas. Pourvu que mon rocher continue, pensait-il.
Ah, ceux qui ont la vocation du travail, ça leur paraît tout drôle quand la besogne est faite.

(Norge)

Poème découvert chez Laboucheaoreille ici

Illustration: Jan Frans Deboever

 

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Un rêve (Salvatore Adamo)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Un rêve

Un rêve, un rêve,
Un rêve sinon rien
Un rêve qui élève
Qui enivre, qui délivre
Un rêve, pour aller plus loin

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui du semeur qui prie pour sa moisson
Ou de l’homme confiant qui construit sa maison
Celui des braves gens qui disent encore bonjour
Et de l’enfant qui rit au bonheur qui l’entoure
Celui de l’ami Pierre, celui de Thérésa
Dans la même bonté Paris et Calcutta
Celui de celles et ceux
Qui cherchent et cherchent encore
Pour rallumer des vies

En réparant les corps

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Un rêve, le rêve de ne pas tout gâcher
Le rêve de n’pas tout fiche en l’air
Pour ne pas que la terre redevienne un désert
Sans rêve et sans lumière

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui des marins qui ont vaincu leurs peurs
Qui ont défié la mer l’immensité au coeur
Les premiers fous volants,
Ces fiers enfants d’Icare
Jubilants en suspens
Entre le vide et l’histoire

Et celui de tous ceux
Qui inventent du soleil
D’une couleur, d’une note,
D’une image ou d’un mot
Artistes et magiciens
Qui entrouvrent le ciel
Frissons d’éternité
Si chers à Cyrano

Un rêve d’amour
Et de fraternité
Plus fort que les discours
Et les mots frelatés
Celui de Martin,
Celui de Nelson
La couleur de leur peau
Portée comme une couronne

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Le rêve, le rêve… La paix

(Salvatore Adamo)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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APRES ICARE (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Eric Itschert 
    
APRES ICARE

Le soleil
assassin d’Icare
se cache

Tandis que toute ma vie
je répare ses ailes
et veille son corps fracassé

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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